John Butler – Nancy, l’Autre Canal – Jeudi 4 décembre 2025
- Crédits photos ©Marie d’Emm
- Report texte de Guillaume
Ce jeudi 4 décembre 2025, c’est la dernière date de la tournée européenne de John Butler, et ça se passe à l’Autre Canal de Nancy! J’arrive un petit quart d’heure avant l’ouverture des portes, et il y a déjà du monde qui attend pour voir le prodige australien. Le planning est serré : première partie à 19h30 et plat de résistance à 20h15 …
Noah Dillon en ouverture
La salle est donc encore assez peu remplie quand arrive sur scène un grand gaillard tout sourire, à la cool en débardeur et pantalon large, avec juste sa guitare à la main. Il se présente comme Noah Dillon, venant lui aussi d’Australie, et nous remercie d’être venus tôt pour l’écouter. J’ai toujours trouvé que c’était un exercice très difficile d’assurer une première partie juste en guitare-voix, il faut une sacrée présence vocale et scénique, mais Noah s’en sort haut la main ! Sa voix est puissante et maîtrisée, et ses compos aux textes personnels sont très agréables à écouter.
Il est visiblement hyper heureux d’être là et remercie plusieurs fois John Butler de l’avoir invité à faire cette tournée à ses côtés. Avant de démarrer l’un de ses morceaux, il nous prévient que celui-ci contient une partie sifflée qui est normalement assurée par son bassiste. Celui-ci n’étant pas présent sur la tournée, c’est Noah lui-même qui s’en chargera … de manière assez approximative, nous dit-il ! C’est la 25ème fois qu’il tente l’exercice depuis octobre, et le résultat n’est pas vraiment concluant, ce qui fait bien rire l’artiste et le public.
John Butler : dernière date européenne
Le changement de plateau se fait rapidement, et à l’heure prévue, John Butler entre en scène avec son groupe. Première constatation : il joue désormais en quartet et non plus en trio, comme la dernière fois que je l’ai vu (mais cela remonte à 2010 …). Il me semble reconnaître le batteur, et John confirmera mon impression un peu plus tard dans la soirée lorsqu’il présentera les musiciens : c’est bien le génial Michael Barker, qui tournait avec lui à l’époque de l’album Sunrise Over Sea.
Le chanteur est également accompagné d’un percussionniste, et d’un bassiste-claviériste (qui jongle avec une facilité déconcertante entre les deux instruments) qui porte un superbe T-shirt, kitsch à souhait, avec des photos de petits chiens et le mot «Nancy ». Je ne sais pas si c’était un hommage à notre ville, mais ça m’a fait sourire !
Ce n’est pas nouveau : John Butler est un virtuose de la guitare. Mais c’est toujours aussi impressionnant de l’écouter en live. Dès le début du set, je suis bluffé par son niveau de maîtrise de l’instrument. Les autres musiciens ne sont pas en reste, ça joue excessivement bien, et la présence du percussionniste est un gros atout : la section rythmique est dingue, sans non plus prendre le dessus sur l’ensemble.
John alterne entre différents instruments ; sa fameuse guitare à 11 cordes, un banjo (notamment pour le hit « Better Than »), une guitare slide (quelle version de « Treat Yo Mama », c’était si puissant!), etc. La setlist fait la part belle au dernier album, Prism, sorti en septembre dernier : neuf morceaux sur les douze que compte l’album seront joués ce soir, et ils sont carrément taillés pour la scène.
John communique beaucoup avec le public, dans un anglais très intelligible. Il nous raconte ainsi en présentant « Gets no Better » que l’un de ses plus grands plaisirs lorsqu’il est chez lui en Australie est de prendre la route avec juste un sac de couchage et une guitare, de rouler pendant deux jours pour arriver au milieu de nulle part, sans présence humaine autour de lui, et d’y rester une ou deux semaines pour se ressourcer autour d’un feu et admirer la voie lactée sans pollution lumineuse…
A la fin de « Doing Just Fine », je m’aperçois que quelque chose ne va pas, il semble chercher quelque chose par terre, et a l’air préoccupé pendant la chanson suivante, « Bullet Girl », sur lequel il ne joue pas de guitare. Il nous explique ensuite avoir un problème : l’ongle de son index droit s’est cassé pendant qu’il jouait ! Or il joue intégralement en finger-picking, sans médiator, ce sont ses ongles qui viennent gratter les cordes … la situation s’annonce très problématique, surtout que le morceau à venir est « Ocean », un instrumental 100 % guitare de presque 15 minutes !
Mais John Butler est un homme prévoyant. Un membre de son équipe lui apporte un petit sac contenant … des ongles ! Oui oui, vous avez bien lu : les propres ongles de l’artiste (si j’ai bien compris ce qu’il nous a expliqué), soigneusement conservés « au cas où ». C’est donc en se fabriquant tranquillement un nouvel ongle avec de la superglue (il admettra lui-même que la situation est un peu dégueu) que notre Mac Gyver de la manucure nous explique son rapport à la spiritualité en guise de présentation d’ « Ocean », qu’il nous décrit comme étant une prière.
L’ongle semble tenir (et on espère de tout cœur que ce sera le cas … ) et c’est parti pour un quart d’heure de pure extase. « Ocean » est un bijou, tout le public est transporté, hypnotisé. C’est la troisième fois dans ma vie que j’assiste à cette merveille auditive, et cela semble toujours aussi irréel : c’est presque trop beau pour être vrai.
Entre deux morceaux, j’entends quelqu’un à côté de moi dire à son voisin que le style de musique de Butler est difficile à définir, et je suis entièrement d’accord avec lui. C’est beaucoup trop réducteur de parler de « folk » ou de « folk-rock », c’est beaucoup plus riche que ça. Le son de cet homme est unique, un mélange de toutes ses influences sublimé par sa maîtrise instrumentale et vocale. Et cette musique prend son sens véritable sur scène, portée vers nous par la gentillesse, le charisme et la générosité de son créateur : c’est un grand moment de partage.
Le groupe joue aussi les morceaux devenus classiques de l’époque du Trio : « Used to Get High », « Wade in the Water », et bien sûr le cultissime « Zebra ». La version de « Peaches and Cream », jouée en début de rappel, est magnifique : John seul à la guitare, rejoint par le groupe à la fin et les dernières lignes chantées par toute la salle … les frissons !
C’est avec l’énergique « Funky Tonight » que le groupe conclut le set, qui aura duré 2h15. John nous remercie d’avoir partagé avec lui et ses musiciens ce que nous avons de plus précieux : notre temps. Son ongle rafistolé a tenu le coup, tout est bien qui finit bien ! Encore une super soirée à l’Autre Canal, où une fois de plus l’acoustique était parfaite (je sais que je le dis à chaque fois, mais je ne suis jamais décu dans cette salle).
John Butler – Going Solo (Official LIVE music video)




















