Cachemire : « marée blanche » chez Paulette

Cachemire chez Paulette 2026
🔥 Lecture rock’n’roll : 7 min chrono

Cachemire chez Paulette : un live report signé Guillaume et de Marie

21 mars 2026, c’est le printemps, les oiseaux chantent, le temps n’est pas trop moche. Et pourtant … un avis de tempête est annoncé sur Pagney-derrière-Barine. Alerte orange ? Alerte rouge ? Non, encore pire : alerte blanche ! Car c’est Cachemire, le groupe français qui monte très très fort, qui est annoncé ce soir chez Paulette.

Alors moi, bien sûr, toujours un train de retard, j’avais à peine entendu parler d’eux jusqu’à récemment … J’avais raté leur passage aux 100 ans de Paulette, et c’est Marie qui m’a convaincu de venir. Et dès l’arrivée à Pagney, on voit direct que c’est un grand soir : la team Paulette, toujours au top, est dans les rues pour organiser le stationnement, les rues du village sont bondées de voitures, et la salle est déjà bien remplie quand j’arrive. Et pour cause : le concert est sold-out depuis déjà bien longtemps. En me frayant un passage dans la foule, je chope une info sur la première partie : c’est, je cite, « un gars tout seul avec une guitare » … Et justement, le gars en question arrive sur scène.

JABBA360 : solo, machines et “nü grunge”

Il s’agit de JABBA360 (aucun lien avec Star Wars, j’ai vérifié), et effectivement il est tout seul sur scène et il a une guitare ! Mais la définition précédente est un peu réductrice : il y a aussi un kit de machines qui permet de restituer l’univers du musicien. Et quel univers ! On est sur du dark bien glauque, cernés par l’angoisse et l’obscur. Cela me fait immédiatement penser à Jessica93 pour le mélange de grunge et de shoegaze. Mais JABBA a un son vraiment bien à lui : on retrouve des touches de rap dans son chant torturé, qui vire même au cri par moments. On retrouve une touche d’électro, le terme de nü grunge utilisé pour décrire sa musique est plutôt bien trouvé.

Les textes, en français, sont sombres et mélancoliques (on notera par exemple les titres L’OPERA DES FANTOMES, ou  CAVALIER SANS TETE), avec parfois des touches d’humour noir, évoquant Gwendoline ou encore les Messins de Oï Boys. L’ensemble est très convaincant, bien que l’exercice soit sacrément difficile : tout seul devant une salle pleine, c’est une sacrée gageure …

Mais la sauce prend carrément : JABBA a une présence scénique solide, une belle assurance malgré la fragilité qui transparaît dans ses paroles, et réussit sans problème à embarquer le public de Chez Paulette, dans une atmosphère joyeuse et festive, en total contraste avec la tristesse des paroles. En résumé, une super découverte !

JABBA360 - TOXIC (visualiser)

JABBA360 – vidéo YouTube

Cachemire, dress code blanc et salle en fusion

Changement de plateau, petite musique d’introduction, et une voix enregistrée indique : « Mesdames et messieurs, veuillez faire une ovation pour le groupe Cachemire ». Et les cinq acolytes, tout de blanc vêtus, déboulent sur scène ! D’ailleurs, le blanc est partout ce soir : sur une idée de Marie, un dress code « tout le monde en blanc » a été proposé sur les réseaux sociaux, relayé par la salle et le groupe lui-même, et force est de constater que le public a joué le jeu !

C’est une vraie marée blanche, le groupe apprécie visiblement l’initiative, c’est une première pour eux. Le concert démarre sur les chapeaux de roues avec le riff dévastateur, bien heavy et hyper efficace de Moi être roi : la fosse s’enflamme instantanément, dès le premier « oh yeah ».

Ca joue fort, le chanteur Freddy impressionne d’emblée avec ses montées hallucinantes dans les aigus, les chœurs sont impeccables.  On enchaîne avec le classique et mordant Je, chanté par toute la salle : on entend à peine le chanteur Freddy ! D’ailleurs celui-ci, manifestement ravi, constate que « ça roule tout seul ».

C’est leur première fois à l’intérieur des murs de Chez Paulette (ils étaient présents pour le festival des 100 ans, mais c’était en extérieur), et c’est une salle dans laquelle ils rêvaient de jouer depuis longtemps : au moment de leur signature chez Rage Tour, ils avaient manifesté leur envie de se produire dans cet endroit mythique, mais Niko Jones leur avait dit à l’époque que c’était encore un peu tôt. Au vu de l’accueil qui leur est réservé ce soir, on peut dire sans craindre de se tromper que ce n’est plus le cas !

CACHEMIRE / À L'ANCIENNE / Clip officiel

Cachemire – vidéo YouTube

Place ensuite aux morceaux du dernier album SUFFIT JUSTE D’UNE SECONDE, sorti fin 2025, avec les entraînants MA GUEULE, SUIS-MOI BABY, et l’hyper efficace MOUSCACH, satire au vitriol de l’hypocrisie des influenceurs actuels. L’un des gros points forts de la soirée sera la reprise de La nuit je mens, d’Alain Bashung. L’hommage est magnifique, conserve la poésie de l’original tout en lui insufflant une énergie plus brute et saccadée, propre au groupe : le résultat est bluffant et tellement intense en live … On continue dans les émotions fortes avec ADAM, évoquant de manière à la fois intime et brutale la question de l’identité de genre à travers les yeux d’un enfant de dix ans.

C’est incontestablement le climax du concert, avec Freddy seul à la guitare au début, les autres musiciens statiques derrière lui et s’animant un par un pour un final tout en puissance. Il s’agit d’un bel hymne à la liberté et à la singularité : d’ailleurs chez Cachemire, les quatre garçons sont en robe et Alice, la guitariste, est en short et veste de costume.

A la fin du morceau SEUL, Freddy nous explique le sens du titre de l’album : il suffit juste d’une seconde pour insuffler une petite dose de positif dans nos vies si on le décide, comme appeler un proche pour lui dire qu’on l’aime. Les couples dansent dans la fosse, le chanteur descend de scène pour une petite excursion : ce morceau poignant, et plus introspectif que ce que le groupe propose habituellement, est très prenant en live.

On repart sur du plus énergique avec La veste (ce n’est d’ailleurs pas sa veste que Freddy retournera au début du morceau, mais sa jupe …), le rageur 20 ANS PLUS TARD (sur le harcèlement), l’engagé et punchy Rouge, et le tubesque PIED AU PLANCHER, scandé en chœur par le public de Chez Paulette. On approche de la fin du set, mais il reste encore pas mal d’énergie à libérer, et ce sera le cas avec L’animal ; ça saute dans tous les sens, ça pogote, et Freddy lance un wall of death, dans lequel se jettera avec ferveur un enfant de quatre ans, sous les yeux ébahis du chanteur !

L’enfant en question se montrera un peu plus intimidé lorsque le groupe l’invitera à monter sur scène pour le dernier morceau, CHANSON POUR SEPULTURES, hymne invitant à conjurer la mort et à se sentir vivant. Le groupe nous laissera en guise de clin d’oeil sur un court snippet de … Kashmir de Led Zeppelin.

Cachemire fédère large

En dix ans d’existence, Cachemire est bel et bien devenu une valeur forte dans le paysage du rock français actuel, et leur musique est fédératrice : ce soir, le public était fait de rockers, de métalleux, de rockabillies, de punks, mais aussi de familles et de fans de rock plus « traditionnel » à la Téléphone, et tout ce beau monde était conquis, impressionné par la déferlante qu’il venait de prendre en pleine face. Nul doute que ce premier passage chez Paulette restera longtemps dans les mémoires !


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