HEADKEYZ « La Couronne comme fardeau, la Cage comme issue »
Report réalisé par Sixtine CATALON qui rejoint l’équipe de My Rock Revolution.
Les montpelliérains de HEADKEYZ ont sorti leur second opus « The Cage and The Crown : Chapter II » le 16 janvier dernier.
Et s’il y a eu de l’attente avec le Chapter 1 (paru en novembre 2022), ils n’ont pas chômé. Signé sous le label NB records, HEADKEYZ a pu développer son univers en passant par des scènes telles que l’Antirouille, la Paloma ou le Secret Place avant également de s’essayer aux festivals comme le Just’N’Fest et le Hellfest Off. Accompagnés depuis 2025 par Rage Tour ils ont pu faire les premières parties notamment d’Ultra Vomit et Tagada Jones.
HEADKEYZ : un « Chapter II » très attendu
Après une première release party parisienne au Supersonic, HEADKEYZ a fait le choix d’une seconde date à The O’liver Pub de Lattes pour faire découvrir en live leurs nouveaux morceaux, cette fois dans un lieu beaucoup plus personnel qu’ils connaissent bien.
Avec « The Cage and The Crown : Chapter II », HEADKEYZ signe un album de confirmation aussi dense qu’exigeant. Plus sombre et plus affûté que son prédécesseur, ce second chapitre clôt un diptyque conceptuel où la violence sonore sert une réflexion lucide sur le pouvoir, l’aliénation et l’illusion de contrôle. A chercher la gloire on se retrouve fatalement dans une cage dorée.
Ces deux premiers albums doivent être appréhendés comme une œuvre unique plutôt que comme deux disques distincts. « The Cage and The Crown : Chapter I » pose les fondations émotionnelles et thématiques, tandis que « Chapter II » en révèle les conséquences et les fractures. Ensemble, ils construisent une narration globale où la cage n’est pas seulement un décor, mais un état mental, et où la couronne symbolise un pouvoir aussi séduisant que destructeur.
Release party à The O’liver Pub (Lattes)
HEADKEYZ a justement attaqué le concert de ce 21 janvier en jouant son premier album avant de dévoiler les titres du second pour rappeler son tout. Le show s’est ouvert sur un son de sirènes d’alerte à la bombe pour plonger directement le spectateur dans le vif du sujet : nous courrons à notre propre perte et il est urgent d’agir.
L’identité visuelle en noir et blanc construite sur les deux albums est extrêmement lisible sur scène, ce qui accentue encore une fois la cohérence de leur projet à chaque étape. Surtout que ce choix esthétique ne relève pas du simple style : il agit comme une mise à distance du réel, transformant la fin du monde, l’apocalypse ou la souffrance humaine en symboles intemporels.
C’est ainsi qu’on a attaqué avec le morceau « The Cage », titre manifeste qui, avec sa structure simple et efficace, nous plonge directement dans le sujet et agit ainsi comme une déclaration d’intention.
S’enchaine ensuite le morceau « Killing God » avec sa rythmique beaucoup plus agressive et un chant plus explosif. On reconnaît ici que la stratégie d’en faire un des hits du premier album a été totalement embrassée par la foule, ça chante et les têtes s’agitent. Le concert est lancé. Edge, le chanteur, commence également à imposer le virage un peu plus metal du groupe en poussant la voix dans la montée finale jusqu’au scream. Ceci vient apporter une variation et une intensité qui finalement manquaient un peu au morceau d’origine.
HEADKEYZ | KILLING GOD (Live Session)
Arrivent ensuite les morceaux « Passenger », plus calme et introspectif mais accentuant la tension jusque-là mise en place, et « Run Run Run » qui vient lancer le rythme, porté par des motifs courts et répétitifs, renforçant une sensation de fuite permanente, d’urgence.
Interlude musical avec « CTRL+Z », déstructuré et un peu plus psychédélique qui vient surtout mettre en lumière les musiciens puisqu’aucune parole n’est présente sur ce morceau. Ici c’est le moment de prendre la mesure de chaque musicien.
On garde le rythme plus calme avec « Big Bad World » et «Speak ». Edge, le chanteur, met de l’intensité dans son jeu scénique. Agrémenté de jeux de lumières tamisés bleus, le public suit et reste captivé. Edge vient nous saisir en faisant des effets de voix guttural qu’on ne retrouve pas forcément sur le morceau d’origine et cela marque des points.

Photos bannière et promo groupe : © Bastien Sablé
Arrivent ensuite les très attendus « Rotten Party » et « Intoxicated » ! « Rotten Party » commence sur un son qui ferait penser aux Artic Monkeys ou Black Keys pour au final nous surprendre sur un couplet rappé avant de reprendre le son rock. Le sujet est maitrisé, le scénique également et au final on se laisse clairement embarquer par ce titre un peu à contre sens du style général de l’album. Edge évolue entre les styles sans aucune difficulté et il nous convainc aussi aisément.
S’ensuit qu’Edge et Timothée Bertram (Guitariste) demandent à la foule de s’asseoir. Les musiciens jouent aussi le jeu et Timothée lance l’excellent riff de « Intoxicated » et la foule explose dans les airs après un classique « One, two, three, GO ! ». Ce morceau (personnellement mon préféré) repose sur une alternance de couplets étouffés et de refrains explosifs, une structure héritée du nu-metal, mais traitée ici avec une production plus organique.
Le public s’enflamme et Stella Cristi (nouvelle seconde guitariste sur ce deuxième album) devient un immense coup de cœur. Une énergie qui éclate (et il en fallait pour répondre à Timothée Bertram de l’autre côté de la scène qui saute dans tous les sens) et une démonstration claire que sa guitare n’est pas du décor dans cette composition vive. Même le bassiste Samuel Marechal éclate d’énergie et ne risque pas de faire oublier son existence.
Sur un sujet autant d’actualité de la santé mentale et des relations toxiques, HEADKEYZ nous emportent dans leur rage et nous font nous défouler.
Merci à Stéphane Coquin chroniqueur pour Hard Force pour ses photos live prises à The O’liver Pub de Lattes et qui permettent d’illustrer ce report.
© Stéphane Coquin I HARD FORCE
Son Facebook et son Instagram
On continue avec « Viking », plus lent et très cérémoniel. Edge entame sa voix guttural qui rappelle sans aucun doute la musique « If I had a heart » de Fever Ray utilisée pour le fameux générique de la série tv Vikings. Il fixe le public comme s’il tentait de nous ensorceler accompagnait d’un riff qui repose sur une répétition quasi hypnotique, renforcée par une basse très présente dans le bas-medium.
La batterie de Sylvain Molina vient aussi privilégier le lourd plutôt que la complexité et vient parfaitement finir la construction de ce morceau. « Viking » utilise la métaphore du guerrier pour évoquer le combat intérieur et la survie mentale pour avancer face à l’oppression du monde.
Cette énergie est clairement présente dans la prestation délivrée par le groupe et est communicative au public. Chacun prend une position un peu incisive, scande le refrain : il y aurait presqu’un petit air de révolution. On enchainera sur le dernier interlude de la soirée avec « Ctrl+X » où on assiste à un superbe duo entre Timothée Bertram et Stella Cristi dans un autre enchainement plus mélodieux et psyché.
On se laisse saisir par la complicité des deux musiciens qui nous délivrent une prestation poétique. Malgré cet interlude, aucun répit pour le public qui reste totalement impliqué.
Le concert se clôturera sur un rappel avec le titre « The Crown », normalement introduction de « The Cage and The Crown : Chapter II ». Ce morceau, où l’urgence prime sur la narration, rappelle les ouvertures post-grunge des 90’s. Même s’il est supposé être introductif, ce choix est très bien travaillé : on revient finalement nous délivrer la tension d’origine pour nous laisser en fin de bouche l’ambiance générale de l’album.
D’un point de vue technique, la production n’est, encore une fois, en aucun cas superflue, chaque instrument intervenant de façon appropriée, chaque style musical venant servir le propos.
A la conclusion de cette release party, HEADKEYZ convainc encore une fois. On retiendra un son parfaitement maitrisé, une superbe complicité entre ses membres qui devient communicative dans le public, et des musiciens exceptionnels orchestrés par la voix d’Edge.
C’est rideau pour cette soirée et le public en redemande sous un tonnerre d’applaudissements !
Au cours de ses deux premiers projets HEADKEYZ a réussi à créer quelque chose encore rare sur la scène émergente : une identité musicale et visuelle marquée, propre et qui ne donne envie de ne faire aucune comparaison. « Chapter II » ne se contente pas d’aligner des titres efficaces : il propose une œuvre cohérente, pensée comme un tout. Sans tomber dans la grandiloquence, HEADKEYZ assume une ambition conceptuelle rare sur la scène actuelle. Et c’est réussi !
HEADKEYZ – THE CROWN










