Motocultor 2025, la claque d’entrée de jeu

Motocultor 2025 Jour 1 _ My Rock Revolution
🔥 Lecture rock’n’roll : 13 min chrono

Motocultor Festival 2025 | Live Report Jour 1

Du 14 au 17 août 2025, le Motocultor Open Air a réuni la communauté metal et rock au cœur du Finistère, sur le site de Kerampuilh à Carhaix – déjà connu pour accueillir les Vieilles Charrues. Pour sa 16e édition, et la troisième depuis son installation à Carhaix, le festival a confirmé son statut de deuxième rendez-vous metal en France, tout en cultivant une identité singulière : à taille humaine, mais ouverte et ambitieuse.

Plus de 110 groupes se sont succédé sur les quatre scènes – Dave Mustage, Suppositor Stage, Massey Ferguscene et Bruce Dickinscene – chacune affirmant une couleur propre, du metal extrême au post-rock progressif. Fidèle à son ADN, le Motocultor a célébré le metal sous toutes ses formes, tout en ouvrant ses portes à d’autres univers : rock, folk, post-punk, ou encore les expérimentations plus atmosphériques.

Cette année, l’affiche combinait mastodontes internationaux et découvertes : Machine Head, Dimmu Borgir, Kerry King, Trivium, Mogwai, Extreme, Candlemass, Lacuna Coil ou encore Cult of Luna côtoyaient les révélations montantes comme Vestige, Heriot, Houle, To The Grave ou encore The Gorge. Une diversité qui reflète la philosophie du festival : rester fidèle à ses racines metal tout en surprenant son public.

L’édition 2025 a aussi été marquée par plusieurs nouveautés : la Bruce Dickinscene à ciel ouvert suite aux problèmes techniques du chapiteau de l’Ogre Étoilé, le repositionnement stratégique de la Dave Mustage et de la Suppositor Stage sur la plateforme Glenmor, l’arrivée d’une tribune VIP surplombant la scène principale, ou encore un espace dédié aux artisans et luthiers au cœur du Metal Market. Un « magasin de musique » éphémère, vitrine du savoir-faire français, a complété cette édition, aux côtés de stands artistiques et alternatifs.

Pour couvrir ce marathon sonore et visuel, My Rock Revolution était présent avec Thierry et Clément, multipliant les angles et les scènes afin de restituer toute la richesse du festival.

Motocultor 2025 - Jour 1
Public Motocultor 2025

Dogma

Dave Mustage – jeudi 14 août, 15h10 – 15h55 – Clément report

Sur la Dave Mustage, DOGMA a transformé l’après-midi en une messe hérétique. Les musiciennes de la formation 100% féminine, vêtues de tenues de nonnes provocantes et maquillées de noir et blanc, imposent d’emblée une esthétique théâtrale. Musicalement, le groupe navigue entre heavy rock et hard mélodique, porté par un chant clair parfois un peu timide, mais renforcé par des choeurs plus sombres. La mise en scène est néanmoins millimétrée, la bassiste se plaçant sur l’avant de la scène et jouant avec nos objectifs permettant de repartir du pit avec quelques clichés plutôt sympathiques. La prestation capte l’oeil et maintient l’attention d’un public venu nombreux malgré la chaleur. Après un début de set un peu brouillon côté son, l’équilibre finit par s’installer, permettant aux riffs de prendre toute leur place. Le moment fort reste une reprise inattendue mais efficace de “Like A Prayer” de Madonna, remodelée à la sauce heavy et acclamée par la foule. Sans révolutionner le genre, DOGMA a proposé un concert solide, visuellement marquant, et parfaitement calibré pour séduire le public du festival.

Dogma - Banned (Official Music Video)
Dogma – Banned (Official Music Video)

Versatile

Supositor Stage – jeudi 14 août, 16h00– 16h45 – Clément report

Versatile a plongé les festivaliers dans un black metal industriel sombre et viscéral. Mêlant riffs dissonants, nappes électro et choeurs hurlés, le groupe suisse a distillé une ambiance à la fois oppressante et théâtrale. Le frontman Hatred Salander oscillait entre ombre et provocation, tandis que Cinis et Famine se mouvaient dans leur monde, parfois distants, parfois concernés par le chaos ambiant. Si le créneau horaire ne mettait pas vraiment en valeur la volonté du groupe d’avoir une scénographie travaillée et une esthétique bien définie, l’utilisation de pyrotechnie a été un plus amenant un côté théâtral — même sous un soleil de plomb. Clôturant avec “Monstre” ou “Alter Ego”, Versatile nous a présenté un set intense, qui conforme leur place de groupe à suivre de près dans les prochaines années.

Helldebert

Dave Mustage – jeudi 14 août, 16h45 – 18h00 – Clément report

Helldebert s’avance sur scène devant un public très hétérogène, quel plaisir de voir des familles entières! Enfants sur les épaules, parents curieux, fans aguerris… Tout le monde est là! Après une intro taillée dans “Thunderstruck” (AC/DC), Helldebert s’élance avec en arrière plan des paroles projetées sur les écrans, l’univers « enfantillages 666 » se déploie immédiatement. Guillaume Aldebert, souriant et provoqueur, glisse de scène en scène, interpelle les enfants et les festivaliers : « Si ça chauffe, c’est que t’es trop vieux ! » La version saturée de ses titres pop pour enfants prend des allures de heavy rock : riffs massifs, solos virulents, nappes de claviers et section rythmique solide (avec Bastos à la batterie). Le public suit, slammers de moins de 12 ans, mosh pour les plus grands — l’énergie est communicative. Point d’orgue : l’apparition surprise de Max Cavalera qui vient poser sa voix sur “Le Cartel des Cartables”, déclenchant cris et acclamations. Avec une mamie sélectionnée par l’assemblée et mise à l’honneur, le set s’achève dans une superbe ambiance qui a touché au centre de sa cible: partager dans l’humour, une passion qui rassemble tous les âges.

GUTALAX 

Supositor – jeudi 14 août, 18h05 – 18h50 – Clément report

GUTALAX a débarqué comme un ouragan de goregrind complètement barré, un show complètement absurde, mais maîtrisé et absolument prenant. Papier toilette lancé en pluie sur la scène depuis le pit, déguisements en combinaisons antibactériennes sur scène, un public armé de brosses de toilettes gonflables : ici, on ne fait pas dans la finesse, on reste sur de bonnes bases: Le caca, c’est toujours rigolo. Musicalement, ça tabasse : pig squeals, riffs grind ultracourts, lignes de basse rampantes, tout est calibré pour faire du mal à tes cervicales. Côté fosse, on s’oriente sur le même bordel que sur scène, si bien qu’un nuage de poussière a envahi la zone, nuage dans lequel nous pouvions parfois distinguer des troupeaux de slammers. Si le son n’était pas des plus propres, je pense que l’effet escompté est largement atteint!

TesseracT

Dave Mustage – jeudi 14 août, 18h55 – 19h55 – Thierry report

Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’adore TesseracT, groupe anglais, un des monuments de la scène metal progressif / djent.
Vous prenez les musiciens les uns après les autres, ce sont tous des cadors : la voix de Daniel Tompkins est splendide et puissante, la paire de guitaristes Alec Kahney et James Monteith est complémentaire et technique, les lignes de basse et plans en slap d’Amos Williams sont efficaces et précis, et que dire de la maestria du batteur Jay Postones.
C’est pro, intense, le set débute par Natural Disaster de leur dernier album War of Being, puis le groupe enchaîne sur Of Mind – Nocturne, King
Daniel Tompkins, maquillé d’un trait de peinture rouge autour des yeux, est omniprésent. Il alterne voix claire et scream avec facilité et sa voix est juste. Il est accompagné par 2 jeunes choristes (Cestra et Rhyannon du collectif Choir Noir) situées de chaque côté de la scène. Ça déboule à 100 à l’heure avec un gros son de guitares, des rythmes agressifs, syncopés, Jay excelle à la double pédale.
J’adore ces changements de rythme, cette folie entrecoupée de moments plus mélodiques, plus doux voire aériens. Le public est resté quelque peu contemplatif (peu de slams, peu de circle pit, …), mais semble, à la vue des applaudissements nourris en fin de concert, avoir été conquis par le set des britanniques.
Superbe prestation, sûrement un de mes souvenirs marquants de cette 16ème édition du Motocultor. Mon seul regret ne pas les avoir vu plus tard en soirée pour apprécier encore davantage leur lightshow et leur scénographie futuriste avec ce grand écran au fond de la scène.

TesseracT – Setlist Motocultor 2025
TesseracT – Setlist (Motocultor 2025)
TesseracT - Natural Disaster (Official Music Video)
TesseracT – Natural Disaster (Official Music Video)

Me & That Man

Bruce Dickinscène – jeudi 14 août, 18h55 – 19h55 – Clément report

Me and That Man a délivré un set de blues très sombre, joué au crépuscule devant un public venu en nombre. Si beaucoup étaient là pour voir Nergal, l’un des monstres sacrés de la scène black/ death, le reste de sa formation a répondu présent sur scène. Si je ne suis pas vraiment réceptif, j’étais tout de même curieux de voir ce set et de découvrir ce que peut donner ce crossover de blues, rock, en gardant des thématiques occultes. La setlist balaye leurs répertoires : “My Church Is Black”, “On the Road”, “Burning Churches”, jusqu’à “Paranoid”, mêlant érudition et accessibilité.

NE OBLIVISCARIS

Massey Ferguscène – jeudi 14 août, 20h00 – 20h50 – Clément report

Un groupe que j’ai eu beaucoup écouté, et même si mes goûts ont, depuis (beaucoup) évolué, c’est avec un vrai plaisir que je me rends sous la scène couverte pour assister au concert de Ne Obliviscaris. Et je ne regrette pas! Quelle performance majestueuse, oscillant entre violence extrême et mélodies éthérées. Le groupe australien a posé son cadre avec aisance : mélodies jouées au violon par l’un des deux chanteurs, riffs de guitares acérés, rythmes changeants, tout cela porté par la dualité des voix, tantôt claires, tantôt gutturales… La setlist — riche en titres comme “And Plague Flowers the Kaleidoscope” ou “Suspyre”, a parfaitement rythmé le set. Scéniquement, le groupe n’a pas besoin d’artifices : les musiciens sont concentrés, investis, laissant leurs instruments parler. Le violon de Tim Charles, notamment, a tissé des ponts émotionnels entre les séquences les plus brutales. Un moment assez hors du temps, comme une pièce que l’on contemple avec admiration, pour cela, merci messieurs!

Nailbomb | Dave Mustage

Supositor Stage – jeudi 14 août, 20h00 – 20h50 – Thierry report

Quand Max Cavalera ressuscite Nailbomb et nous interpréte les titres de l’unique album Point Blank en live c’est tout un pan de l’histoire du metal extrême qui refait surface. Sur la scène de la Supositor Stage, l’énergie est brute, sans artifice : un déluge de riffs rageurs et un son frontal qui ramène directement aux années 90.

Les premiers rangs se transforment en champ de bataille soulevant un épais nuage de poussière. Le public compact et survolté nous offre dès le deuxième titre un circle pit et des headbanging furieux et sans retenue.

A côté de Max Cavalera on retrouve son fils Igor Amadeus Cavalera (guitare/chant) qui incarne toute la puissance et la rage de ces morceaux vieux de 30 ans, la bassiste Jackie Cruz (compagne du fiston), Adam Jarvis à la batterie, Travis Stone à la guitare et Alex Cha aux samples.

Nailbomb nous a offert une petite heure de brutalité, un set radical qui a bien secoué la foule lors de cette première journée du Motocultor.

Mogwai

Dave Mustage – jeudi 14 août, 20h55 – 21h155 –  Thierry report

La présence des Écossais de Mogwai pouvait surprendre certains festivaliers, mais leur concert a offert une respiration hypnotique au cœur d’une journée dominée par la fureur metal. Leur post rock instrumental, tout en nuances et en intensité, a déployé de vastes paysages sonores, entre tension contenue et explosions cathartiques. Le public, moins nombreux que pour d’autres têtes d’affiche, a vécu un moment suspendu, presque hors du temps. Un pari « audacieux » de la programmation mais qui a pleinement fonctionné.

Kataklysm

Supositor Stage – jeudi 14 août, 22h00 – 23h10 – Thierry & Clément report

Les québecois de Kataklysm n’ont plus rien à prouver : leur réputation de machine de guerre scénique s’est encore confirmée à Carhaix. Porté par Maurizio Iacono, le groupe a déroulé un death metal implacable non dénué de groove, mêlant puissance brute et efficacité fédératrice. « On est de retour, les cousins », les blasts s’enchaînent, les riffs écrasent et la fosse répond avec une déferlante de slammers. L’énergie du groupe, intacte après plus de trente ans de carrière impressionne toujours. Kataklysm a livré un set qui rappelle pourquoi ils restent une valeur sûre du metal extrême et pourquoi leur passage au Motocultor faisait partie des immanquables de cette première journée.

Pour résumer ce concert? une ultime salve furieuse, un final qui laisse les nerfs à vif. Un show brutal, carré, sans concession — exactement ce que l’on attendait d’eux. Pour résumer le résumé ? La CLAQUE.

I Prevail

Supositor Stage – jeudi 14 août, 23h15 – 00h25 – Thierry report

Figure montante du metalcore moderne, I Prevail, tête d’affiche de ce premier soir, a confirmé à Carhaix sa capacité à électriser une foule entière. Depuis le départ de Brian Burkheiser, c’est Eric Vanlerberghe qui porte désormais le chant, épaulé par Dylan Bowman à la guitare et aux chœurs. Le résultat se révèle solide et convaincant en live.

Dès Bow Down, la fosse se transforme en un « joyeux bordel » : circle pits, refrains repris à tue-tête, … La scénographie impressionne : une scène à deux étages, le batteur perché en haut à droite, la basse/synthé à gauche et un écran monumental qui renforce chaque montée en tension. Le light show, calibré avec une précision millimétrée démultiplie l’impact de chaque morceau.

La setlist balaie les titres phares (Body Bag, Self-Destruction, Bad Things) avec les titres du dernier album, Violent Nature, Rain, Into Hell, tout en surprenant avec des reprises inattendues reprises en chœur par le public : Blank Space de Taylor Swift, un petit medley qui piochait dans My Own Summer (Shove It) de Deftones, Them Bones d’Alice In Chains et Chop Suey! de System Of A Down. Entre deux morceaux, Eric Vanlerberghe multiplie les efforts pour communiquer en français, un détail apprécié qui renforce la proximité avec le public.

En conclusion, un show à l’américaine, hyper maîtrisé et énergique, qui a confirmé I Prevail comme l’un des poids lourds de la nouvelle génération metalcore.

I Prevail Setlist Motocultor Festival 2025
I Prevail – Setlist (Motocultor 2025)
I Prevail - VIOLENT NATURE (Official Music Video)
I Prevail – VIOLENT NATURE (Official Music Video)
Et voilà, c’est déjà la fin du jour 1

Si chaque groupe a marqué à sa manière, c’est surtout l’ambiance qui s’impose : une foule dense mais bienveillante, un site remodelé qui fluidifie les déplacements et cette impression que chaque espace raconte une histoire différente.

Le Jour 1 s’achève sur un sentiment partagé par tous : le Motocultor frappe fort d’entrée de jeu. Il nous a offert une photographie saisissante de ce qu’est devenu le Motocultor : un laboratoire où les genres se percutent entre metalcore, death, post-rock et héritages extrêmes… Plus qu’une simple succession de concerts, une mosaïque d’expériences musicales qui dessinent déjà les contours d’une édition hors norme. 

Une première journée qui nous laisse déjà sur les rotules… mais ce n’était qu’un début. Rendez-vous au Jour 2 pour poursuivre cette immersion totale dans l’univers du Motocultor. Demain, d’autres scènes, d’autres ambiances et d’autres histoires viendront s’ajouter à cette fresque sonore.