Un samedi écrasé par la chaleur
Un report de Coralie, Clément et PK— Photos : Clément / My Rock Revolution
Après deux journées particulièrement denses, le Hellfest entre dans la seconde moitié de son édition 2026. La chaleur accablante continue de peser sur Clisson, mais ni les températures ni les kilomètres parcourus entre les scènes ne semblent entamer la motivation des festivaliers.
Le pic d’affluence a été atteint jeudi soir, notamment autour de Bring Me The Horizon. Ce samedi, le site se remplit plus progressivement, beaucoup de festivaliers semblant gérer leur arrivée pour éviter les heures les plus difficiles.
Cette troisième journée impose rapidement son rythme.

Vigljós — Temple | 11h05
La troisième journée débute sous le Temple avec Vigljós. Depuis que je collabore avec les Lorrains de Hell Gate, je me surprends à apprécier de plus en plus les différentes facettes du black metal. Autant dire que cette première découverte de la journée partait déjà sur de bonnes bases.
Avant même que la musique ne prenne toute sa place, le groupe capte le regard par une esthétique particulièrement soignée. Drapés dans de longues tuniques blanches évoquant des robes monastiques, les musiciens arborent de grands couvre-chefs tressés qui renforcent immédiatement la dimension rituelle de leur univers.
L’entrée en scène, tout en retenue, s’effectue sur « Sowing », tandis que le chanteur apparaît avec un brûleur d’encens en forme d’abeille à la main, installant une atmosphère presque mystique.
Musicalement, Vigljós développe un black metal atmosphérique nourri d’influences folkloriques nordiques. La prestation vocale surprend particulièrement : tantôt des hurlements, tantôt plus mélodique, elle oscille sans cesse entre puissance et fragilité.
Mention spéciale également au claviériste Aorrta, dont le costume attire autant l’œil que les nappes aériennes qu’il distille tout au long du concert. Accessible sans jamais renier son identité, Vigljós livre une prestation immersive qui constitue l’un de mes premiers coups de cœur de cette troisième journée.
Insanity Alert — Mainstage 2 | 11h40
Changement radical d’ambiance quelques minutes plus tard sur la Mainstage 2. Dès mon arrivée, impossible de manquer Heavy Kevy, affublé d’une paire de lunettes aux yeux démesurés. Le ton est donné : avec Insanity Alert, il sera autant question de thrash metal que d’autodérision.
Les Autrichiens reviennent à Clisson sept ans après leur dernier passage et ne tardent pas à transformer la fosse en véritable terrain de jeu. Les riffs fusent à toute vitesse, les tempos ne laissent aucun répit et les musiciens affichent un sourire communicatif qui en dit long sur leur plaisir de retrouver le Hellfest.
Durant le set, le groupe prend également le temps de rappeler son attachement aux valeurs d’inclusion à travers un message clair contre le racisme et l’homophobie, chaleureusement applaudi par le public.
L’ambiance atteint un nouveau sommet sur « Run To The Pit », lorsque plusieurs membres du staff investissent la scène cagoulés de rose, brandissant des pancartes en carton invitant la foule à se jeter dans le pit.
Un détail simple, mais terriblement efficace, qui renforce encore la proximité entre le groupe et ses fans.
Avec « Shredator » et l’incontournable « Why Is David Guetta Still Alive? », Insanity Alert déroule un concert aussi absurde qu’explosif. Une véritable décharge d’énergie qui réveille instantanément une Mainstage déjà bien animée dès la fin de matinée.
Hulder — Temple | 12h25
Le Temple accueille ensuite Hulder, projet mené par Marliese « Hulder » Osborne, pour un voyage où les influences païennes des premières minutes cèdent progressivement la place à un black metal plus frontal. Un projet que je trouve particulièrement intéressant, mais que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir en live.
Au centre de la scène, son pied de micro enlacé de branches renforce cette esthétique proche de la nature, qui renvoie immédiatement vers le paganisme occulte. Lorsqu’elle ne libère pas ses hurlements déchirants, Hulder se laisse emporter par la musique, headbangant au rythme des riffs tandis que Necreon vient épauler certaines parties vocales.
Derrière eux, la section rythmique maintient une pression continue qui enveloppe le Temple du début à la fin. Une fois encore, le public se montre d’une attention presque religieuse. Peu de mouvements dans la fosse, chacun semblant absorbé par cette atmosphère aussi oppressante qu’envoûtante.
Les quelques accélérations de rythme viennent rompre cette forme de recueillement. À peine le temps de s’abandonner à cet univers que le concert touche déjà à sa fin, laissant derrière lui un léger sentiment de frustration. Avec une telle qualité sonore, on en aurait volontiers repris quelques morceaux de plus.
Hulder – View from Nemeton
Non Est Deus — Temple | 13h55
Retour sous le Temple pour l’un des concerts qui m’intriguaient le plus de cette troisième journée. Si je connaissais surtout Non Est Deus de nom, je ne m’attendais pas à découvrir une scénographie aussi immersive.
En quelques instants, la scène se transforme en véritable église en ruine. Les décors, les lumières glaciales et les projections d’une iconographie religieuse détournée installent une atmosphère pesante où chaque détail rappelle un office religieux malsain.
Les musiciens, tous masqués, évoluent comme les officiants d’un rituel blasphématoire, fidèle au concept développé par le projet depuis ses débuts.
Le Temple affiche complet et il devient rapidement difficile de s’approcher de la scène. Heureusement, les écrans géants permettent de profiter pleinement du spectacle, notamment du jeu impressionnant du batteur Hans.
Sa précision et sa vitesse d’exécution, déjà remarquées avec Kanonenfieber, forcent l’admiration, tandis que les caméras mettent parfaitement en valeur une performance d’une remarquable technicité.
Mais la véritable force de Non Est Deus réside dans sa capacité à faire vivre son univers bien au-delà de la musique. Les costumes, les projections vidéo et les éclairages participent à raconter une histoire.
Même sans connaître parfaitement leur discographie, on se laisse rapidement happer par cette esthétique sombre et théâtrale.
Si le son était légèrement en dessous de mes attentes, on ne peut que saluer une prestation de ce type, qui restera l’un des temps forts de la journée.
Psychonaut – Valley | 14h40
Cap ensuite sur la Valley pour retrouver Psychonaut. Originaire de Malines, le trio belge s’est progressivement imposé comme l’un des noms les plus prometteurs de la scène post-metal européenne, mêlant avec une remarquable finesse influences progressives, psychédéliques et atmosphériques.
Dès les premières notes, le rythme de la journée semble ralentir. La Valley se transforme en une bulle suspendue où les longues envolées instrumentales laissent progressivement place à des passages au rythme plus intense.
Psychonaut joue constamment sur les contrastes. Le chant, tantôt fragile, tantôt plus incisif, apporte une profondeur émotionnelle.
Malgré une chaleur toujours accablante, le public reste captivé du début à la fin. Entre deux morceaux, les musiciens prennent le temps de remercier le public français, évoquant leurs précédents passages à Lyon, Toulouse et Béthune, avant de confier que jouer au Hellfest représente une étape toute particulière dans leur parcours.
Une déclaration accueillie par une salve d’applaudissements qui témoigne de l’attachement déjà fort entre le groupe et son public.
Sans jamais chercher à impressionner par la démonstration, Psychonaut livre un concert d’une grande justesse, où chaque crescendo semble pensé pour servir l’émotion.
Une prestation qui confirme tout le bien que l’on entend depuis plusieurs années sur la formation belge et rappelle, s’il le fallait encore, que la Belgique continue de compter parmi les terres les plus fertiles du post-metal européen.
Psychonaut – Stargazer
1914 — Temple | 15h25
Impossible de manquer le retour de 1914 sous le Temple. Après les avoir découverts au Motocultor il y a déjà deux ans, nous voilà de retour face à la formation ukrainienne de black/death.
Dès son arrivée sur scène, Dmytro Kumar, le visage maculé de boue, incarne ce soldat revenu des tranchées. Habité par ses textes, il laisse la musique s’exprimer, n’intervenant que rarement.
« We are 1914… and yes, we are talking about war ». Quelques mots suffisent à rappeler que, derrière les récits de la Première Guerre mondiale, résonne inévitablement le conflit qui frappe aujourd’hui encore son pays.
À plusieurs reprises, Dmytro quitte la scène pour rejoindre les premiers rangs, réduisant encore la distance avec un public suspendu à chacune de ses paroles. Derrière lui, les musiciens déroulent une partition d’une précision implacable, donnant toute sa dimension à cet hommage sombre et poignant aux ravages de la guerre.
En quittant le Temple, une seule pensée demeure : espérer revoir un jour 1914 dans un contexte plus apaisé, où les textes qu’il interprète ne feront plus autant écho à l’actualité.
1914 – 1914 (The Siege of Przemyśl)
Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs — Valley | 16h10
Je ne connaissais pas Pigsx7, parce que prononcer sept fois « Pigs » à chaque fois devient vite un sport, mais leur seul nom a suffi pour m’intriguer et aller les voir sur scène. Ils s’avancent en tenue décontractée, backdrop sobre, sans la moindre mise en scène tape-à-l’œil.
Les Britanniques de Newcastle déversent un stoner doom aussi massif qu’entraînant, porté par une bonne humeur qui contraste avec la lourdeur de leurs compositions. Au centre de la scène, Matthew Baty capte immédiatement tous les regards.
Véritable maître de cérémonie, le chanteur et claviériste multiplie les échanges avec le public et occupe l’espace avec une aisance presque théâtrale, rappelant par instants la fougue d’un Freddie Mercury passé à la moulinette punk.
À ses côtés, Adam Ian Sykes fait rugir sa guitare dans un esprit résolument seventies, tandis que John-Michael Joseph Hedley, pieds nus, imprime des lignes de basse profondes et organiques. Sam Grant et Ewan Mackenzie complètent un ensemble d’une redoutable efficacité.
L’entrée en scène sur « For Those About to Rock » d’AC/DC donne immédiatement le ton. À peine les premières notes résonnent-elles que les premiers pits se forment malgré la chaleur qui écrase toujours Clisson.
Le sourire est sur tous les visages, les têtes s’agitent sans retenue et la Valley retrouve des allures de fête. Une véritable bouffée d’air frais au cœur d’une journée caniculaire.
Gaerea — Temple | 16h55
Retour sous le Temple pour retrouver Gaerea, formation devenue en quelques années l’un des visages marquants du black metal atmosphérique contemporain. Les Portugais cultivent un univers immédiatement identifiable, où l’anonymat des musiciens, dissimulés derrière leurs masques, participe pleinement à l’expérience.
Dès les premiers morceaux, les déplacements précis et synchronisés des musiciens donnent au set une dimension cérémonielle. Au milieu de cette noirceur, le frontman surprend en réclamant un immense wall of death.
L’espace s’ouvre instantanément au cœur de la fosse avant de se refermer dans une collision spectaculaire, rappelant que même le black metal le plus contemplatif sait libérer une énergie brute.
Portés par un son d’une remarquable clarté, « Submerged » puis « Luminary » comptent parmi les grands moments du concert. Les textures aériennes se mêlent à des riffs denses, renforcés par la profondeur d’une guitare huit cordes qui enveloppe littéralement le Temple.
Avant de quitter la scène, le groupe salue chaleureusement le public en qualifiant le Hellfest de meilleur festival au monde. Au regard de la réponse du public tout au long du set, difficile de leur donner tort.
Gaerea – Coma
Obscura — Altar | 17h45
Pendant que le Temple retrouve un calme relatif et que les festivaliers profitent de l’ombre pour reprendre leurs esprits, l’Altar accueille une tout autre démonstration avec Obscura.
Les Allemands n’ont plus rien à prouver en matière de death metal technique, mais leur passage rappelle avec éclat pourquoi ils figurent parmi les références du genre. Chaque musicien impressionne par la maîtrise de son instrument.
Les guitares tissent des lignes mélodiques d’une grande complexité sans jamais perdre en lisibilité, tandis que la section rythmique enchaîne les changements de tempo avec une aisance déconcertante.
Malgré la technicité des compositions, rien ne paraît démonstratif : tout est au service du collectif, qui conserve un impact réel. Loin de rester enfermés dans leur bulle, les musiciens prennent régulièrement le temps d’échanger avec le public, entretenant une proximité qui contraste avec la sophistication de leur musique.
Les jeux de lumière soulignent chaque variation d’intensité et accompagnent parfaitement cette prestation millimétrée.
Obscura – Live at Hellfest Open Air 2026 | ARTE Concert
Anthrax — Mainstage 2 | 19h30
Changement radical d’ambiance en rejoignant la Mainstage 2. Bien avant l’entrée des musiciens, la fosse affiche déjà complet. Pas vraiment une surprise : lorsqu’un membre du Big Four foule les planches du Hellfest, le rendez-vous attire forcément la foule.
Anthrax ne perd pas une seconde pour rappeler pourquoi son nom est gravé dans l’histoire du thrash metal. Dès « Among the Living », Joey Belladonna déboule sur scène avec une énergie intacte, multipliant les allers-retours et haranguant la foule comme si les décennies n’avaient eu aucune prise sur lui.
À ses côtés, Scott Ian et Jonathan Donais font parler leur précision chirurgicale, tandis que Frank Bello assure une assise rythmique imperturbable. Derrière les fûts, Darby Todd remplace Charlie Benante avec une maîtrise qui ne laisse transparaître aucune hésitation.
La suite enchaîne les classiques repris à pleins poumons par un public entièrement acquis à la cause des New-Yorkais. « Madhouse », « Caught in a Mosh » ou « Indians » rappellent à quel point ces morceaux ont traversé les générations sans perdre leur efficacité.
Les festivaliers découvrent également « It’s For The Kids », premier extrait de Cursum Perficio, attendu à la rentrée.
Puis vient « Antisocial ». En France, ce morceau possède forcément une saveur particulière. Dès les premières notes, la Mainstage ne fait plus qu’un : des milliers de voix reprennent le titre de Trust à l’unisson, offrant à Anthrax l’un des plus beaux moments d’échange avec le public de cette troisième journée.
Une démonstration de thrash metal dans ce qu’il a de plus fédérateur.
Anthrax – It’s For the Kids
Aura Noir — Temple | 20h35
Retour sous le Temple pour une nouvelle immersion dans les terres du black thrash. Au fil du festival, je me surprends à prendre de plus en plus de plaisir à explorer ces sous-genres que je connaissais encore très peu il y a quelques mois. Aura Noir fait partie de ces formations que j’avais envie de découvrir.
Depuis plus de trente ans, les Norvégiens défendent une vision du black thrash restée fidèle à ses origines. Ici, aucun artifice, aucune concession. Les riffs tranchants, les rythmiques effrénées et la production volontairement rugueuse composent un ensemble qui respire l’authenticité.
Le Temple retrouve pour l’occasion cette atmosphère brute qui sied si bien aux groupes de l’underground scandinave. Le trio fait la part belle durant leur set à Black Thrash Attack, album culte devenu une référence du genre.
Old Man’s Child — Temple | 22h45
La nuit enveloppe désormais Clisson lorsque le Temple affiche complet pour l’un des rendez-vous les plus attendus de cette troisième journée. Plus qu’un simple concert, le retour d’Old Man’s Child a des allures d’événement. Après avoir quitté Dimmu Borgir en 2024, Galder retrouve enfin le projet qu’il avait fondé plus de trente ans auparavant, offrant au public un retour sur scène que beaucoup n’osaient plus espérer.
Entouré de Cyrus à la guitare, Elvorn à la basse et Tjodalv derrière les fûts, le musicien norvégien affiche un sourire presque permanent. À plusieurs reprises, son visage trahit un plaisir sincère, comme celui d’un artiste enfin revenu à l’endroit qui lui appartient. Face à lui, les premiers rangs répondent avec une ferveur qui ne faiblira pas.
Le groupe revisite notamment The Pagan Prosperity, dont les compositions retrouvent toute leur ampleur en live. Les mélodies caractéristiques du black metal symphonique s’entremêlent à une exécution irréprochable, rappelant pourquoi Old Man’s Child occupe une place si particulière dans le cœur des amateurs du genre.
Durant les transitions, Galder prend le temps d’échanger avec le public, visiblement touché par l’accueil réservé à ce retour attendu.
Il y a des concerts que l’on apprécie, et d’autres dont on sait, en les vivant, qu’ils resteront rares. Celui-ci appartient incontestablement à la seconde catégorie.
Le complément de Fred / PK
Cabal — Altar | 13h10
C’est une journée étouffante de chaleur qui s’annonce et je n’arrive sur le site que vers 13h, en espérant me préserver un peu. Mais il fallait surtout être dans les temps pour ne pas rater Cabal, qui faisait clairement partie des groupes que je ne voulais surtout pas manquer sur cette édition.
Le deathcore horrifique des Danois m’avait séduit depuis leur troisième album, Magno Interitus, paru en 2022.
Autant dire que je ne suis pas déçu du déplacement. Même s’il est encore tôt pour cette troisième journée de concerts, l’Altar est vite emballée par les rythmiques ultra-efficaces du groupe.
Dans la fosse, les quarante minutes de set ne sont qu’une succession de walls of death, circle pits et gros pogos, dans la joie et la bonne humeur bien sûr.
Chaque breakdown fait mouche, toujours emmené par des nappes de synthé rappelant des ambiances de films d’horreur. C’est vraiment la touche qui distingue Cabal de beaucoup d’autres groupes de deathcore et leur donne un son identifiable.
Ce premier concert est tellement bon qu’on peine à croire la fin du set déjà arrivée. Mais sur un festival aussi énorme, cela veut simplement dire que d’autres bonnes choses vont commencer sur une autre scène.
Cabal – End Times
House of Protection — Mainstage 1 | 15h25
C’est avec une bonne dizaine de minutes de retard que les Américains de House of Protection débutent leur set électro rock sur la Mainstage 1, à cause de problèmes techniques. Comme quoi, on peut être seulement deux sur scène et se retrouver dans une belle galère, surtout quand les bandes ne veulent pas passer.
On en vient presque à espérer qu’ils vont laisser tomber tout ça quand leur technicien, également batteur sur quelques morceaux du set, résout finalement le problème et que le show commence enfin.
On comprend rapidement l’acharnement à vouloir trouver une solution, puisque toute la partie électro, environ un tiers de la composante de leur musique, passe sur bandes.
Stephen et Aric ont choisi de se produire en duo depuis leur départ d’un autre groupe à l’énergie folle : Fever 333. Vu le show proposé par ces deux musiciens incontrôlables, on comprend vite que cette intensité avait peut-être besoin d’un espace à elle seule.
Ce n’est pas parce qu’ils ont perdu dix minutes de scène que le show est au rabais. Rapidement, Stephen se retrouve au milieu du pit avec son micro et sa guitare, demandant un énorme circle pit autour de lui. Vœu très vite exaucé.
Plus tard, nous le perdons de vue pour le retrouver tout en haut des échafaudages de la Mainstage, comme l’a souvent fait le chanteur guitariste d’Airbourne.
Autant dire que le service de sécurité flippe plus pour les artistes que pour le public sur ce set, chose assez inédite pour tout le monde, je pense. Pendant ce temps, Aric laisse la batterie à son technicien pour sauter partout sur scène, allant jusqu’au salto arrière depuis le kit de batterie.
Si le spectacle est visuellement impressionnant, le son devant la scène reste assez fadasse, me faisant dire que tous les soucis du début n’avaient pas été réglés. Qu’importe : « Show must go on », comme disaient des légendes du rock.
Ces deux gaillards ont une furieuse envie de faire partie des légendes de demain. L’avenir nous le dira. En tout cas, nous ne pouvons que saluer la performance du jour.
House of Protection – It’s Supposed to Hurt
Severe Torture — Altar | 16h10
Un peu de brutal death n’a jamais fait de mal à personne. Non monsieur, non madame. Même si celui-ci nous vient des Néerlandais de Severe Torture et que vous pensez que je me moque de vous à cause de leur nom… Je n’oserais pas.
Bon, j’avoue que pour les fans de Katy Perry, une certaine douleur peut se faire ressentir sur les faces latérales de la tête, suivie d’un début de migraine puis de vomissements. Pour les vrais amateurs de sonorités acérées, en revanche, les symptômes sont tout autres : tête qui se balance, air guitar…
Tout cela est parfaitement normal et vous pouvez vous autoféliciter pour votre bon goût, qui vous permet d’apprécier la virtuosité musicale, même lorsque celle-ci est exécutée de la manière la plus brutale, à des tempos toujours élevés, sans oublier quelques grooves à la Cannibal Corpse.
Bien sûr, ce genre musical est peu digeste quand le son n’est pas à la hauteur. Mais la chance et le talent du technicien son en place nous permettent de ne pas rater une note de cette densité musicale. Un groupe toujours aussi efficace avec le temps.
Gaerea — Temple | 16h55
La proximité de l’Altar et du Temple est vraiment un atout pour les fans de metal extrême. Quelques minutes seulement après la fin du set de Severe Torture débute celui des Portugais de Gaerea.
Un groupe que je suis depuis un moment sans être complètement séduit, jusqu’à la sortie de Loss, sorti en mars, qui a enfin pour moi le petit truc en plus permettant au groupe de se démarquer des autres formations de black metal.
Le set démarre par « LBRNTH », suivi de « Nomad », puis « Phoenix », des morceaux issus de leur dernière offrande.
C’est donc un véritable plaisir d’assister à ce début de show, d’autant plus que le jeu de scène des membres du groupe est vraiment captivant, surtout la gestuelle corporelle de leur chanteur, qui transmet autant par son corps que par sa voix, impeccable et puissante.
Le fait que tous les membres portent des masques avec le sceau du démon Asmodée ajoute une dimension spectrale à leur prestation.
Malheureusement, il est un peu plus de 17h et nous sommes dans l’heure la plus chaude de cette journée de canicule. La température sous les tentes Altar et Temple devient complètement intenable, surtout en y enchaînant les concerts.
Ce qui me semblait de prime abord être une bonne idée devient un calvaire et je suis obligé de m’extraire de là pour éviter de tomber dans les pommes.
J’ai connu des journées chaudes lors de mes séjours au Hellfest, mais là on atteint un niveau inédit où je choisis ma santé, malgré un set incroyable que je manquerais de toute façon si je luttais pour rester.
Quand on sent ses limites, autant les respecter plutôt que d’encombrer les services de secours, qui ont déjà pas mal de boulot cette année avec cette chaleur.
Je retourne vers la fin du set sous la tente en gardant mes distances pour avoir un peu d’air. La prestation a l’air toujours vraiment excellente et j’espère avoir une occasion de revoir ce groupe en live prochainement.
Gaerea – Hellbound
Obscura — Altar | 17h45
Cavalera ayant dû annuler sa prestation après un incident impliquant son tour bus, mon choix se porte finalement sur Obscura. Le show des Allemands est plutôt plaisant. Ils enchaînent leurs morceaux de death metal technique démonstratif avec brio et on apprécie la qualité des musiciens.
On retrouve notamment dans leurs rangs Vincent Wilquin, le Lorrain de Fractal Universe, à la guitare. Comme dans son groupe d’origine, il déploie tout son talent et sa virtuosité aux côtés d’autres musiciens surdoués sur leurs instruments respectifs.
Malheureusement, une fois de plus, la chaleur intenable sous la tente me fait prendre la fuite.
Enhancer — Mainstage 1 | 18h35
En Mainstage 1 se prépare le grand retour des néo-metalleux d’Enhancer. En se collant bien à la scène, il y a moyen d’être à l’ombre avec un filet d’air. Autant dire que c’est la meilleure place du moment. Et cela se confirme lorsque le show débute.
Les gars d’Enhancer sont chauds, la scène leur manque et ils comptent bien mettre un sacré bordel à grands renforts d’invités. Ils ont décidé de partager cet événement avec leurs potes et d’en mettre plein la vue et les oreilles au public.
C’est Niko de The Arrs qui est le premier à donner de la voix sur « Hardcore », pendant que des flots de slammers se déversent vers la crash-barrière pour être réceptionnés par les Challengers. Saluons-les d’ailleurs, car comme tous les ans, ils font un boulot formidable pour réceptionner tout ce monde en sécurité.
Le prochain guest a déjà beaucoup fait parler de lui, puisque certains voient la trahison ultime du Hellfest envers le metal dans le fait d’avoir permis à Enhancer d’inviter JoeyStarr. Au final, je pense que seuls les absents râlent. Ils interprètent « J’arrive », tiré de l’excellent album solo Gare au Jaguarr de JoeyStarr, qui vire rapidement sur « Qu’est-ce qu’on attend » de Suprême NTM. Quel pied de l’entendre avec les grosses guitares d’Enhancer.
Le public est maintenant chauffé à bloc pour « Pas sommeil », un des gros tubes du groupe, qui se révèle, comme beaucoup d’autres titres, ultra-efficace sur scène. Comme si cela ne suffisait pas, ils ajoutent de l’huile sur un feu déjà bien attisé en invitant un autre groupe culte du néo-metal français, qui se fait rare : Pleymo.
Les deux groupes pètent les plombs sur scène et Pleymo en profite pour annoncer qu’ils seront eux aussi bientôt de retour. C’est assez logiquement qu’ils enchaînent sur « Cinglés » avant de finir sur « Hot », émus de quitter la scène mais visiblement ravis de ce moment.
Côté public, ce sentiment est partagé. Pour ma part, même si ce groupe n’était pas dans mes priorités initiales, je ne regrette pas du tout d’avoir assisté à ce show, bien au contraire.

A Perfect Circle — Mainstage 1 | 20h35
Les amateurs du all-star band connaissaient déjà la prophétie : un set ultra-planant joué à la perfection par des musiciens aussi inspirés que statiques. Aucune surprise au programme, si ce n’est le retour de Josh Freese derrière les fûts, une évolution du line-up que je n’avais pas suivie sur les réseaux, mais qui est ma foi une bonne nouvelle.
C’est The Package tiré de leur 2ème album Thirteenth Step qui berce en premier les spectateurs. Beaucoup de titres de cet album sont d’ailleurs joués ce soir, comme Weak and Powerless, Gravity, The Outsider ou plus tard dans le set The Noose.
Leur formidable dernier album en date, Eat the Elephant, est lui aussi représenté avec Disillusioned, « The Doomed » et TalkTalk.
Globalement, les quatre albums studio du groupe sont représentés, avec forcément la superbe Judith en final.
J’entends beaucoup de personnes leur dire « merci pour la sieste » en s’éloignant de la Mainstage 1. Alors peut-être que passé 21h, le public attend en effet des groupes plus énergiques sur les Mainstages, surtout que le contraste est saisissant avec la tête d’affiche du jour, Limp Bizkit.
Mais A Perfect Circle est un groupe qui tourne peu et, pour ma part, je ne boude pas mon plaisir d’avoir pu profiter de cette occasion pour les voir en live au moins une fois dans ma vie.
Megadeth — Mainstage 2 | 21h50
Dave Mustaine ayant annoncé que cette tournée intitulée This Was Our Life était la dernière de l’histoire de Megadeth, ce septième passage au Hellfest représente la dernière date française du légendaire groupe de thrash metal. En effet, le leader du groupe a récemment dévoilé qu’il souffre de contracture de Dupuytren, qui a pour conséquence de provoquer une flexion des doigts vers la main.
Son souhait est donc de quitter la scène dignement, tant qu’il est encore en possession de ses capacités, et nous ne pouvons que le soutenir dans ce choix.
Si la dernière offrande éponyme du groupe est logiquement représentée avec trois de ses meilleurs titres, « Tipping Point », « I Don’t Care » et l’excellente « Let There Be Shred », ce sont surtout des grands classiques qui sont exécutés avec parfois quelques accrocs de la part de Mister Mustaine.
On les lui pardonne volontiers pour les parties guitares, tant la souffrance se lit par moments sur son visage. Comme vous l’imaginez, si vous les avez déjà vus en concert, les parties vocales, qui ne sont généralement pas le point fort de Dave, en souffrent également.
On peine parfois à entendre la voix du célèbre rouquin. Il n’en demeure pas moins qu’« À tout le monde » prend une facette encore plus émotionnelle que d’habitude.
Ce soir, ce n’est pas un au revoir qui nous est adressé, mais bien un adieu, après quarante années de bons et loyaux services et dix-sept albums studio.
La fin du set monte crescendo : « Symphony of Destruction », « Peace Sells », puis l’un des morceaux les plus dantesques de toute l’histoire du thrash metal : « Holy Wars… The Punishment Due ». Chapeau à l’artiste et merci d’être venu nous saluer une dernière fois avant une retraite bien méritée.

Limp Bizkit — Mainstage 1 | 23h10
Être au milieu du pit représente rarement un danger au début d’un set. Sauf pour Limp Bizkit, qui agit comme un interrupteur On/Off sur le public dès que retentit « Break Stuff ». Généralement, on peut voir un pogo naître progressivement et s’agrandir.
Ici, tout le pit devient un pogo gigantesque en une fraction de seconde, et ce n’est pas « My Generation », autre immense tube néo-metal, qui va calmer le jeu.
Heureusement, Wes Borland sait se faire désirer avec de longues intros à la guitare. C’est l’occasion de reprendre son souffle avant que le groupe nous explose de nouveau un énorme riff à la tronche, réactivant le pogo géant ou le mode kangourou du public. Sans compter le flot incessant de slameurs.
Bref, c’est un joyeux bordel. Même en prenant le parti de m’éloigner un peu, je suis surpris de voir toujours autant de slameurs affluer. Mais d’où viennent-ils ? De la Warzone ? Blague à part, j’ai fait un paquet de concerts et de festivals, mais j’ai rarement vu un tel bordel.
Même si je ne suis pas un fan absolu du groupe, je dois bien l’avouer : je passe un très bon moment. Limp Bizkit sait s’y prendre pour rendre dingue le public.
Complètement lessivé, je dois faire l’impasse sur Behemoth en espérant avoir quelques heures de sommeil pour survivre au dernier jour du festival, déjà annoncé comme le plus caniculaire. C’est en tout cas une excellente journée qui s’achève, une fois encore.
Une dernière journée en ligne de mire
Si le mercure est resté bloqué à des sommets tout au long de cette troisième journée, l’énergie des festivaliers, elle, n’a jamais semblé faiblir. Malgré la fatigue qui commence inévitablement à se faire sentir après trois jours passés sous le soleil de Clisson, les fosses continuent de s’animer et les scènes ne désemplissent pas.
Le Hellfest a une nouvelle fois démontré la richesse de sa programmation, capable de faire cohabiter les atmosphères du Temple, la technicité de l’Altar, les détours plus hypnotiques de la Valley et les grands rassemblements des Mainstages.
Il ne reste désormais qu’une ultime journée avant que les portes ne se referment sur cette édition 2026. Une dernière ligne droite attend encore les festivaliers.




















































































