IMPERIAL TRIUMPHANT + MASTER BOOT RECORD + IGORRR
L’Autre Canal NANCY – 15.10.2025
Crédits photos © Marie d’EMM
Report texte : Roland GERMAIN
Grand fan d’IGORRR depuis longtemps, « Amen » faisait forcément partie des albums que j’attendais le + cette année. Quel ne fut pas mon bonheur d’apprendre il y a quelques mois que la tournée de promotion de ce nouvel Opus passerait à nouveau par Nancy (ils étaient déjà venus enflammer l’Autre Canal en 2021 pour un somptueux Live qu’on avait dû attendre 2 ans à cause du Covid et nous avions été récompensés de notre attente par un spectacle inoubliable).
Cerise sur le gâteau, la première partie de la tournée allait être assurée par IMPERIAL TRIUMPHANT, trio new yorkais dont j’avais beaucoup aimé le « Vile Luxury » en 2018, sorte d’hybride audacieux entre le DeathBlack dissonant de PORTAL, la musique contemporaine et les ambiances cuivrées d’un « Ascenseur pour l’échafaud », et dont le nouvel album « Goldstar », est sorti en mars.
Autant dire que j’attendais beaucoup de cette date.
IMPERIAL TRIUMPHANT : une expérience sensorielle unique
Je trépigne d’impatience à l’idée de voir en vrai Imperial Triumphant, et voilà que s’élèvent les premières notes de leur interlude « Goldstar », parodie de publicité radiophonique des années 50 pour une marque de cigarettes. Un sourire béat m’éclaire le visage : le Show ne pouvait pas mieux commencer. Les 3 créatures masquées d’Or et vêtues de tuniques noires à capuches prennent possession de la scène une à une, avec la lenteur qui s’impose, acclamées par un public déjà nombreux.
On commence par 2 titres bien lourds de « Goldstar », le mélancolique « Lexington Delirium » et le syncopé « Gomorrah Nouveaux ». Harmonies dissonantes, micro-solos de basse réguliers, tapis de double grosse caisse agrémenté de cassures permanentes de caisse claire et de toms et d’un déluge de cymbales impressionnant, pendant que la voix caverneuse scande ses strophes cyniques sur la décrépitude d’une Mégalopole qui digère lentement mais sûrement ses habitants.
Zachary EZRIN ne sort jamais de son personnage, même quand il s’adresse au public d’une voix robotique transformée par les effets, pour annoncer « Deus est Machina », tiré du 1er album « Abominamentvm », sorti en 2012. L’influence MORBID ANGEL/GORGUTS des débuts se fait alors clairement sentir et le groupe étire le temps à n’en plus finir. J’ai l’impression d’avoir basculé dans un film de Science-Fiction.
Steve BLANCO revient avec une trompette (de Jéricho?) qui crache des étincelles pour prendre des poses de gargouille Art Deco avant de marteler sa basse avec, le temps d’un solo névrosé. Enfin le groupe enchaîne « Pleasuredome », son riff hypnotique à la MESHUGGAH et son Break de percus latines, puis l’ Indus psychédélique de « Industry of Misery » avant de finir sur l’effrayant « Eye of Mars », parfait mix entre PORTAL et MORBID ANGEL, éclairé exclusivement en rouge pour nous replonger dans l’atmosphère du Clip.
Le Show fut court, mais laisse le public pantelant, épaté par ce maelstrom d’étrangeté abyssale, dissonante et brutale. Le son n’était pas aussi précis que sur album, guitare et basse étant un peu camouflées derrière la batterie et la voix sourde s’effaçant de temps en temps, mais le côté massif de l’ensemble a contribué à restituer l’ambiance étouffante de leur univers. Et puis ce fut l’occasion de prendre la mesure du jeu étonnant du batteur Kenny GROHOWSKI (déjà réputé pour ses nombreuses participations à la discographie de John ZORN ou de SECRET CHIEFS 3).
MASTER BOOT RECORD : la rencontre SynthWave + Metal néoclassique
Le trio instrumental italien MBR monte ensuite sur scène pour une sélection choisie de 2016 à 2024. Là, je suis beaucoup moins dans mon élément puisqu’il s’agit d’un cocktail de Synthwave et de guitare néoclassique sur fond de riffs Thrash sympas mais pas inoubliables non plus.
C’est bien foutu, ça joue droit, le son est cette fois-ci nickel et je comprends bien le plaisir de Geek qui régit le projet. Mais il faut vraiment être fan de jeu vidéos et de culture Nerd pour l’apprécier à sa juste valeur. Musicalement, j’entends surtout une superposition de poncifs, qui, si ils sont exécutés à la perfection et tout à fait appropriés au concept du groupe, me lassent rapidement
Le trio enchaîne « CONFIG SYS », « CPU », leur Cover du thème de « Doom », « FDD HDD », « FTP », « SYSTEM CLOCK », « Virus.DOS » et finit sur « BAYAREA.BMP ».
J’avais peur que le style du groupe crée un ventre mou entre IMPERIAL et IGORRR, mais il faut avouer que l’énergie est là et que le public en masse est ravi et semble s’être véritablement amusé.
IGORRR : une valeur sûre, inimitable, et d’une précision exemplaire
Ils avaient déjà séduit Nancy en 2021, c’est ce soir l’occasion de célébrer les grandes retrouvailles avec IGORRR, qui viennent présenter leur dernier Opus « Amen », et leur « nouvelle » Team, la mezzo-soprano Marthe ALEXANDRE ayant remplacé Aphrodite PATOULIDOU en 2023 et Sylvain BOUVIER ayant passé le relais au batteur Rémi SERAFINO (ex-SCHRODINGER, ex-HYRGAL) en 2024.
Le spectacle promet d’être grandiose : le Stand des machines et percus du Maître de Cérémonie Gautier SERRE et la batterie de Rémi sont juchés sur de grandes estrades dont tentent de s’extirper des mains suppliantes et désespérées. De chaque côté trônent de gigantesques silhouettes encapuchonnées qui apparaîtront et disparaîtront au gré des passages mystiques. Le guitariste Martyn CLEMENT sera posté en devant de scène avec les vocalistes Marthe et J.B. Le BAIL qui interviendront au centre par le biais des marches installées entre les 2 estrades.
De +, Gautier ayant automatisé beaucoup de ses réglages, il pourra nous faire le plaisir d’interpréter les 3/4 des titres à la 2nde guitare, ce qui rendra ce Live encore + vivant que celui de 2021.
Dès le 1er titre, « Daemoni », le son est incroyable et le public en liesse.
On entend aisément chaque note (et Dieu sait que rien n’est simple à sonoriser quand on doit jouer guitares, chants et batterie Live sur des machines qui diffusent les pistes des invités Studio : clavecin, cordes, guitare classique, instruments ethniques et chorale : la moindre erreur est fatale).
Le groupe opère des sauts entre les époques, entrecoupant les extraits de « Amen » (« Daemoni », « Blasbeat Falafel », « ADHD », « Headbutt », « Infestis », « Pure disproportional black and white Nihilism » et « Silence ») de retours réguliers au passé (« Spaghetti forever », « Viande » et les inoubliables « iueD » et « Opus Brain » pour « Savage Sinusoïd », et la moitié de « Spirituality and Distorsion » : « Nervous Waltz », « Downgrade Desert », « Hollow Tree », « Polyphonic Rust », « Himalaya massive Ritual », « Very Noise » et « Camel Dancefloor »).
Une Setlist dense pour une Messe noire intense et foutraque, rythmée par un Lightshow exceptionnel qui met en valeur le moindre break ou changement d’ambiance. La musique a été encore légèrement épurée pour être plus accessible au public Metal sans jamais renier sa folie originelle : certains titres ont certes été écourtés de leurs intros studio, mais tout est au service de l’efficacité.
Si les nostalgiques comme moi de l’ère Laure et Laurent pourront toujours se replonger dans les disques pour retrouver les pièces manquantes du puzzle, on ne peut nier qu’IGORRR vieillit très bien, ne cesse d’élargir son public et reste l’un des événements les plus marquants de la scène française.
J’ai longtemps attendu ce nouvel album et ce Show, je ne regrette rien, j’ai été ébahi comme un gamin, et mon histoire d’amour avec IGORRR n’est pas prête de se terminer.
Merci à vous pour ce spectacle énorme et bonne continuation pour la tournée et la suite des aventures discographiques, bien sûr.
IGORRR – Headbutt



