EMPIRE DE MU – The Lotus Legacy – 2026
Une chronique de PK
Pendant que certains découvrent, avec délectation ou dégoût, Angine de Poitrine, d’autres s’étonnent grâce à Céline du scandale Live Nation… Et puis toi metalleux qui n’est né ni de la dernière tendance musicale, ni d’une soirée trop arrosée au Macumba, tu te souviens que le Canada n’a pas attendu ceux-là pour exprimer avec ferveur, rage et technicité, tout son talent musical.
Annihilator, Devin Townsend, Unexpect, Kataklysm, Beneath the Massacre… Voilà la forêt qu’il ne faudrait pas oublier derrière le dernier arbre venu qui attire vers lui toute la lumière.
Dans cette forêt, il y a aussi Empire de Mu qui fête ses 10 années d’existence et en profite pour nous délivrer « The Lotus Legacy » qui succède à « Spiritual Demise », leur premier opus qui date déjà de 2020.
Death technique et mythologie de Mu
Avant de se plonger dans le vif du sujet, arrêtons-nous quelques secondes sur le nom du groupe. Qu’est-ce que cet Empire de Mu ? Pour faire très court, Mu serait un continent dont un archéologue aurait trouvé la trace dans un livre Maya. Sur ce continent aurait vécu une civilisation qui aurait propagé sa technologie à travers le monde, permettant entre autres, l’édification des grandes pyramides éparpillées sur le globe…
Si les traductions dudit archéologue ont depuis été controversées, il n’en demeure pas moins que cette civilisation mythologique, qui aurait été détruite il y a 12 000 ans par les dieux, fournit un univers dense et une inspiration sur lesquels Empire de Mu a décidé d’avoir suffisamment à dire pour y consacrer le nom de son groupe et ses textes. Comme l’a fait Karl Sanders et son groupe Nile avec l’égyptologie.
Cette référence n’est pas citée de manière anodine et les amateurs de Death Metal peuvent se réjouir car Empire de Mu leur propose un album de haute volée proche du Death technique de Necrophagist. Une musique dense, ultra travaillée, alternant entre passages rapides et quelques moments qui laissent sonner plus de groove… avec des tapis de double pédale quand même, parce qu’on n’est pas là pour déconner.
Empire de Mu – La Travesia
Un chant lyrique là où on attend du growl
Jusqu’ici, on pourrait vite se dire qu’Empire de Mu n’est qu’un énième groupe de Death technique et retourner écouter Obscura ou Origin, parce qu’on aime nos classiques bordel ! Oui mais, car il y a un oui mais… Empire de Mu, outre l’univers abordé a pris un deuxième pari risqué : chanter quasi intégralement son répertoire avec une voix d’opéra féminine (seuls quelques passages sont chantés avec une voix claire rock) !
Oui, vous avez bien lu ! Point de growl ou de borborygme ici, mais une incroyable voix soprano qui renvoie Tarja et pas mal d’autres de ses consœurs « au rang d’amatrices ». Le contraste avec la musique est osé et incroyablement saisissant. C’est définitivement le point qui va faire que vous allez soit adorer, soit détester.
Le pari du français
Arianne Fleury à l’origine du projet est la seule membre rescapée du premier line-up qui n’a malheureusement pas survécu (au sens figuré) au Covid-19. L’épidémie ayant coupé l’herbe sous le pied d’une formation qui venait de sortir son premier album.
Jamais deux sans trois, vous connaissez vous aussi le dicton… Et bien Arianne a pris un troisième pari qui peut sembler risqué : chanter ses textes en français. Alors bien sûr, il faut parfois tendre l’oreille pour comprendre ce qui est dit et c’est d’ailleurs l’un des points communs entre le chant d’opéra et le chant growl. En tout cas, la voix est très bien mixée, suffisamment forte pour être mise en valeur et que le texte soit intelligible, mais elle laisse également la place aux 3 gars qui bourrinent avec virtuosité derrière.
On serait tenté de faire le rapprochement avec Fleshgod Apocalypse, mais Empire de Mu est moins grandiloquent. Pas de sur-orchestration ou de nappes de synthé, l’instrumentation est brute et brutale, le lien avec le classique/opéra se fait uniquement par le chant.


« The Lotus Legacy » est un véritable coup de cœur, un album qui devrait marquer les esprits des amateurs de Death Metal. Il réussit le tour de force d’être d’une brutalité et d’une technicité extrêmes sans aucun chant saturé. Un véritable exploit qui prouve, une fois de plus que le Canada n’a rien à envier à ses voisins américains. Alors, arrête quelques minutes les propositions faites par les algorithmes de tes réseaux sociaux préférés et fonce découvrir cette pépite !

Label : M&O Music
Autre chronique récente signée PK : The Lowest Point d’Ice Chemicals, entre neo metal, metalcore et influences 90’s.



