La Scène extrême québécoise regorge de légendes Thrash et Death : VOIVOD, GORGUTS, MARTYR, CRYPTOPSY, KATAKLYSM, QUO VADIS, NEURAXIS, AUGURY, DESPISED ICON, ION DISSONANCE, BENEATH THE MASSACRE, FIRST FRAGMENT, BEYOND CREATION, BURNING THE OPPRESSOR, plus récemment DISSIMULATOR et j’en oublie.
BURNING THE OPPRESSOR a sorti depuis 2012 trois albums indépendants (« Ignition », « Verbal Aggressor » et « Bloodshed »), puis « Damnation » chez CANDLELIGHT et enfin « Waking Nightmare » en mai chez M&O Music, un Death Metal groovy, brutal et mélodique, nourri aux guitares néo-classiques, destiné aux fans (entre autres) de LAMB OF GOD et BLACK DALIAH MURDER.
My Rock Revolution avait envie d’en savoir plus sur ce nouvel album, et c’est Kevin BORDELLO, leur hurleur et parolier, qui s’est prêté à notre interview :
1- Bonjour Kevin, et merci du temps que tu prends pour répondre à nos questions.
5 disques en 13 ans, une renommée grandissante grâce à de nombreux Lives en compagnie de stars internationales, et votre petit dernier, encore plus solide et maîtrisé que ses prédécesseurs. Tout semble se passer au mieux pour vous. Pouvez vous nous raconter un peu ce long voyage pour vous présenter aux français qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Le projet Burning The Oppressor est né en 2012 à Montréal, dans un contexte où plusieurs d’entre nous ressentaient un besoin pressant d’exprimer colère, frustration et lucidité face à un monde malade. Très vite, ce qui était une échappatoire est devenue une mission plus profonde.
Après trois albums indépendants (Ignition, Verbal Aggressor, Bloodshed), puis Damnation sous Candlelight Records, Waking Nightmare représente une forme d’aboutissement.
Ce long parcours a été jalonné de deuils, de bouleversements, de tournées marquantes et d’innombrables heures de travail. On a grandi, on s’est forgé, on a trouvé notre voix. Et maintenant, on sent un pont se créer avec l’Europe, particulièrement avec la France, grâce à M&O Music. C’est une étape qu’on accueille avec beaucoup de gratitude.

2 – Vos 2 derniers albums ont été produits par Christian DONALDSON, guitariste de CRYPTOPSY depuis 20 ans. Comment avez vous été amené à travailler avec lui : étiez-vous amis de longue date, cela s’est-il négocié lors d’un de vos concerts avec CRYPTOPSY, ou visiez vous avant tout un producteur renommé ou dont vous aimiez la logique sonore ? Enfin, que vous a apporté cette collaboration ?
On admirait déjà le travail de Christian depuis longtemps, que ce soit pour Cryptopsy ou ses collaborations avec des groupes comme Ingested, Shadow of Intent ou Beneath the Massacre.
De son côté, Chris nous connaissait de nom, mais n’avait jamais travaillé avec nous. Un moment donné, il est venu nous voir en spectacle dans un festival extérieur en banlieue de Montréal, et il a été agréablement surpris par notre prestation.
Il est venu nous voir après notre performance et m’a dit : « On devrait travailler ensemble sur votre prochain album », parlant ainsi de Damnation qui n’était pas encore créé à l’époque. C’est comme ça que notre collaboration a débuté, et nous avons fait le choix de lui faire confiance pour la suite.
Ce qui nous a poussés à travailler avec lui plutôt qu’un autre, c’est cette précision chirurgicale dans le mix, mais aussi sa capacité à respecter l’ADN de ce qu’on est vraiment. Respecter notre son, notre identité. On voulait ce juste milieu entre brutalité et clarté. La collaboration s’est faite très naturellement : il a compris notre démarche dès les premières écoutes. Il nous a challengés, poussés à nous dépasser, tout en conservant notre essence. Grâce à lui, Waking Nightmare a atteint un niveau sonore et émotionnel qu’on n’aurait jamais cru atteindre à ce point.
3 – « Damnation » est sorti chez le Label anglais CANDLELIGHT, et maintenant « Waking Nigthmare » chez M&O Music, Label français. Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous adresser à des Labels européens plutôt que canadiens ou américains et comment se passe la collaboration avec M&O ?
On voulait une structure humaine, engagée et à l’écoute. Candlelight a été une belle aventure, mais avec M&O, on a trouvé un partenaire de cœur. Alexandre Saba et son équipe ont cru en nous dès les premières discussions.
La France nous attire depuis longtemps, et signer avec un label français représentait une belle occasion de se rapprocher du public européen. M&O nous donne une grande liberté artistique tout en assurant une belle visibilité sur le terrain. Il y a une réelle connexion humaine, un respect mutuel. C’est exactement ce qu’on cherchait.
4 – J’ai cru comprendre que Jeff composait et que tu te chargeais des textes. Comment se passe votre processus de création ? Montez vous les compos sur ordinateur ou décidez vous de la structure en répétant ensemble, à l’ancienne, pour tester tout de suite le côté massif des riffs? Les arrangements sont-ils prédéfinis par Jeff ou chacun rajoute t-il ses ingrédients à la recette finale ?
C’est effectivement Jeff qui initie la majorité des riffs et des structures. Il travaille d’abord directement avec son instrument pour composer et coucher les idées principales, qu’il enregistre d’abord en maquette de façon autodidacte.
Jeff est littéralement une machine à riffs. Son inspiration est sans limite, surtout lorsqu’il vit des bouleversements ou des émotions diverses.
Les textes arrivent après, mais presque en simultané, … je dirais même presque en symbiose : je me laisse guider par ce que la musique m’évoque, l’émotion brute, et l’écriture vient habituellement toute seule.
Ensuite, Jeff amène ses idées et maquettes au groupe, et on les perfectionne ensemble en répète, à l’ancienne, avec des ajustements en fonction du ressenti, du groove, de l’intensité.
Chaque membre ajoute sa touche : Sam à la batterie donne du relief, Fred avec ses textures de guitare et son style unique de soliste, et Vince avec sa basse très organique et rythmée, telle une troisième guitare. Bref, c’est un travail d’équipe, où chacun met sa touche personnelle pour servir la chanson dans sa globalité.
5 – Les groupes québécois sont souvent très techniques. Quel est votre parcours, êtes vous autodidactes ou avez vous pris des cours (Ecole ou privés) ?
Pour la plupart d’entre nous, on peut dire qu’on est des autodidactes.
On a appris à force de passion, de persévérance… et de beaucoup de répétitions dans des sous-sols quelque peu bruyants !
Cela dit, certains membres, comme Frédérick, ont poursuivi des études en musique jazz au collège, ce qui amène une richesse et une précision supplémentaire à nos compositions.
De mon côté, j’ai toujours été autodidacte dans mon approche vocale, mais juste avant l’enregistrement de Damnation, j’ai ressenti le besoin d’affiner ma technique. J’ai donc pris une séance de coaching avec Sébastien Croteau (Necrotic Mutation / La Fabrique de Monstres), ce qui m’a permis de mieux maîtriser mon souffle et mes différents registres extrêmes.
Vincent, notre bassiste, a quant à lui une solide formation musicale. Il a étudié la guitare classique et jazz au collège et à l’université. Il apporte une approche structurée et nuancée à notre section rythmique, avec un jeu très mélodique et réfléchi, qui enrichit énormément le son du groupe.
Bref, on conjugue instinct et rigueur, chacun à sa façon.
6 – Dans « Waking Nightmare » on repère pas mal de progressions néo-classiques. Quels sont le ou les musiciens qui vous ont fait rêver et donné envie de vous mettre à jouer d’un instrument, et vous influencent ‘ils toujours à l’heure actuelle ? Ou avez vous une réflexion + collective sur les influences qui peuvent nourrir un album ?
Mes racines sont ancrées davantage dans le punk et le hardcore des années 90. J’ai aussi été influencé par les groupes thrash comme Metallica, Slayer, Testament… puis le hardcore engagé m’a forgé sur le plan des textes et de l’attitude.
Jeff a aussi été très marqué par des groupes comme Metallica et Megadeth à ses débuts.
Fred, avec sa formation en jazz partage une passion variée autant pour des groupes techniques comme Martyr et Revocation, que le jazz fusion ou le rock plus progressif comme Boston.
Sam, notre batteur, puise ses influences chez les grands : Vinnie Paul, Dave Lombardo, Gene Hoglan, Pete Sandoval… Il a une approche très instinctive mais incroyablement précise.
Vincent, de son côté, a été influencé aussi par des légendes comme Ritchie Blackmore, John Petrucci, Dimebag Darrell, mais aussi des maîtres de la basse comme Charles Mingus et Jaco Pastorius. Ces influences variées se ressentent dans son jeu, à mi-chemin entre puissance et subtilité.
Chacun a évolué, bien sûr, mais on garde cette flamme d’origine. Aujourd’hui, on continue à s’inspirer de groupes modernes, sans jamais oublier d’où on vient.

7 – « Animal », « Explode », « Two Faces », « Exhausted », « Social Pressure », « Never » : vos titres semblent aborder à la fois les thèmes sociaux du Hardcore et du Grind et ceux, plus psychanalytiques ou émotionnels du DEATH de Chuck SCHULDINER ou de l’Emocore. Pourriez vous nous parler de vos textes et du concept de « Waking Nightmare » ?
Waking Nightmare est un album profondément personnel. Il parle de souffrances internes, de dépression, de deuil, d’angoisses, mais aussi de résilience.
On a tous vécu des pertes importantes dans les dernières années, dont nos mères respectives, Jeff et moi. Cette douleur s’est inscrite dans l’ADN de l’album.
Les titres abordent différentes facettes du cauchemar éveillé que l’on traverse parfois: celui qu’on vit les yeux grands ouverts, dans le silence et la solitude.
C’est un album qui refuse le déni. Il fait face à l’ombre, pour mieux trouver la lumière. C’est brutal, oui, mais sincère.
La santé mentale et la souffrance humaine sont toujours aussi très présentes dans mon style d’écriture, étant donné que je la côtoie quasi quotidiennement de par ma carrière professionnelle. Ça transparaît donc aussi dans l’album, en plus de tout ce que nous avons traversé plus personnellement.

8 – Comment voyez vous l’évolution de la scène québécoise ? Est-il plus facile de s’exporter à l’heure actuelle grâce au succès des parrains du style ou le chemin est-il encore long avant de briller à l’international ?
La scène québécoise est riche, talentueuse, mais manque parfois de soutien institutionnel. On a des groupes incroyables, des techniciens hors pair, une créativité débordante. Mais l’exportation demeure un défi. La reconnaissance du milieu est aussi un défi. L’engouement pour la scène locale ou susciter l’intérêt des fans ici au Québec est parfois ardu, car beaucoup chérissent les groupes d’envergure internationale sans toujours porter attention à tout le talent que nous avons chez nous.
Cela dit, des groupes comme Gorguts, Voivod, Kataklysm, Cryptopsy, Despised Icon ou Beyond Creation ont ouvert la voie, c’est indéniable. Grâce à eux, l’Europe regarde davantage vers le Québec. On sent que c’est un bon moment pour foncer, mais il faut redoubler d’efforts pour se faire une place.
9 – L’album est sorti en avril, vous avez déjà donné une série de concerts en mai pour le présenter en Live, quels sont vos projets à venir ? Une tournée ? De nouveaux clips après la Lyric Video de « Slayer Princess » ?
Actuellement, nous venons de terminer notre première tournée promotionnelle au Québec suite à la sortie de Waking Nightmare. Il y aura certes plusieurs autres spectacles à venir pour 2025-2026. On travaille aussi présentement sur une version vinyle de Waking Nightmare, et d’autres vidéoclips sont également à venir. On veut donner une seconde vie à cet album à travers le visuel de ce qu’il représente fondamentalement.
Et bien sûr, on espère traverser l’Atlantique pour venir vous voir en France et ailleurs en Europe quelque part en 2026. Nous aimerions intégrer des programmations de festivals sur votre territoire. Le public européen nous attire depuis longtemps. La réponse à Waking Nightmare est déjà incroyable. L’appel se fait donc de plus en plus fort pour nous.
10 – Avez vous d’autres projets parallèles dont vous aimeriez parler, ou des groupes que vous aimez particulièrement et que vous voudriez mettre en valeur ?
Pour l’instant, on est tous à 100 % sur Burning The Oppressor. Mais on garde l’œil ouvert sur ce qui peut se créer de nouveau, et on soutient toujours la scène autant que possible. Comme je disais précédemment, au Québec, il y a énormément de groupes qui mériteraient une vitrine internationale. Les 17 groupes avec qui nous avons partagé la scène lors de cette dernière tournée en sont la preuve vivante. Le niveau de professionnalisme était très élevé et le public a eu droit à des prestations dignes des grands noms. Il y a un feu ici. Il ne demande qu’à s’embraser.
11 – Et le mot de la fin sera une auto-Interview : quelle question auriez vous aimé que l’on vous pose (et vous pouvez y répondre, bien sûr)
« Si Burning The Oppressor n’était pas un groupe, ce serait quoi ? »
Je dirais : un exutoire. Une tempête canalisée. Un miroir pour ceux qui vivent l’oppression de l’intérieur. Ce projet va bien au-delà de la musique pour nous. C’est un cri, une catharsis, un appel à ne pas plier. Et tant qu’il y aura des choses à dire, on ne se taira pas.
Merci infiniment de votre intérêt envers Burning The Oppressor et au plaisir de vous rencontrer dans un avenir proche !
– Kevin, chanteur
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