Angine de Poitrine au Festival Bon Moment
La rumeur qui embrase L’Autre Canal
Un report de Pauline
Photos Live : Marie d’Emm
Le 30 mai, à l’Autre Canal, se tenait le Festival Bon Moment, une édition particulière durant laquelle j’ai vécu une véritable aventure. Le Festival Bon Moment, c’est trois jours d’événements variés, pensés pour tous les publics.
Du vendredi au dimanche soir, le programme enchaîne concerts, activités familiales, ateliers créatifs, danses, roller disco, initiations au BMX et au skate, ainsi que de nombreux jeux et animations en tous genres.
Une véritable fête populaire où chacun peut trouver son bonheur, quel que soit son âge ou ses envies, et surtout un rendez-vous entièrement gratuit, ce qui contribue largement à son succès et à son ambiance si particulière.
Pour l’occasion, l’organisation avait annoncé depuis plusieurs mois la venue du groupe québécois Angine de Poitrine, encore peu connu à ce moment-là. Mais en l’espace de quelques mois, la formation est devenue un véritable phénomène, suivie bien au-delà des frontières.
Lorsque la rumeur de leur concert gratuit à L’Autre Canal en Meurthe-et-Moselle s’est confirmée, l’événement a pris une toute autre dimension. Une véritable course aux bracelets a alors commencé, car seuls les 1200 premiers (capacité de la salle) pouvaient obtenir le précieux sésame.

C’est alors que ma journée débute. On avait ouï dire que des gens appelaient de partout pour confirmer cette information étonnante. Avec mon acolyte, nous avons donc décidé de nous présenter dès 10h devant la salle.
On s’attendait à une foule immense, au vu des échos et de l’engouement grandissant autour de l’événement. Pourtant, à notre grande surprise, nous n’étions que les dixièmes sur place. À la fois rassurés et étonnés, nous avons pu profiter pleinement de l’attente.
Des transats avaient été installés pour l’occasion, dans une ambiance guinguette colorée et festive, parfaitement intégrée au cadre. Le soleil, déjà très chaud pour ce week-end de fin mai, rendait le moment encore plus agréable, transformant cette attente en une véritable parenthèse estivale avant l’effervescence à venir.
Après des heures d’attente, nous obtenons notre bracelet vers 14h. Alors que la file d’attente augmente jusque dans la rue, nous pouvons enfin souffler et profiter des différents événements proposés sur le site ainsi que de la buvette, dans une ambiance toujours aussi festive, jusqu’à l’heure du concert.
Des silhouettes venues d’ailleurs
23h : l’heure d’entrée dans la grande salle pour le concert, alors que l’événement était déjà complet depuis 17h. Pour l’occasion, nous remarquons beaucoup de personnes vêtues de pois, sur leurs vêtements mais aussi parfois dessinés sur leurs visages, comme un clin d’oeil collectif à l’univers du groupe.
Tous, dans la salle, n’ont qu’une hâte, voir le phénomène Angine de Poitrine.
Et nous y sommes, à quelques minutes… La lumière se baisse soudainement et deux silhouettes apparaissent. Deux “extraterrestres” en tenues inversées noir et blanc, recouvertes de pois, font leur entrée sur scène. Le public réagit immédiatement, dès les premières secondes, comme happé par l’énergie qui se dégage de la salle. Il s’agit de Khn de Poitrine (guitariste) et Klek de Poitrine (batteur).
Leurs visages sont totalement peints et camouflés, rendant toute identification impossible. Pas de doute : leur univers est immédiatement posé, unique, cohérent, presque théâtral, et déjà pleinement assumé dès leur première apparition sur scène.
Les premières notes sonnent et c’est tout un monde qui s’ouvre à nous. Un subtil mélange entre math-rock, héritage des années 80 aux États-Unis, et microtonalité, que l’on pouvait déjà percevoir chez Jimi Hendrix lorsqu’il utilisait le bending pour aller chercher des quarts de ton, presque à la limite de la rupture harmonique.
Mais ici, Khn pousse encore plus loin cette exploration. Après m’être renseignée et avoir un peu étudié le sujet, je peux un peu vous expliquer quelques subtilités.
Khn joue sur une guitare double manche, guitare / basse, entièrement microtonale, frettée en quarts de ton. Une approche technique et audacieuse, qui rappelle certaines libertés prises par Eddie Van Halen ou encore Steve Vai, pour ne citer qu’eux, dans leur manière de repousser les limites de l’instrument.
Le résultat est déroutant, précis, presque expérimental, mais parfaitement maîtrisé, un langage musical inédit qui confirme immédiatement que leur univers est totalement à part, construit et assumé jusqu’au moindre détail.
Klek, lui, n’amuse pas seulement le public en l’éclaboussant avec sa paille ou en la faisant résonner dans le micro. Même si ce genre de gestes participe à la dimension décalée et ludique du spectacle, il est surtout le moteur rythmique de cet étonnant duo.
Sa batterie, volontairement travaillée avec un son mat et étouffé, semble conçue pour se fondre parfaitement dans les microtonalités du projet, plutôt que de les dominer.
Angine de Poitrine est clairement un groupe technique, pensé pour des oreilles averties, que beaucoup pourraient naturellement rapprocher de King Gizzard & the Lizard Wizard, notamment dans leurs expérimentations microtonales comme sur l’album « Flying Microtonal Banana », mais pas uniquement.
Angine de Poitrine – Session Secrète
Pour les néophytes, le résultat prend une toute autre forme, une boule d’énergie brute et accessible, capable de séduire des publics très différents en jouant autant sur le son que sur la mise en scène et des histoires racontées dans une langue presque inconnue.
Dans la salle, on observe ainsi un mélange rare de profils, tous les âges sont représentés, toutes les origines aussi, et pas seulement des habitués de la scène rock ou expérimentale, preuve que le groupe dépasse largement les codes habituels du genre. Le public est totalement survolté et participe très volontiers au show loufoque.
Très vite, la salle entre dans une forme de jeu collectif où chacun se laisse embarquer dans les codes proposés par les deux musiciens. Encouragé par Khn de Poitrine et Klek de Poitrine, le public n’hésite pas à reprendre régulièrement un geste devenu presque rituel, le signe du triangle formé avec les mains.
Un symbole repris en choeur, qui circule dans toute la salle comme un langage commun improvisé. L’instant prend alors une tournure presque ritualisée, une atmosphère volontairement poussée dans une esthétique “sectaire” dans la mise en scène, mais totalement au second degré. Tout est clair dans le jeu et la dérision, et c’est précisément ce décalage assumé qui rend le moment aussi marquant et jubilatoire.
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