The Inspector Cluzo « Less Is More »

THE INSPECTOR CLUZO / THE MESSENGER BIRDS Nancy – L'Autre Canal
🔥 Lecture rock’n’roll : 6 min chrono

THE INSPECTOR CLUZO / THE MESSENGER BIRDS

Nancy – L’Autre Canal – 13/11/2025

Texte : Guillaume | Photos : Marie d’Emm

The Messenger Birds

C’est The Messenger Birds, originaire de Detroit dans le Michigan, qui ouvre la soirée. On apprendra plus tard, lors du set des Cluzo, que les deux groupes se connaissent et tournent régulièrement ensemble aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années. Pour l’heure, on voit s’avancer deux jeunes gars au look disons … très atypique ! Tout de blanc vêtus, avec de grosses lunettes de soleil façon masques de ski, ils ont une allure mi-futuriste, mi raëlienne, un peu flippante !

Il me faudra un ou deux morceaux pour bien rentrer dans le set de ce duo guitare/batterie, mais une fois pris dedans, l’expérience devient vite intense et immersive. Ils réussissent notamment à créer un espace sonore très dense, le guitariste créant des boucles, qui tournent ensuite en fond sonore et sur lesquelles il peut jouer d’autres parties de guitare. Le meilleur exemple pour moi ce soir a été leur morceau « Alone In The World », où l’on voit/entend littéralement la chanson se créer devant nous en direct, pour aboutir à un climax très puissant où on a l’impression d’avoir affaire à un quatuor !

Leur son est assez difficile à décrire, c’est un rock alternatif polymorphe qui oscille entre des morceaux accrocheurs à base de riffs imparables, et d’autres beaucoup plus aériens et contemplatifs. Ça fonctionne très bien sur scène, et sur disque également (j’ai pu me procurer leurs albums au merch en fin de soirée).

The Messenger Birds - FAKE LIVES (Official Music Video)

The Messenger Birds – Fake Lives (Official Music Video)

The Inspector Cluzo

Les lumières se rallument, du monde s’affaire sur scène pour le changement de plateau, dont notamment les deux musiciens de The Inspector Cluzo : le batteur Mathieu, béret landais sur la tête, et le guitariste/chanteur Laurent, avec son impressionnante crinière à la Robert Smith et son sweat aux couleurs de l’ASM, le club de rugby de Mont-de Marsan que les deux compères supportent avec ferveur.

Les lumières s’éteignent, les deux mousquetaires reviennent sur scène, cette fois revêtus de leurs traditionnels costumes. Mathieu accroche son béret au-dessus de la batterie et s’installe sur son siège, Laurent annonce qu’il s’agit de leur 19ème concert depuis début octobre, et qu’ils viennent présenter leur 10ème album sorti cet été et intitulé « Less is More ». C’est d’ailleurs avec le titre éponyme qu’ils débutent leur set, et comme d’habitude avec eux, la sauce prend immédiatement. Les deux amis se connaissent par coeur, ça joue terriblement bien, le son est impeccable (comme toujours à l’Autre Canal) : l’alchimie est parfaite !

Entre les morceaux, Laurent raconte de savoureuses anecdotes sur le parcours du groupe, qui a pratiquement 20 ans d’existence, notamment comment ils se sont retrouvés à jouer des chansons parlant de réchauffement climatique devant l’un des plus gros rassemblements de bikers du Midwest américain, ou comment ils ont réussi à avoir un featuring approximatif d’Iggy Pop leur disant « fuck you » à la fin de leur morceau « Rockophobia ».

Un concert de TIC, c’est toujours un grand moment, à la fois musical, humain et philosophique. Et ce dernier mot n’est pas galvaudé à mon sens. On parle ici de philosophie pratique, d’éthique. Car les deux amis (qui, en plus de la musique, sont également agriculteurs et possèdent une ferme 100 % bio en Gascogne) font ce qu’ils pensent, et pensent ce qu’ils font : une vraie preuve par l’exemple.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’un des morceaux du dernier album joué ce soir s’intitule « Thoreau », en hommage au philosophe américain du XIXème siècle, célèbre par exemple pour avoir passé une nuit en prison car il avait refusé de payer ses impôts à un Etat ouvertement esclavagiste et belliqueux. Laurent nous expliquera notamment qu’ils jouent en live intégral, c’est-à-dire sans pistes pré-enregistrées qui tournent derrière eux. Sur scène, pas d’ordinateurs : uniquement une batterie, une guitare, des amplis. Une musique organique, faite avec deux coeurs, quatre mains et quatre pieds bien ancrés sur Terre, dans leurs racines gasconnes.

Ce « Less is More », c’est bien plus qu’un titre d’album ou de chanson, c’est un principe de vie, comme le dira Laurent vers la fin du concert en expliquant leur démarche indie et artisanale (au sens le plus noble du terme) : pas la peine de vouloir plus quand on a ce qui nous suffit.

Et ce message, simple en apparence, est d’une grande puissance, à l’heure du consumérisme effréné que nous connaissons.

Comme toujours, les Rockfarmers font fortement participer le public, Mathieu descendant régulièrement de son siège pour exhorter l’auditoire à taper dans les mains ou à chanter des choeurs pour accompagner le chant de Laurent, dont l’étendue vocale est ahurissante, passant en une seconde de rugissements rageurs aux aigus aériens les plus maîtrisés.

Côté setlist, c’est essentiellement le nouvel album qui est représenté, avec peu de morceaux des premiers albums. On notera tout de même le fougueux « Put You Hands Up » (issu de « The 2 Mousquetaires »), qui se terminera par le rituel démontage en règle de la batterie de Mathieu, juste après que celui ci se soit offert un slam dans le public. Et c’est donc avec les différentes caisses et cymbales éparpillées sur scène que le duo clôturera le concert avec un « Journey Men » épuré et émouvant, retraçant les presque 20 ans de voyage du groupe sur tous les continents.

Après le concert, direction le stand de merch pour Mathieu, qui assure lui-même la vente des produits dérivés du groupe, dont notamment (et c’est vraiment pas banal) des bocaux de confit d’oie fabriqués par le groupe dans leur ferme gasconne, et bien sûr le dernier album enregistré entièrement en analogique par Vance Powell (l’un des derniers maîtres Yoda du son, dixit Laurent). Le musicien est comme toujours très accessible, dédicaçant volontiers les vinyles et CD à qui le demande.

Le bilan de cette soirée est donc plus que positif : une très bonne première partie, et un groupe entier, humain, vrai, sincère, qui donne tout ce qu’il a pendant une heure et demie de symbiose complète avec son public. Laurent a annoncé en fin de set qu’il y aurait peut-être un 11ème album de TIC, et j’espère de tout mon coeur que ce sera le cas.

THE INSPECTOR CLUZO - THOREAU

The Inspector Cluzo – Thoreau