Interview exclusive de DEATHTURA par Roland Germain pour MRR
L’aventure commence en 2013 quand Niko Mike D., Guillaume JACQUES et Jeffrey LIMAGE, respectivement batteur, bassiste et guitariste, alors accompagnés du guitariste-chanteur Julien DEFOSSE, fondent DEATHTURA et enregistrent une Démo 4 titres (« Feels the Reaper »), puis l’album « Psychotic Disaster » en 2015.
Premier changement de Line-up en 2018 : Bastian FLAMES et Jerem Van AERSCHOT remplacent Julien pour réaliser « Division », produit par WORMHOLEDEATH.
Enfin, en février 2025 sort leur nouvel album « Faith? », sur lequel Arnaud BOMANS a remplacé Jerem. Après le MeloDeath de leurs jeunes années, le groupe s’est affairé à moderniser leur style en développant un Groove Metal Industriel lourd, subtil et chargé en émotion qui convoque les esprits de GOJIRA, PRONG et DIE KRUPPS pour une usine à tubes particulièrement addictive.
Après avoir chroniqué « Faith? » en mars et éprouvé un plaisir toujours renouvelé après des dizaines d’écoutes, j’avais envie d’en savoir plus au sujet de ces belges qui méritent toute l’attention du public français.
Le parcours
1- Bonjour DEATHTURA, et merci du temps que vous prenez pour répondre à nos questions. Pouvez vous nous raconter votre parcours pour vous présenter aux français qui ne vous connaîtraient pas encore ?
– Nico : Que dire… Il nous serait déjà impensable de commencer à te répondre sans te remercier. Ta chronique nous a beaucoup touchée et nous sommes vraiment reconnaissants de voir que notre album ait pu t’offrir tant d’émotions.
Cela dit, pour rajouter un mot concernant DEATHTURA, il s’agit avant tout d’une amitié entre ce qui était à la base 4 adolescents ayant évolués ensemble avant de devenir une amitié soudée et chargée d’histoire aujourd’hui.
DEATHTURA, au-delà du groupe de musique, c’est des réunions entre amis, des barbecues, quelques verres de trop jusqu’à pas d’heures et une quantité incalculable de souvenirs ensemble. Personne ne s’est jamais considéré comme collègue au sein de cette formation. Nous tenons fort à cet aspect qui nous est cher et essayons d’inclure le public dans cet univers fédérateur à chaque fois qu’on en a l’occasion.
2- Le Mix et le Mastering de « Faith? » ont été confiés à HK KRAUSS, du VAMACARA Studio (qui a déjà travaillé avec SINSAENUM, LOUDBLAST, DAGOBA, BETRAYING THE MARTYRS ou VENTED), sachant que vous aviez géré vous-mêmes l’enregistrement des instruments en auto-prod excepté la batterie. Qu’est-ce qui a fait que votre choix s’est porté sur lui ?
– Bastian : En fait, on a eu vent de ses productions depuis un moment et on le suivait déjà pas mal sur les réseaux. On aimait sa façon de travailler, propre, efficace et sa vision claire. Il a l’art et la manière de faire ressortir le meilleur de chaque production. Lui confier notre album était un choix logique, nous savions qu’il allait emmener l’album là où il devrait être.
3- Pour la captation des pistes de batterie de Nico, vous avez fait appel à Jonas SANDERS (batteur, entre autres, de RESISTANCE, KOMAH et PRO-PAIN). Comment avez vous été amené à travailler avec lui ?
– Bastian : Jonas est un ami de longue date et une personne qui sait ce qu’il fait.
Étant lui-même batteur et producteur, il nous paraissait plus qu’opportun de lui confier les prises de son batterie. Nous aimons beaucoup son travail, il est méticuleux et consciencieux.


Le processus de composition
4- Composition, maquettage, enregistrement : quel a été votre processus de composition pour cet album ? Et qu’est ce qui a motivé le changement de style entre « Division » et « Faith? »
– Bastian : Cet album a mis du temps à être “définitivement” fini car on voulait que la direction qui se profilait agisse comme un entonnoir : plus on composait et plus on avançait, plus on sentait que le style s’affinait. On se retrouvait, on maquettait, on mettait en commun, et on retravaillait chaque titre pour que le frisson reste tout du long.
Ce qui a donné la direction est sans nul doute le fait du Line-up qui a changé depuis la composition de “Division”. Le fait de composer “Faith?” à 5 a clairement impacté la patte du groupe et nous en sommes très satisfaits.
– Jeff : Concernant le processus de composition des morceaux, la méthode a beaucoup évolué depuis « Division ». Avant, nos compositions résultaient principalement de jams. Pour « Faith ? », l’approche est plus moderne : Arnaud et moi venons avec des riffs, Nico pose sa batterie et Guillaume sa basse sur ceux-ci. Nous écoutons ensuite le résultat à cinq et le morceau prend forme en fonction des retours de chacun. Le chant de Bastian vient enfin mettre la touche finale au morceau.
5- Quel est votre parcours individuel : êtes vous autodidactes, ou avez vous pris des cours en Ecole (ou privés) ?
– Bastian : Pour ma part, je suis entièrement autodidacte, j’ai appris sur le tas depuis plus de 25 ans. J’ai grandi avec le metal des années 2000 et j’ai une grande influence de ce côté.
– Jeff : Je suis partiellement autodidacte, j’ai suivi ponctuellement des cours de guitare, mais jamais avec des profs dont les influences collaient avec les miennes. Mon jeu “Metal”, c’est donc moi qui l’ai forgé sur base de mes références musicales.
– Nico : Pour ma part j’ai expérimenté une première approche de la batterie à l’âge de 8/9 ans, qui n’a pas été concluante. Cela dit, l’appel fut plus fort que moi quelques années plus tard, à mes 12 ans, et la passion de l’instrument ainsi que de la musique se sont développées très rapidement. J’ai énormément étudié mon instrument (cumulant parfois des cours avec 3 profs au même moment) jusqu’au moment où je pensais ne plus avoir le temps d’apprendre quand je suis rentré dans le monde du travail. Cependant, après l’enregistrement de « Division » je me suis fait une réflexion simple : “J’aimerais vraiment apprendre à faire sonner l’instrument. La technique et la théorie pure, c’est une chose, mais j’ai voulu apporter plus de feeling et de personnalité à mon jeu. J’ai donc recommencé des cours 6 ans après avoir arrêté mon apprentissage dans cette optique et suivant cet objectif. Je me sens aujourd’hui plus complet dans mon jeu et j’ai réussi à comprendre que je ne finirai jamais d’apprendre.
– Arnaud : Alors moi, j’ai commencé la guitare vers 13 ans sur une vieille acoustique qui traînait à la maison. Je jouais surtout des morceaux Pop-Rock, Classic Rock… ce qui me plaisait à l’époque. Deux ans plus tard, avec des goûts qui viraient un peu plus « Hard », je me suis acheté ma première guitare électrique. J’ai pris quelques cours à la Rock School, et j’ai aussi fait un ou deux stages d’été, histoire de jouer en groupe et progresser un peu.
Après, pendant mes études, j’ai un peu mis la guitare de côté, par manque de temps. Et c’est vraiment pendant le confinement, en 2020, que je m’y suis remis à fond. Cette fois en mode totalement autodidacte, mais de manière super structurée : j’ai bossé autant la pratique que la théorie, en piochant sur Internet, où y a vraiment plein de ressources géniales si on prend le temps de chercher.
Et récemment, j’ai décidé de reprendre des cours pour aller encore plus loin et vraiment personnaliser mon apprentissage. Du coup, je bosse avec Brieuc DE GROOF, le guitariste du groupe AKTARUM.
– Guillaume : Je suis complètement autodidacte, autant pour la basse que pour la voix.
Les influences
6- Je suis un obsessionnel des influences : quels sont le ou les musiciens qui vous ont fait rêver et donné envie de vous mettre à jouer d’un instrument, et vous influencent ils toujours dans le jeu à l’heure actuelle ? Quant à la réflexion collective sur l’écriture d’un album, bien que vous visiez évidemment à développer votre personnalité, y a t-il des groupes clairement revendiqués ?
– Bastian : Le Metal des années 2000 a été une très grosse charnière pour moi, notamment tous ces chanteurs hurleurs qui savent aussi chanter tels que Corey TAYLOR, Jonathan DAVIS, Jared GOMES,…
– Jeff : Le premier musicien qui m’a donné envie de faire de la guitare c’est Kurt COBAIN. C’était ma porte d’entrée dans la musique rock. Par la suite, avec ma découvert du monde du métal, mon intérêt s’est portée sur des musiciens tels que Dimebag Darrell, James HETFIELD, Alexi LAIHO… Ce sont eux qui contribuent encore aujourd’hui à façonner mon jeu. Concernant les groupes, je pense que des groupes comme GOJIRA, SLIPKNOT et PANTERA jettent clairement une ombre sur notre musique.
– Nico : Je suis passé par plein d’influences au fil du temps et à force de découvrir de nouveaux batteurs. Pour la blague je répondrais que mon batteur préféré est l’Animal du MUPPET SHOW pour le côté sauvage. Mais actuellement si je devais citer mon top 4 des batteurs sur la scène Metal actuelle, ce serait les monstres de technique Thomas LANG, Mario DUPLANTIER, Gene HOGLAN et l’immense Ray LUZIER en Top 1.
LANG pour le développement sans fin de techniques poussées aux plus grands extrêmes, DUPLANTIER pour l’originalité et la créativité, HOGLAN pour la maîtrise et le Self-Control et LUZIER pour la puissance et le feeling.
– Arnaud : Franchement, le premier qui m’a vraiment donné envie de jouer de la guitare, c’est Angus YOUNG d’AC/DC. Ses solos super énergiques, très blues rock, ça m’a tout de suite accroché.
Ensuite, sans grande surprise, METALLICA a été une énorme influence. Les quatre premiers albums en particulier… James HETFIELD et Kirk HAMMETT, c’est eux qui ont clairement posé les bases de mon jeu de guitare, surtout en rythmique et en feeling.
Mais l’influence la plus marquante ces dernières années, c’est TRIVIUM. Je suis un énorme fan de Matt HEAFY et Corey BEAULIEU. Et pendant le confinement, Matt a sorti des vidéos où il explique comment jouer les morceaux de l’album « What the dead Men say ». Ça m’a carrément boosté, c’était un vrai déclic dans ma façon d’apprendre.
Et sinon, dans les groupes qui ont bien nourri mon style aussi, je pourrais citer DEFTONES, SLIPKNOT, LAMB OF GOD, SYSTEM OF A DOWN, et RAMMSTEIN. Chacun m’a influencé à sa manière.
– Guillaume : A l’époque c’était surtout SLIPKNOT et KORN qui m’ont influencé. Même si je les écoute toujours, mes goûts et style ont changé avec le temps et j’accorde une grande importance à créer des lignes de basse simples mais puissantes qui complètent la frappe de la batterie. GOJIRA et PANTERA sont de bon exemples.
7- Dans la même logique, -même si vous revendiquez un Metal moderne-, votre approche Groove Metal super efficace fleure bon les années 90, et encore + vos samples et gimmicks de synthés, qui m’ont tout de suite évoqué des monstres sacrés de l’Indus de l’époque comme DIE KRUPPS ou DAS ICH. Était ce une influence consciente et vous avez écrit directement le bon Hook, ou avez vous testé des choses jusqu’à ce que ça sonne Indus ?
– Bastian : Alors, le fait que ça sonne Indus n’était pas clairement voulu. Les choses se sont faites toutes seules selon nos ressentis et nos envies. Il n’y avait pas d’influence consciente de ce côté. Le résultat nous plaît et c’est le principal selon nous.
DEATHTURA – Yes I Am [All Over] (Official Video)
8- Parlons un peu des textes : « Division » était écrit autour d’un concept (en tout cas un fil rouge guidant une réflexion générale), « Faith? » aussi. Pouvez-vous nous en dire + ?
– Bastian : Les textes de “Faith?” sont tous en rapport avec l’humain, ses réactions, son comportement, ses réflexions… autant dans le bon que dans le mauvais. C’est un album profondément humain. Chaque texte peut être lu d’au moins 2 ou 3 façons différentes selon la perception de celui qui le lit mais chacun a un fond. C’est, je pense, ce moment où tu ressens l’émotion qui prend aux tripes que tu mets le doigt sur le réel sens de chaque texte.
9- La scène alternative belge a depuis longtemps une certaine reconnaissance grâce à de grands noms de l’Underground comme TC MATIC, dEUS, UNIVERS ZERO, FRONT 242, ZITA SWOON, TRIGGERFINGER, LORDS OF ACID, BRUTUS et plus récemment dans la Pop-Rock avec GHINZU, Selah SUE ou PUGGY. Du côté du Metal, AGATHOCLES, ABORTED, LENG TCH’E, DO OR DIE, RESISTANCE, KOMAH ont eu pas mal d’impact, ainsi que des musiciens comme Déhà ou Dirk VERBEUREN, qui rayonnent grâce à leur productivité perpétuelle. Comment voyez vous l’évolution de la scène belge à l’heure actuelle ? Le marché est-il en plein expansion ou la production reste-t-elle compliquée ? Enfin, y a-t-il des groupes que vous aimez particulièrement et que vous voudriez mettre en valeur ?
– Jeff : La scène Metal belge est bien plus riche que l’on pourrait le penser à première vue. Pour un petit pays, on a pas mal de groupes qui émergent ou qui sont déjà bien exposés au niveau international comme CHANNEL ZERO, AMENRA, EVIL INVADERS…Ce qui reste compliqué pour nous, c’est que le centre de gravité de la musique extrême en Belgique se trouve surtout en Flandres. Il est plus difficile pour un groupe wallon de tirer son épingle du jeu.
10- L’album est sorti en février, vous avez déjà donné 4 concerts (au ZIK ZAK et à L’ENTREPÔT en mars, puis à l’ANVINIUM Festival et à l’ERISTIC Fest en mai) pour le présenter en Live. Quel a été l’accueil du public et quels sont vos projets à venir ?
– Jeff : L’accueil du public a été au delà de nos espérances, particulièrement à l’ANVINIUM Metal Fest. On avait rarement eu un public aussi déchaîné, et c’était vraiment motivant !
11- Le 3ème membre de l’équipe technique, Thomas DELBART (compositeur qui travaille autant pour les plateformes de téléchargement que pour la Télévision), a déjà réalisé les 2 premiers Clips de l’album : « Burden » et « Yes I am (all over) » et j’ai appris que vous aimeriez tout clipper; ça serait assez génial, surtout que votre musique et vos textes se prêteraient pas mal à un traitement « cinématographique ». Y a t’il une volonté d’Art Total derrière le projet, quelque chose qui dépasserait la musique pour aller vers un univers multi-plateforme, comme l’a fait TWELVE FOOT NINJA (les australiens avaient développé en parallèle de leurs albums des tas de Clips, un Comic Book et même un jeu vidéo) ?
– Jeff : Je ne sais pas si on ira jusque là, ni même si on arrivera à tout clipper, parce que monter un clip demande énormément de ressources. Mais ça reste une idée à laquelle on est attachés : donner une autre dimension à notre musique en mettant à profit le medium vidéo qui, on le sait, fonctionne aussi particulièrement bien auprès du public.
12- Vous avez travaillé en auto-production pour conserver une autonomie totale sur la création, puis avez finalisé la prod avec HK, mais vous n’avez pour l’instant ni Label ni distributeur. Votre seul partenaire pour l’heure est Rebound Diffusion, votre attaché de presse. Quels sont les plans pour l’avenir, cherchez- vous de nouveaux partenaires ou continuerez vous à travailler en autarcie en montant votre propre Label ?
– Jeff : Nous n’avons jamais envisagé de monter notre propre Label. Si une opportunité se présente avec une structure qui nous convient, on signera. On recherche par contre d’autres partenaires afin de promouvoir au maximum notre musique. L’autoproduction a quand même ses limites en terme de diffusion. C’est dans cette optique que nous avons signé récemment avec l’agence de booking REDLION Music Agency, qui, on l’espère, nous permettra de promouvoir notre musique au-delà des frontières belges.
Les projets
13- Avez vous d’autres projets parallèles à DEATHTURA dont vous aimeriez parler ?
– Nico : Il y a bien Bastian et moi qui faisons aussi de la musique sur le côté. (moi dans un Tribute à FOO FIGHTERS, et Bastian sur des projets persos parce qu’on ne fait jamais assez de musique dans une vie). Mais sous la perspective de DEATHTURA, toutes nos pensées sont tournées vers la promotion de « FAITH? », qui va reprendre un coup de boost dans les semaines à venir. Et il se pourrait que l’album nous ait suffisamment inspiré pour se remettre à composer dans la foulée. Mais ça, ce n’est que du teasing pour le moment.
14- Et enfin, le mot de la fin sera le vôtre : quelle question auriez vous aimé que l’on vous pose ? (et vous pouvez y répondre, bien sûr). Bonne continuation, et merci d’avoir bien voulu vous prêter au jeu.
Arnaud : Merci à toi pour l’interview, c’était super cool ! Pour finir, j’ai envie de faire un petit clin d’oeil au titre de notre nouvel album, « Faith? ».
Si on nous demandait si on a foi en l’avenir de DEATHTURA, franchement, je pense qu’on répondrait tous oui, sans hésiter. On croit fort en ce projet, on a envie d’aller loin et de faire de belles choses ensemble.
NDLR : à l’heure où nous publions cette interview, Bastian a quitté DEATHTURA pour se lancer dans ses projets personnels. Nous leur souhaitons à tous une bonne continuation et espérons avoir des nouvelles de chacun très bientôt.








