Festival LE JARDIN D’HIVER DU MICHEL – TOUL salle de l’Arsenal – Jour 2 – 07/02/2026
Du punk, du punk et du punk !
Pour ce 2ème soir au Jardin d’hiver du Michel c’est Guillaume qui signe ce report avec au programme Moko, Sugar & Tiger, The Toy Dolls et Les 3 Fromages.
Photos live © Marie d’Emm
Moko
Bien que Toulois d’origine, je n’avais encore jamais assisté à un concert à l’Arsenal … et pour une première fois, ça devrait envoyer du lourd, vue l’affiche que le Michel nous a concoctée pour ce samedi soir ! J’arrive tout pile pour le début du set de M.O.K.O, et, honte sur moi, je ne les avais encore jamais vus en live. Pourtant Roxane (batterie) et Alex (machines) sont deux piliers de la scène underground locale (et au delà).
Et en guise d’entrée en matière, on tape directement très fort ! Le duo propose un son hybride, nourri de multiples influences ayant toutes un point commun : une énergie hors du commun. C’est punk, rock, électro, presque tribal par moments, les basses sont surpuissantes : tout ce que j’aime ! M.O.K.O, c’est comme Stupeflip : un truc trapu qui te prend aux tripes. Leur musique est le fruit de diverses collaborations avec leurs potes, comme ce morceau enregistré avec Poun de Black Bomb A, ou cet autre avec les Lorrains de Snap Border.
Dans la fosse, on voit les premières crêtes et vestes à patch apparaître, et sur scène, Alex a une présence hyper solide. Il alterne entre son kit de machines (muni d’une antenne style thérémine) et des excursions sur le devant de scène pour interagir avec le public. Marie, qui les suit depuis leurs débuts, m’expliquera que cela marque une belle évolution dans leur jeu de scène, qui était plus statique auparavant. Derrière ses fûts, Roxane est aussi pour beaucoup dans le visuel punchy du groupe. Pour finir en beauté, les deux acolytes nous envoient un remix bien vitaminé de Sabotage des Beastie Boys, laissant le public du JDM chauffé à blanc pour la suite.
Sugar & Tiger
La suite, c’est un groupe dont (honte sur moi, encore) je n’avais jamais entendu parler : Sugar & Tiger. Ils existent pourtant depuis 2011, et il s’agit d’un projet du très prolifique Didier Wampas, alias Tiger. Il officie ici en famille, avec sa compagne Florence, alias Sugar, au chant et son fils Arnold à la guitare. On retrouve aussi le bassiste des Wampas, Jean-Mi, et leur nouveau batteur Rudy. Ces joyeux lurons nous proposent un mélange hyper décalé entre des guitares rock/punk et un chant pop sucré à souhait.
Et force est de constater que ça fonctionne plutôt très bien ! Sugar a un style de chant bien caractéristique, entre une « blue note » pop sixties et un « chanté/parlé » à la Jacqueline Taïeb, qui s’accorde parfaitement avec son jeu de scène volontairement candide et ingénu. Et ce qui fait l’originalité du groupe, c’est le contraste avec le son punk et l’exubérance de Didier, fidèle à son style détonnant (chemise léopard verte et guitare bardée de stickers, dont un à l’effigie de la section RATP de la CGT), et l’attitude bien rock d’Arnold avec son débardeur Pantera et ses bras de déménageur. Les textes sont drôles, notamment sur Les Wampas au rabais (où Florence fait mine de se plaindre d’être systématiquement vue comme une version cheap du groupe de son illustre conjoint, mais qui ajoute, à l’attention de son public : « grâce à vous ça me plaît ») et parfois plus poétiques comme sur la chanson Le Fils d’Elvis (en réalité son petit-fils, mais ça faisait trop de syllabes!), voire un peu fleur bleue (Car c’est toi).
On notera aussi un morceau sur Kurt Cobain, idole de la chanteuse, qui arborait fièrement un joli T-shirt Nirvana. Le public adhère complètement, on voit les premiers slams et les premiers pogos, et le sol commence à devenir bien collant ! Il s’agissait du dernier concert de la tournée du groupe, Didier et Florence ont l’air ravis et remercient longuement les premiers rangs avant de laisser la place à la tête d’affiche de la soirée …
Mais avant, direction l’extérieur de la salle pour se restaurer un peu. Le Michel a fait les choses bien, avec plusieurs food-trucks et stands de boisson, ce qui donne un vrai côté festival très réconfortant en ce milieu d’hiver. On notera la présence de l’équipe du DaWatt, qui nous propose de délicieuses crêpes pour financer leur festival qui aura lieu les 6 et 7 juin à Harmonville, avec une super affiche comprenant entre autres Charge 69, Acorps de rue et La Casa Bancale. Et en plus, l’entrée est gratuite ! Dans le hall de la salle, on retrouve le set de DJ Mendès, de l’équipe de Chez Paulette. Et pour coller à l’ambiance de la soirée, la thématique est furieusement punk ! J’arrive en plein milieu du Mort aux Cons de Tagada Jones, dont le refrain est scandé/hurlé par les festivaliers, l’ambiance est aussi folle que dans la fosse.

The Toy Dolls
Et justement, la foule se masse dans ladite fosse pour accueillir LA tête d’affiche de la soirée. L’immense backdrop est déjà déployé, et après une intro enregistrée, les trois Toy Dolls entrent en scène sous les acclamations du public. Là encore, il s’agit d’un groupe que je n’ai jamais vu, et que je connais seulement de réputation, mais les 1h10 qui vont suivre vont être de la pure folie ! Olga (cheveux verts, guitare/chant), Tommy (cheveux blonds, basse/chant) et Duncan (pas de cheveux, batterie/chant) ne sont certes plus tout jeunes, mais ils sont la preuve vivante que le punk, ça conserve.
Parlons tout d’abord de leurs costumes : les trois compères portent le même, hyper coloré, avec une mini-cravate qui leur donne un look très clownesque, et c’est complètement l’esprit du groupe. Les éléments du costume ne tiendront d’ailleurs pas tout le set, notamment pour Olga, qui finira torse nu ! Le trio enchaîne les morceaux, repris en chœur par le public qui est définitivement chaud bouillant, et les pitreries : l’ambiance est vraiment bon enfant, Olga et Tommy arpentent la scène de long en large d’une manière parfaitement synchronisée, les confettis pleuvent sur les premiers rangs (j’en ramènerai d’ailleurs un bon paquet à la maison, coincés dans mes cheveux et mes vêtements), le sol alterne entre zones collantes (là où la bière a séché) et zones glissantes (là où la bière vient d’être renversée).
Ça slamme, ça pogote, les musiciens sont tout sourire et visiblement ravis d’être là. Pour l’intro de The Lambrusco Kid, Olga se fait apporter des bouteilles (gonflables) dudit breuvage, mais rechigne devant la trop petite taille des flacons, jusqu’à ce qu’on lui en apporte une immense … munie d’un lanceur de confettis pour arroser les premiers rangs ! Sur Spiders in the Dressing Room, Olga fait mine d’écraser une araignée, mais Duncan rate le coup de batterie censé venir illustrer l’impact (« 47 ans qu’on essaie, et ça rate à chaque fois » dira Olga). Les classiques du groupe comme Nellie the Elephant ou Dougy Giro sont chantés tout du long par le public, on sent que la fanbase est solide (j’entendrai après le concert des gens étant venus de Suisse pour voir le groupe).
Avant de nous quitter, Olga et Tommy nous en mettent plein les yeux … en faisant tourner leurs instruments, et ça en jette! Le guitariste distribue des lunettes de soleil en plastique (la signature du look du groupe) aux premiers rangs, la connexion avec le public est à son comble. Et nous aurons même droit à deux rappels. Pour le premier, Olga se la joue guitar hero en arrivant carrément avec une guitare à trois manches ! Ce concert complètement déjanté se terminera de façon spectaculaire avec un lâcher de ballons à l’effigie du groupe. Dig that Groove Baby !!
Les 3 Fromages
Après un nouveau set de DJ Mendès, voici le dernier groupe de la soirée, Les 3 Fromages. Là encore, et c’est un peu la thématique de la soirée pour moi, je ne connais que très très peu. Dès les premières secondes, on sait qu’on va passer un super moment : un track enregistré annonce le crash d’un astéroïde (nommé Titouandu56 si mes souvenirs sont bons) sur la Terre, ayant fait 5 milliards de morts … selon la CGT. Les 3 Fromages, qui sont en fait 4, arrivent sur scène en trombe et entament Bon Retour, morceau délirant qui raconte l’organisation des groupes de survivants de cette apocalypse.
Niveau son, je sens que ces mecs et moi avons grandi au même moment (il y aura d’ailleurs un morceau nommé Génération 90’s qui évoque avec humour et justesse toutes ces références de vieux trentenaires/jeunes quadra) : leurs riffs accrocheurs sentent bon le soleil de la Californie des années 2000. C’est rapide, survolté, hyper drôle dans les textes et la théâtralité. Ces mecs, c’est un peu le chaînon manquant entre Les Fatals Picards et Ultra Vomit. J’ai adoré la vibe parodique et l’autodérision de C’est pas punk, morceau répertoriant tous les clichés possibles sur différents genres de musique et s’achevant par : « Aller voir Les 3 Fromages en concert … c’est pas punk ».
On assistera à un épique et improbable duel de batterie entre le batteur et le … clavier, à une émouvante reprise de Joe Dassin, et le public est encore bien chaud malgré l’heure tardive. Les gars ont une pêche d’enfer, et ont d’ailleurs une revanche à prendre sur le JDM car ils étaient programmés pour l’édition estivale de 2024 qui avait dû être annulée à la dernière minute à cause des intempéries. Nous avons en plus une belle chance de les voir, car ils n’ont qu’une dizaine de dates prévues cette année, dont seulement quelques-unes en dehors de leur Bretagne d’origine, et une à Paris en novembre pour fêter les vingt ans du groupe. Le set s’achève sur le fédérateur (et poétique) Ma botte au cul, les premiers rangs se prennent par l’épaule pour un joyeux balancé, une fin parfaite pour un concert plein de bonne humeur et d’éclats de rire.
Le bilan de cette soirée est fabuleux : 4 groupes en feu, une organisation millimétrée, le public toujours joyeusement bordélique et bienveillant du Michel. Merci à tous les bénévoles, techniciens et organisateurs qui rendent tout cela possible, et longue vie au JDM !


















































