BENT SEA – The Dormant Ruin
Give Praise Records GPR180
Genre : Grindcore Industriel
Sortie le 05 Septembre 2025
Chronique : Roland GERMAIN
TRACKLIST:
- From the Beast’s Mouth
- Apathy & Irony
- Tidal Fire
- Curtailer of Conceit
- A Scopic Radiance (Feat. Sylvain COUDRET)
- Shapeless Ones
- My Fall (Feat. Kevin SHARP)
- Meat Trade Misery (Feat. Sylvain COUDRET)
- Final Corridor (Interlude)
- Paragon of Inhumanity
- Locked in Glitch (Feat. John COOKE)
- Ominous Reversal (Feat. Sylvain COUDRET)
- Prodigious Blight
- Vermin Burning (Feat. John COOKE)
- The Voice They cannot be
- Below the cold Void (Interlude)
- Sharpen the Blade
- Stifled and dreaming
- Erased from the earthly Crust (Feat. Sylvain COUDRET & John COOKE)
- The dormant Ruin (Outro)
On arrive à la fin de l’année et je prépare mon Top 2025, ce qui me donne envie de parler d’un petit bijou Grindcore qui a été une belle surprise.
En effet, je ne m’attendais pas à ce que Dirk VERBEUREN, avec son agenda surchargé par l ‘enregistrement du prochain et ultime album de MEGADETH, ainsi que par la sortie du « Undivine Dethroning » de THE PROJECT HATE MCMXCIX et celle du Remake 2025 du « Agony in Red » de MORTUARY, ait encore du temps à consacrer à son projet personnel BENT SEA.
Déjà responsables des EPs « Noistalgia » (2011) et « Instagrind » (2020), ainsi que de 2 Splits (avec USURPRESS en 2013, puis avec TO DUST en 2016), le groupe était donc de retour en septembre pour nous faire découvrir son 1er album officiel « The dormant Ruin ».
Mais tout d’abord, pour ceux qui ne connaîtraient Dirk qu’en tant que batteur de MEGADETH, j’aimerais faire un tour d’horizon de la carrière exceptionnelle de ce bourreau de travail.
1. Qui est Dirk VERBEUREN ?
Adolescent belge déjà formé au violon, au piano et à la guitare électrique, Dirk développe une passion pour la batterie au début des années 90. Il viendra faire ses classes à la M.A.I. de Nancy ; où il deviendra un professeur aimé et respecté suite à son diplôme.
En parallèle, il montera SCARVE avec Patrick MARTIN à 18 ans. Ce groupe deviendra une référence du Technical Death Metal français, fort d’une discographie de 4 albums et 1 EP et permettra à Dirk de travailler avec son producteur favori, Daniel BERGSTRAND, qui forge à l’époque le son de MESHUGGAH et IN FLAMES.
Les années 90 et 2000 le verront multiplier les albums avec, entre autres, ARTSONIC, HEADLINE, LYZANXIA, MORTUARY et PHAZM, mais aussi développer son potentiel de Sessionman en enregistrant pour ABORTED, YYRKOON et même Warrel DANE, le chanteur de NEVERMORE, pour son album solo « Praises for the War Machine ».
Il faut se souvenir que dans les années 80, le Metal était avant tout un style où l’on se voyait former un groupe « pour la vie », là où le Jazz, la Pop, la Soul et le Rock avaient un mode de production différent : les musiciens gagnaient le + souvent leur vie en jouant le Backing Band pour des maisons de disques, des compositeurs ou des artistes solo. Certes, certains groupes de Metal engageaient eux aussi des musiciens de Session, mais c’était encore rare, voire Top Secret, afin de ne pas nuire à l’image du groupe.
Martin Van DRUNEN, après son départ de PESTILENCE en 1990, surprendra beaucoup de monde en vendant ses services au plus offrant et en multipliant les groupes, contribuant à développer ce modèle dans le Metal extrême.
Dirk comprendra vite que la nouvelle réalité discographique des années 90 devra s’adapter à cette logique : il faudra être partout, et il va devenir un musicien de session redoutable et réputé durant les décennies suivantes.
Il enfonce le clou en 2004 en rejoignant SOILWORK, énorme machine Groove Metal suédoise pour une aventure de 12 ans, où le rejoindra Sylvain COUDRET, son complice de SCARVE.
Entre 2 albums ou tournées, il continue à remplir son CV de collaborations prestigieuses : en 2011, il enregistre avec le légendaire Steve DiGIORGIO pour le projet de Michael DORRIAN, ANATOMY OF I, puis monte son BENT SEA avec son ami d’ABORTED, Sven De CALUWÉ et l’une de ses idoles, Devin TOWNSEND, à la basse.
Il rejoint à partir de 2014 le collectif Death Indus suédois THE PROJECT HATE MCMXCIX, et VETUR, groupe Black Metal islandais.
Puis il quitte SOILWORK en 2016 pour rejoindre les légendes de son enfance, MEGADETH, avec qui il travaille actuellement à la finalisation de l’album « Megadeth », qui clôturera la carrière discographique du groupe en janvier.
Il continue d’enchaîner les sessions par dizaines de 2010 à aujourd’hui, réussissant au passage le tour de force d’enregistrer 4 albums d’affilée de 2019 à 2020 avec 2 membres de mon Panthéon personnel, les bassiste et guitariste de NAPALM DEATH: « Instagrind », le 2ème BENT SEA, puis les albums de TRONOS et BLOOD FROM THE SOUL, les excellents projets Indus/Prog Metal de Shane EMBURY, ainsi que le « Scarcity » de BRAVE THE COLD, somptueux duo avec Mitch HARRIS.
Comme si ça ne suffisait pas, Netto remonte CADAVER sous la forme d’un duo avec Dirk, pour 2 albums, qui pourraient bien être les + déjantés du groupe (« Edder & Bile » et « The Age fo the Offended » en 2020 et 2023). Bref, j’en oublie,mais il faudrait 10 pages pour résumer l’impressionnante Bio de ce boulimique de musique, je m’arrête donc là pour en arriver à 2025 et la sortie du nouveau BENT SEA.

2. La Dream Team :
Le noyau dur est donc formé de Dirk aux guitares et à la batterie, du légendaire bassiste Shane EMBURY (NAPALM DEATH, VENOMOUS CONCEPT et des dizaines d’autres projets) et de Sven de CALUWÉ, hurleur de ABORTED et COFFIN FEEDER.
Kevin SHARP, le mythique vocaliste de BRUTAL TRUTH, tient le micro sur « My Fall ».
Sylvain COUDRET, guitariste et complice de toujours de Dirk dans SCARVE puis SOILWORK, vient prêter main forte aux solos sur 4 titres (« A scopic Radiance », « Meat Trade Misery », « Ominous Reversal » et « Erased from the earthly Crust »), tandis que John COOKE, de NAPALM DEATH s’invite sur 3 morceaux (« Locked in Glitch », « Vermin Burning » et « Erased from the earthly Crust »).
3. La Production :
C’est le compère de longue date, Daniel BERGSTRAND, célèbre pour ses travaux avec MESSHUGGAH, BEHEMOTH, DARKANE, DARK FUNERAL et IN FLAMES, qui se charge de la production, tandis que le Mastering a été confié à Lawrence MACKRORY (chanteur de DARKANE et F.K.Ü., ainsi que sur le « Undercurrent » de SCARVE), déjà responsable du mixage et/ou du Mastering d’une bonne centaine de groupes. Quant aux visuels, ils sont bien entendu signés Hannah VERBEUREN.
4. La confirmation d’un talent indéniable:
Si vous découvrez BENT SEA avec cet album et que vous connaissez surtout Dirk en tant que batteur, ce qui va vous surprendre d’emblée, c’est son art du riffing en tant que guitariste.
En effet, ses compositions sont ambitieuses, riches et variées.
BENT SEA est certes un hommage aux classiques du Grindcore, mais n’oublie jamais que le style n’a cessé d’évoluer à force d’expérimentations et se nourrit de genres voisins mais différents : Punk et Crust, Metal, Noise, Industriel et Post-Punk.
On se régale d’une collection de 17 titres enragés et 3 interludes, qui malgré leur courte durée (20 morceaux pour 33mn), développent des structures assez alambiquées en multipliant le nombre de riffs et d’ambiances par chanson, sans jamais friser l’incohérence pour autant.
On tient ici un album extrêmement solide, fort de l’expérience des 2 précédents EPs, où le mixage s’est encore amélioré afin de nous faire profiter au mieux de ce déluge de guitares inventives, d’un basse-batterie aux constructions élaborées et des voix redoutables de Sven qui, comme à son habitude, se dédouble entre Growl profond et Scream acéré avec un bonheur certain.
J’attendais ce disque depuis des mois, ma 1ère approche fut donc émerveillée car teintée de fébrilité et d’impatience, mais une 40aine d’écoutes n’y ont rien changé : Dirk + des membres de NAPALM, pour moi, c’est toujours une recette miracle et je me délecte de chaque nouvelle collaboration entre eux.
Ce « The Dormant Ruin » transforme l’essai en m’apportant tout ce que je recherche dans le Grind : une brutalité viscérale, mais suffisamment alambiquée, harmonisée et expérimentale pour éviter la répétition.
Le génie rythmique de Gurn sur les premiers BRUTAL TRUTH n’est jamais loin, mais les idées de Dirk m’évoquent aussi par moments ANTIGAMA, CEPHALIC CARNAGE, HATE ETERNAL, ou le NAPALM DEATH de la période groovy des années 90 (le combo « Fear, Emptiness, Despair » / « Diatribes »). Quand il s’aventure sur des terrains + Noise à coup d’arpèges dissonants saturés, ses harmonies et accords oscillent entre VOIVOD, CADAVER et CONVULSING.
« My Fall », message d’amour de Dirk à sa mère décédée, invite Kevin SHARP au micro pour un tube massif et lourd aux riffs imparables. Ce titre fait désormais pour moi partie des inoubliables, aux côtés du « Godplayer » et du « Collapse » de BRUTAL TRUTH. Cerise sur le gâteau, « Stifled and dreaming », hypnotique immersion Death Indus, aurait eu sa place sur les premiers GODFLESH ou SKIN CHAMBER.
BENT SEA – My Fall
En conclusion, si vous ne connaissiez pas encore BENT SEA, «The dormant Ruin » sera une bonne porte d’entrée dans l’univers du groupe et vous pourrez tout à loisir vous replonger dans son passé en découvrant ses sorties précédentes sur leur Bandcamp : Musique | BENT SEA
N’hésitez pas, le voyage vaut le détour.
Retrouvez en cliquant sur le lien une autre chronique de Roland : https://www.myrockrevolution.com/death-whore-blood-washes-everything-away/




