
Chez My Rock Revolution, l’ADN, c’est aussi de mettre en lumière des groupes émergents qui ont un propos, une identité et une vraie trajectoire. J’avais envie d’interviewer Naufrage depuis un moment et leur passage au Salem (Bordeaux) le 17 janvier 2026, aux côtés de Global Tense et de Sunborn a clairement accéléré les choses.
Dans cet échange, le groupe revient en détail sur son projet né en 2019, son fil rouge autour de l’éco-anxiété, sa méthode de composition, ses choix de production en autoproduction, et ce que ça implique au quotidien (booking, com, merch). Place à l’interview.

Line Up :
Frederick : Guitare
Hugo : Chant
Olivier : Basse
Thibaud : Guitare
Vincent : Batterie
Instagram :
https://www.instagram.com/naufragebdx/
Facebook :
https://www.facebook.com/naufragebdx/
Bandcamp :
A) Présentation & ADN du projet
1 . Pour les lecteurs de My Rock Revolution qui vous découvrent, comment présentez-vous le projet en quelques lignes (son, style, univers, message, idées que vous défendez …) ?
Salut Thierry, salut aux lecteurs de My Rock Revolution.
NAUFRAGE est un groupe de metal bordelais né en 2019, au tout début de la crise COVID. Le fil rouge du projet depuis le départ est l’éco-anxiété, que l’on raconte à travers notre premier EP en suivant les différentes étapes du deuil : Déni, Choc, Colère, Marchandage, Dépression et Acceptation.
À travers notre musique, on essaie de porter un message simple mais urgent :
On vit dans un monde qui dérive sur tous les plans, et il est encore temps de changer les choses, à la fois collectivement et individuellement. Le problème, c’est que notre fenêtre de tir se réduit de jour en jour. C’est un sujet qui nous prend vraiment aux tripes.
2 . Pourquoi ce nom de groupe ? Il raconte quoi ?
Pourquoi NAUFRAGE ? D’abord parce que le mot est beau, assez poétique, facile à retenir et en Français. Mais surtout parce que c’est une métaphore très parlante de l’état de nos sociétés (chantiers) modernes : un système qui va droit dans le mur, sans maîtriser sa trajectoire, décimant le vivant sur son passage, et qui atteint progressivement ses limites.
3. Si vous deviez résumer votre identité en 3 mots, tu choisirais lesquels ?
- Anxiété
- Colère
- Engagement
B) Parcours, influences, construction du son
4 . Vos parcours respectifs : d’où vous venez musicalement et qu’est-ce qui vous a amenés à jouer ensemble ?
Thibaud et Olivier se connaissent depuis l’adolescence. Ils ont grandi dans le même coin et avaient déjà une expérience de groupe ensemble (Put The Gun Down, RIP). C’était donc assez naturel qu’Olivier fasse appel à Thibaud quand il a imaginé le projet. Frederick s’est mis plus tardivement à la guitare, et n’avait pas particulièrement d’expérience de groupe ni de scène, mais très motivé et impliqué dans le projet dès le départ. Voilà pour le noyau dur du projet (ce même noyau se retrouve aussi dans Pines Alley 29 autour de Thibaud). Ensuite, on s’est mis en quête d’autres compagnons de route et on a intégré Nico à la batterie et Hugo au chant via une annonce. Le line-up a évolué fin 2025, avec l’arrivée de Vincent à la batterie à la place de Nico, qui aura assuré les trois premiers concerts du groupe. On le remercie encore pour ça.
5 . Vos influences et références fondatrices ?
La scène française est assez incroyable en ce moment, avec des groupes comme Gojira (qui ont ouvert la voie sur le traitement des thématiques écologiques), Landmvrks, Rise Of The Northstar, Novelists, Resolve, etc… Ce sont des inspirations évidentes en termes de parcours et de structuration. Musicalement, nos racines sont plutôt du côté du néo metal, post-hardcore et metalcore des années 2000-2010.
6 . Votre musique, comment la décrivez-vous à quelqu’un qui n’écoute pas ce style ?
Une alternance entre des passages très violents, avec de grosses guitares et des parties criées, et des moments plus calmes, plus contemplatifs, presque introspectifs.
7 . Vous êtes plutôt autodidactes ou formation / cours ? En quoi ça a compté (ou pas) dans votre façon de composer / jouer ?
Un an de cours de basse pour Olivier il y a très longtemps, plusieurs années de cours de guitare pour Frédérick, tout le reste en autodidacte.
8. Votre “signature” sonore : ça vient davantage de la compo, du jeu, du son, du chant, de la prod… ?
Sur “Grieving” le premier EP, notre vraie “signature”, c’est l’intégration de samples de personnalités sur chaque morceau. Contacter des gens comme le Capitaine Paul Watson, Jean-Marc Jancovici, Pablo Servigne, Yves Cochet ou Maxime Ginolin pour leur demander l’autorisation d’utiliser leurs voix dans un projet metal n’était pas gagné d’avance, mais on a eu la chance qu’ils acceptent tous.
Ça apporte un côté cinématographique et émotionnel au projet, et on espère conserver cette particularité à l’avenir.
Un autre choix marquant, c’est l’accordage en Drop C, typique de l’époque néo, un peu moins utilisé aujourd’hui où la tendance est souvent au toujours plus bas et plus lourd.
C) Écriture & process créatif
9 . Comment naissent les morceaux : riff, beat, thème, texte, … ?
Les riffs naissent dans la tête d’Olivier, qui a son process créatif particulier.
Quand la structure du morceau est aboutie à environ 80 %, une démo est faite en MIDI, ce qui est très flexible si on doit modifier des parties sans tout ré-enregistrer. Des propositions du groupe sont faites et certaines idées trouvent leur chemin jusqu’à la version finale de la démo. Une fois que la préprod fait l’unanimité, on passe à l’enregistrement, qui fige définitivement les choses. Les voix arrivent en dernier.
10 . Qui apporte quoi : musiques, arrangements, paroles, structures ? C’est réparti ou bien ça tourne ?
C’est Olivier qui a majoritairement composé, écrit et produit le premier EP, avec un renfort de Frédérick sur la partie lyrics et recherche des featurings vocaux. Pour la suite, cela sera Hugo qui gèrera l’écriture des textes.
11 . Vous composez plutôt en local (répète) ou à distance ? Qu’est-ce qui marche le mieux ?
On fonctionne sur un système de confiance : chacun travaille de son côté, et on se retrouve pour des résidences avant les concerts. Ce n’est pas une méthode adaptée à tous les groupes, mais pour NAUFRAGE ça fonctionne. Ça simplifie aussi énormément la logistique, la gestion des emplois du temps et ça permet d’économiser des sous.
12 . À quel moment vous vous dites : “OK, ce morceau est terminé” ? (critères, arbitrages)
Étant en autoproduction, une des grandes difficultés a été de réussir à sortir du cercle vicieux de vouloir recommencer pour faire mieux. Cela explique partiellement que le groupe ait été formé en 2020, et que l’EP ne sorte que fin 2024… Le process d’enregistrement mixage mastering a pris un temps monstrueux car on voulait que l’EP soit parfait. Au final nous sommes contents malgré ses défauts et ça a pris 4 ans d’arriver à lâcher prise là dessus. On a encore des progrès à faire de ce côté là! Mais ça ira plus vite sur le prochain EP, on ne tombera plus dans ce piège là 🙂
13. Les textes : vous partez de vécu, de fiction, d’images, de concepts ? Comment travaillez-vous le fond et la forme ?
Le premier EP a été écrit de manière très émotionnelle, à partir du vécu et de faits concrets. Les discours climatosceptiques ont inspiré Denial, les rapports du GIEC ont nourri Shock et Anger, Bargaining et Depression sont plus liés aux états d’âme et au découragement face à l’ampleur des dégats, tandis que Acceptance propose un discours plus philosophique et une touche d’optimisme.
C’est un cri du cœur parfois volontairement excessif ou provocateur, parce qu’on fait une musique qualifiée d’extrême et qu’on assume ce positionnement. Mais on s’efforce toujours de nous appuyer sur des éléments sourcés. Le sujet est sensible et clivant, donc on fait attention à ne pas dire n’importe quoi.
Tracklist
1.Denial
2.Shock
3.Anger
4.Bargaining
5.Depression
6.Acceptance
Recorded mixed and mastered by Olivier CAUTE
Artwork by Thibaud DUPUIS
NAUFRAGE – Live @ Le Royal (Aftermovie)
D) Scène, tournée, relation au public
14 . C’était, si je ne me trompe pas, seulement votre 5ème prestation live lors du concert au Salem Bordeaux le 17 janvier dernier.
Votre set : vous le construisez comment (flow, respiration, intensité, transitions) ? et que voulez-vous que les gens retiennent : l’énergie, la précision, le chaos maîtrisé … ?
Le concert du 17/01 au Salem était seulement notre 5e effectivement. On ne travaille pas spécialement notre prestation scénique pour le moment : on est plutôt dans la spontanéité et une forme de chaos contrôlé. L’objectif est surtout de tout donner et de convaincre le public. On en rigole en disant qu’un jour il y aura un accident sur scène tellement on ne canalise pas l’énergie entre nous!
Notre set est court (6 morceaux, environ 30 minutes), avec quelques respirations choisies et une intro un peu plus travaillée. Pour le reste, chaque concert est une sorte de loterie. On fait Play sur l’ordi et on se retrouve à la fin!
15 . Vous avez un rituel avant de monter sur scène ? (ou une routine pour rester focus)
Pas de rituel particulier avant de monter sur scène, chacun a sa routine. En revanche, il y a toujours un câlin après le concert.
16 . Votre meilleur souvenir de concert (et pourquoi) ?
Voir le public demander un rappel au Salem, c’était une première pour nous… et l’occasion de réaliser qu’on n’avait pas de rappel prévu ! Le premier circle pit, les flashs des téléphones levés, ce sont toujours des moments très forts.
La release party a été un moment marquant aussi car on jouait pour la 1e fois sur scène des morceaux qu’on bossait depuis des années, ça nous a libéré de la frustration et donné confiance pour la suite!
17 . Et un moment plus difficile / formateur ? Qu’est-ce que vous en avez tiré ?
Pour l’instant, on n’a pas encore connu de grosse galère. Espérons que ça dure !
E) Back office (communication, stratégie, autonomie)
18 . Qui gère quoi : réseaux, visuels, communiqués, booking, merch, relations médias ?
La direction artistique et l’univers visuel du groupe sont gérés par Thibaud, qui a fait un super travail pour construire une identité moderne et forte. Frederick s’occupe de l’organisation des répétitions et des dates.
Notre mode d’organisation est toujours en construction, l’idée étant que chacun puisse avoir un rôle important à jouer pour faire vivre le projet et que personne ne s’épuise.
19 . Vous êtes accompagnés ou vous gérez la com de A à Z ?
On gère toute la communication nous-mêmes.
20 . Merch : vous le voyez comme un soutien vital, un objet artistique, un souvenir de concert… ?
Notre approche du merch est assez particulière. On tient à proposer des vêtements de qualité, sans multiplier les modèles ou les goodies. On ne peut pas parler d’urgence climatique et vendre des t-shirts de m**** qui nous auront coûté 2€ parce qu’on en aura fait faire 500 par des gamins en Chine.
On reste donc sur quelque chose de simple : 1 modèle de t-shirt, 1 modèle de hoodie, en petites séries, bio, et sérigraphiés en France. Le revers de cela, c’est que ça coûte cher à produire. Donc, on a choisi de garder des prix comparables aux autres groupes, quitte à réduire notre marge, pour proposer quelque chose de plus durable.
21 . Booking : c’est quoi la réalité du terrain pour trouver des dates (ce qui aide / ce qui bloque) ?
Le booking est un aspect super galère pour les groupes qui s’autoproduisent. Beaucoup de salles ne répondent pas, les informations arrivent souvent au compte-gouttes…
Pour l’instant, on a surtout eu de la chance car on nous invite sur des dates. La seule date que nous avons organisée nous-mêmes, c’était notre release party au Salem, et on est venus avec un projet clé en main. Il nous semble que c’est la meilleure approche : montrer qu’on a réfléchi à tous les aspects de la soirée. On avait aussi l’avantage de bien connaître le Salem mais on sait que ça se compliquera quand il faudra organiser des dates ailleurs.
F) Vision, difficultés, scène locale, cohérence
22 . Aujourd’hui, quel est votre plus gros défi : artistique, humain, financier, organisationnel, visibilité ?
Nos principaux défis aujourd’hui sont de réussir à nous positionner en première partie de groupes en tournée, qu’ils soient émergents ou déjà bien installés, et d’accéder à des programmations en festival (coucou les organisateurs de festoches et les tourneurs si vous passez par ici!). Certaines opportunités intéressantes nous sont passées sous le nez récemment, mais on continue à travailler dans ce sens, notamment via le réseautage. Ce qui amène à une autre difficulté qu’on rencontre aussi (et ça c’est sur qu’on est pas les seuls), c’est la nécessité d’être présent sur les réseaux sociaux. C’est pas naturel pour beaucoup d’entre nous et il faut vraiment qu’on se fasse violence pour garder une présence en ligne.
23 . Comment vous gardez une cohésion quand il y a des contraintes (boulot, distance, famille, budgets) ?
Au même titre que le travail de groupe, la confiance et la communication sont les maîtres mots dans la formation. Si il y a des frustrations ou des questionnements, nous n’hésitons pas à nous en faire part et dissiper les ressentiments. L’enjeu de ce travail impacte directement notre presta et la survie du groupe.
24 . Qu’est-ce qui vous motive encore quand c’est compliqué ?
Jouer de la musique qui nous plait avec des personnes qu’on apprécie sera toujours suffisant pour rester motivé. A cela s’ajoute l’idée de se dépasser et de jouer sur de belles scènes.
Enfin, lorsque notre discours parvient à sensibiliser sur le sujet ou permet de réaliser qu’on est nombreux à partager ce même ressenti, ça donne envie de poursuivre !
G) Projets à venir
25 . Prochaine étape : sorties, clips, concerts, tournée, collabs… que pouvez-vous annoncer concrètement ?
On peut annoncer qu’on travaille actuellement sur notre deuxième EP, prévu pour l’été ou l’automne 2026. Il sera pensé comme le “frère jumeau” du premier et s’appellera “H…..G” pour les amateurs de motus.
26 . Sur la prochaine phase, vous voulez faire évoluer quoi : son, écriture, visuels, mise en scène ?
L’objectif est de continuer à sortir une musique qui parle aux gens, de consolider la communauté créée en 2025 et de commencer à jouer en dehors de Bordeaux pour aller convaincre ailleurs.
27 . Si vous pouviez choisir : un groupe/artiste avec qui partir en tournée (ou faire un feat). Ce serait qui ? Pourquoi lui/elle, et pourquoi maintenant ?
On préfère rester discrets sur les collaborations à venir pour ne pas se porter la poisse. De façon générale, n’importe quel groupe avec qui on sait qu’on passera de bons moments avec un style musical pas trop éloigné.
H) Questions rapides
28 . Le morceau qui vous représente le mieux : pourquoi ?
“Denial” est le morceau le plus court de l’EP, celui qui te percute immédiatement. S’il ne fallait en écouter qu’un pour découvrir NAUFRAGE, ce serait celui-là.
29 . Le meilleur conseil qu’on vous a donné (ou le pire) ?
Un truc simple, maintes fois entendu, néanmoins jamais évident à appliquer : savoir mettre l’ego de côté, et être au service du projet auquel on se consacre.
30 . Un album qui vous a mis une claque récemment (et pour quelle raison précise) ?
Le dernier EP de Revnoir « Coma »
Le dernier EP de Currents « All That Follows »
et pour conclure …
Merci Thierry, merci My Rock Revolution pour l’opportunité de parler de NAUFRAGE.
On souhaite que notre musique résonne chez celles et ceux qui ressentent cette urgence, ce malaise, mais aussi ce besoin d’agir, chacun à son échelle. Le groupe n’a pas vocation à donner des leçons, simplement à mettre des mots, des sons et des émotions sur une époque qui en manque cruellement. On continue d’avancer, morceau après morceau, concert après concert, et on verra bien où ça nous mène!
Fred, Hugo, Oliv, Thib, Vince


































