Motocultor 2025 – Jour 3

Motocultor 2025 Jour 3 Hürlement sur scène – Photo Thierry Bouriat / My Rock Revolution
🔥 Lecture rock’n’roll : 13 min chrono

On retrouve à nouveau Thierry et Clément pour cette troisième journée du Motocultor 2025.

Sous un soleil obstiné, Carhaix continue de résonner et de vibrer au rythme d’une affiche qui résume à elle seule la diversité du festival : entre l’héritage du heavy traditionnel, la vigueur du death et l’énergie du modern metal. De Hürlement qui ouvre la journée sur la Dave Mustage aux têtes d’affiche internationales Trivium, Extreme … , la journée a offert une succession de prestations solides, furieuses et de grande qualité.

Hürlement – Dave Mustage | 12h45 – Thierry & Clément

Nous commençons avec Hürlement le premier groupe de la journée qui prend d’assaut la Dave Mustage. La formation parisienne créée en 2003 nous balance un heavy metal de bonne facture nous replongeant dans les grandes heures du metal français des années 80. Alexis nous présente chaque  morceau et galvanise la foule dès les premiers refrains. Le chant en français donne une saveur particulière à ces hymnes épiques.

Les guitares de François et Cédric s’entrecroisent avec précision, ils nous livrent quelques beaux soli tranchants tandis que la rythmique solide de Le Gorg (Basse) et Pierre (batterie) ancre le tout dans une énergie old-school.  Le groupe fait montre d’une aisance scénique naturelle, Le Gorg est d’ailleurs assez impressionnant d’énergie. Un concert sincère et fédérateur, où la tradition du heavy français retrouve toute sa vigueur.

Hexecutor – Suppositor Stage | 13h30 – Clément

Les Rennais de Hexecutor bardés de cuir et de clous poursuivent dans la même veine : un speed/thrash old-school sans fioritures, rapide, sauvage et dévastateur, porté par des riffs tranchants et une présence scénique efficace. Aymeric à la guitare fait preuve de précision, de justesse et d’une grande fluidité dans l’exécution de ses solos. Le thrash bestial et véloce d’Hexecutor ne laisse aucun répit au public qui s’animera au fil des morceaux.

All For Metal – Dave Mustage | 14h15 – Thierry & Clément

Place à la grandiloquence assumée avec All For Metal, groupe de heavy/power metal. Costumes de cuir noir leur donnant un look de gladiateurs, refrains scandés et chorégraphies parfaitement rodées : tout est calibré pour la « communion ». Les hymnes du groupe – taillés pour les festivals – font mouche. Le chant clair et puissant d’Antonio s’harmonise parfaitement à celui, plus guttural, du géant musclé Tetzel. Ursula Zanichelli et surtout Jasmin Pabst multiplient les poses  tandis que le bassiste Florian Toma porte un drôle de masque qui ne laisse entrapercevoir que son regard. Sans prétendre révolutionner le genre, la formation offre un set efficace, taillé pour le live où enthousiasme et second degré se confondent avec plaisir.

Hiraes – Dave Mustage | 15h00 – Thierry

Le death metal mélodique allemand trouve sa place à Carhaix avec Hiraes, quintet formé en 2020 et emmené par la charismatique Britta Görtz. Elle n’hésitera pas d’ailleurs à descendre dans la fosse et à chanter au milieu d’un circle pit et d’une tornade de poussière.  Growls puissants, riffs ciselés et précision technique s’entrelacent dans une prestation d’une grande maîtrise. Particularité du jour : le batteur Ruston Grosse de Skeletal Remains a pris place derrière les fûts assurant un remplacement de dernière minute du batteur de Hiraes (Mathias Blässe) qui se serait cassé le poignet, sauvant ainsi le show des allemands. Ruston Grosse passera 1 heure après sur la même scène avec son groupe.
Le mix limpide met en valeur chaque ligne mélodique sans sacrifier la brutalité. Le groupe déjà bien installé sur la scène européenne confirme son potentiel. Le public ne me contredira pas, il réservera au groupe des applaudissements nourris après leur show.

HIRAES - Through The Storm (Official Video) | Napalm Records

HIRAES – Through The Storm (Official Video)
Napalm Records

Skeletal Remains – Dave Mustage | 16h35 – Thierry

Changement radical d’atmosphère avec Skeletal Remains et leur death metal old-school venu de Californie. Les influences de Death et Obituary transparaissent immédiatement : un son épais, granuleux, sans artifices, brut, massif, … La Dave Mustage se transforme en temple du headbanging : un mur sonore compact, des blasts chirurgicaux et une intensité constante. Skeletal Remains a toujours eu une présence vocale puissante, grâce à son leader fondateur du groupe Chris Monroy (guitariste chanteur) qui en impose derrière son micro avec sa destroyer Schecter rouge et noir « Motocultor, come on ! ». Le public, conquis, encaisse chaque riff comme un uppercut. Petit moment sympa, le groupe fête avec le public l’anniversaire de Ruston Grosse (drums) qui venait de jouer avec Hiraes.

Tenside – Dave Mustage | 17h25 – Thierry & Clément

Les Allemands de Tenside, formation de Munich formée en 2005, amènent un souffle plus moderne avec leur metalcore explosif, groovant et remplacent sur la Dave Mustage en dernière minute le groupe de nu metal américain Ill Niño. 
Circle pits, wall of death et énergie brute : la foule ne ménage pas ses efforts.
Les breakdowns précis et les riffs massifs s’enchaînent, soutenus par le chant de Daniel Kuhlemann alternant rage et intensité. Le groupe fera la part belle à son dernier opus « Come Alive Dying » sorti en 2024 mêlant riffs acérés, passages plus catchy et lignes mélodiques.

TENSIDE - Wall of Death (Motocultor Festival 2025)

TENSIDE – Wall of Death (Motocultor Festival 2025)

Enforcer | Dave Mustage – 18h15 – Thierry 

Retour au heavy/speed old-school avec les Suédois d’Enforcer, groupe formé en 2005. Toujours impeccablement taillés pour la scène, Olof Wikstrand et sa bande livrent un set nerveux, rapide et précis. Les harmonies de guitare et les refrains hurlés rappellent l’âge d’or du metal 80’s mais avec une énergie contemporaine. Les musiciens d’Enforcer sont heureux d’être sur scène, cela se voit et se ressent, ils ont tous le sourire aux lèvres et proposent une prestation scénique efficace, des riffs de guitares puissants et des refrains entrainants véritable signature du groupe. Le groupe mettra à l’honneur plusieurs de ses albums : From Beyond (2015) avec 3 titres, Nostalgia (leur dernier opus sorti en 2023) et Death by Fire (2013) avec respectivement 2 chansons chacun, … Le public s’est vite laissé prendre au jeu et chante avec le groupe en reprenant en chœur les paroles des chansons. Un très bon moment en cette fin d’après-midi !!

Setlist Enforcer – Motocultor Festival 2025
ENFORCER - Metal Supremacia (OFFICIAL MUSIC VIDEO)

ENFORCER – Metal Supremacia (Official Music Video)
Nuclear Blast Records

Enslaved – Bruce Dickinson Stage | 19h10 – Clément

Inutile de présenter désormais la formation de black prog norvégienne. Enslaved s’avance sur la scène principale en terrain conquis. Quelle joie de pouvoir enfin être de l’autre côté des barrières pour immortaliser un groupe aussi légendaire! Une heure durant, la foule se prendra au jeu du mysticisme scandinave, très bien amené par un équilibre parfait de chants saturés et clairs. Sur scène on assiste à une dualité toujours assez étonnante mais qui fonctionne: Les stoïques Ivar et Grutle, face à l’expressif Arve (qui nous avait déjà offert de magnifiques clichés avec Audrey Horne au Hellfest plus tôt cette année). Un set que l’on trouvera même trop court, mais qui aura eu pour mérite d’associer les morceaux des premiers albums, aux sonorités très black et notes vikings, qui auront fait connaître Enslaved, à des morceaux plus récents et plus psyché. L’un des concerts du week-end pour moi, même si j’aurais préféré voir les norvégiens de nuit de manière à avoir une atmosphère plus intime (et respirable).

Slope – Bruce Dickinson Stage | 19h10 – Thierry

J’avais découvert Slope au Festival 666 l’année dernière. Le groupe allemand mêle hardcore, funk et metal avec un groove singulier. L’énergie sur scène est communicative : ça saute, ça danse, ça rit. Un concert rafraîchissant et audacieux qui tranche avec la rigueur du metal traditionnel. Un de mes concerts préférés du jour. Avec deux chanteurs aux commandes le groupe a fait bouger son public sur sa musique hybride et ses bonnes ondes.

SLOPE - It's Tickin' (OFFICIAL VIDEO)

SLOPE – It’s Tickin’ (Official Video)

Extreme – Bruce Dickinson Stage | 21h00 – Thierry

Retour dans les années 90 avec Extreme, l’un des groupes les plus attendus de la soirée.
Le concert figurait sur une liste restreinte de photographes accrédités, et nous n’avons malheureusement pas fait partie des quelques élus autorisés à shooter depuis le pit photo.
L’envie de les découvrir sur scène restait néanmoins intacte — pour ma part, c’était la première fois que je voyais le groupe en concert, un moment attendu depuis longtemps, empreint d’une certaine nostalgie.

Dès les premières notes, Nuno Bettencourt impose sa présence : un guitariste d’exception, à la fois virtuose et expressif, capable de transformer chaque solo en moment de grâce.
Face à lui, Gary Cherone fait preuve d’une énergie impressionnante et d’une souplesse déconcertantes — à 64 ans, il bondit, lève la jambe jusqu’à des hauteurs improbables et réussit même un saut carpé digne de David Lee Roth.
Sa prestation vocale me surprend par sa solidité et sa justesse, loin des performances plus inégales aperçues dans certains lives récents vus sur YouTube.

Le groupe enchaîne avec aisance ses classiques (It’s a Monster, Decadence Dance, More Than Words, Get the Funk Out) et plusieurs titres extraits de leur dernier album Six.

La scénographie s’appuie sur de vastes écrans diffusant des visuels modernes, vraisemblablement générés par intelligence artificielle, auxquels s’ajoute un clin d’œil appuyé à la pochette de l’album Pornograffitti. L’ensemble crée une ambiance visuelle singulière entre hommage et modernité.

La complicité entre le groupe et le public s’installe très vite. Si Gary Cherone attire les regards, le véritable moteur de cette connexion reste Nuno Bettencourt qui n’hésite pas à dialoguer entre les morceaux avec la foule avec humour et bienveillance.

Le final marque les esprits : Extreme clôt son set par un hommage magistral à Ozzy Osbourne, en livrant un medley d’une rare intensité (I Don’t Know, Bark at the Moon, Crazy Train, War Pigs, Paranoid et Iron Man).
Un moment fort qui met en valeur tout le talent et la générosité scénique de Bettencourt. Ce concert restera pour moi l’un des grands moments du festival, tant par la qualité de la prestation que par la dimension affective : Extreme a longtemps compté parmi mes groupes favoris des années 1990 et 2000.
Mon seul regret : ne pas avoir pu les shooter depuis le pit photo !!

Setlist Extreme – Motocultor Festival 2025

Trivium – Dave Mustage | 23h00 – Thierry & Clément

Dix ans après leur dernier passage au Motocultor, Trivium retrouve la Dave Mustage en tête d’affiche du samedi.
L’intro instrumentale The End of Everything annonce un set massif, immédiatement enchaîné avec Rain et Pull Harder on the Strings of Your Martyr.
Les premières notes suffisent à électriser la foule : circle pits, chants repris en chœur, les festivaliers répondent présents à chaque mouvement de Matt Heafy, infatigable maître de cérémonie.

Plusieurs micros sont disposés sur scène, permettant à Matt d’arpenter tout l’espace sans jamais rompre le contact avec le public.
Le frontman ne tient pas en place, tirant la langue, souriant, interpellant la foule tantôt en anglais, tantôt en français — un « oui, oui, mon ami » devenu un clin d’œil complice.
« It is our honor to be back », lance-t-il avant de défier la fosse d’un malicieux : « Can you do better than Bloodstock ? ».
Le ton est donné : le groupe veut marquer son retour et il y parvient.

La setlist, équilibrée et fédératrice, pioche dans toute la discographie du groupe : Catastrophist, Until the World Goes Cold, Throes of Perdition, Strife, Down From the Sky
Le groupe rend aussi hommage à ses influences avec une reprise énergique de Master of Puppets (Metallica), suivie d’un solo d’Alex Bent offrant une respiration instrumentale.
Trivium dévoile également un inédit, Bury Me With My Screams, extrait de l’EP Struck Dead attendu pour le 31 octobre — un morceau qui marque un retour assumé aux sonorités d’Ascendancy.

La communion avec le public atteint son apogée sur In Waves, dont le fameux jump collectif transforme la prairie de Kerampuilh en une mer de bras levés. Le plaisir de jouer ce soir est flagrant et le groupe entend bien le partager avec le public.
Toujours aussi charismatique, Matt Heafy fédère avec aisance. Son énergie, son humour et sa sincérité renforcent encore le lien qui unit Trivium à ses fans.

Le concert s’achève sur The Sin and the Sentence, avant un ultime clin d’œil à l’histoire du metal : Heaven and Hell, reprise instrumentale en hommage à Black Sabbath. Un final à la fois symbolique et galvanisant, conclusion d’une prestation puissante et maîtrisée.

Setlist Trivium – Motocultor Festival 2025

Batushka – Bruce Dickinson Stage | 00h25 –  Clément 

Comment rester insensible au black metal liturgique de Batushka ? Une scénographie à la fois simple, mais riche. Une ambiance à la fois froide et hostile mais qui brûle et fait raisonner cette corde intérieure. la Supositor Stage se métamorphose en autel : cierges, icônes, encens et tentures noires installent une atmosphère quasi religieuse. La formation polonaise vient clôturer cette journée par un set impeccable. Véritable récital à la sauce orthodoxe, Batushka viendra faire trembler les plaines de Carhaix. Alternance savante de rythmes effrénés typiques du black, de choeurs orthodoxes. À la croisée de la religion et de l’occultisme, Batushka nous a délivré ici une solide performance. Si le groupe n’a rien sorti depuis quelques années maintenant (quelques déboires judiciaires liés à des conflits de droits n’aidant pas) quel plaisir de voir à nouveau les polonais nous jouer des morceaux issus de Litourgiya et la quasi totalité de Panihida. Là aussi pour moi, l’une des plus belles prestations du week-end.

C’est complètement épuisés que nous quittons le site, portés par les échos encore brûlants de cette journée riche et contrastée.
L’énergie du Motocultor semble inépuisable, mais pas la nôtre : nous renonçons à couvrir les deux derniers concerts de la nuit : le collectif punk/rap Krav Boca et le duo electro-punk / synthpunk / chiptune bordelais Kap Bambino.
La nuit continue de vibrer sur la prairie de Kerampuilh, mais pour nous, le rideau tombe sur un troisième jour aussi dense que mémorable.

Retrouvez le report de la deuxième journée du Motocultor ici