Deuxième jour à Kerampuilh et les organismes commencent déjà à sentir les effets de la veille. La très forte chaleur a légèrement reculé, mais le soleil reste omniprésent sur Carhaix et la poussière n’a pas disparu. Bien au contraire : soulevée par les déplacements du public et les premiers mouvements dans les fosses, elle forme rapidement un voile au-dessus du site. Bandanas et masques deviennent presque indispensables, tandis que les points d’eau restent parmi les endroits les plus fréquentés.
Pour Clément et Thierry, le rythme ne ralentit pas. Leurs parcours vont une nouvelle fois se croiser et se séparer au fil des quatre scènes, avec plusieurs concerts programmés simultanément. Quinze groupes seront finalement couverts par l’équipe MRR au cours de cette deuxième journée, d’Ice Sealed Eyes à Darkened Nocturn Slaughtercult.
À 12 h 45, il est déjà temps de retrouver les pits. Ice Sealed Eyes ouvre notre vendredi sur la Dave Mustage.
ICE SEALED EYES – THE WEIGHT OF LOSS
Gravity
13 h 30 – 14 h 10 | Massey Ferguscène | Thierry
Formé à Montpellier en 2009, Gravity développe un metal moderne mêlant metalcore, deathcore et influences progressives, dans un univers fortement marqué par une esthétique dystopique. Le groupe poursuit cette identité avec l’EP Rupture – Momentum II, sorti en 2025.
Sur la Massey Ferguscène, Émilie Thium impose immédiatement une vraie présence. La chanteuse alterne passages saturés et chant clair avec beaucoup d’aisance, tandis que le groupe livre une prestation énergique et parfaitement en place. Les belles lumières qui accompagnent le set apportent aussi beaucoup visuellement et mettent particulièrement bien en valeur ses mouvements sur scène.
Malgré l’horaire encore précoce, le public répond rapidement. Wall of death et circle pits viennent animer la fosse, notamment sur « Noir », et la poussière commence une nouvelle fois à monter devant la scène.
Une prestation solide et vivante, portée par la présence d’Émilie et par un groupe qui maîtrise parfaitement son univers.
Guineapig
13 h 30 – 14 h 10 | Supositor Stage | Clément
On débute avec les italiens de Guineapig, et on est assez loin de Laura Pausini. Ici, direction le goregrind et ses codes assumés : morceaux expéditifs, rythmiques frénétiques qui échauffent les cervicales… Le groupe ne cherche évidemment ni la finesse ni la demi-mesure, mais pousse au contraire son concept jusqu’au bout. Un véritable déluge sonore réservé aux amateurs du genre, qui aura su embraser le pit dès les premières heures de cette seconde journée et rappelle aussi que le Motocultor sait aller chercher très loin dans les différentes ramifications de l’extrême.
Skaphos
Hellripper
15 h 45 – 16 h 30 | Dave Mustage | Thierry
Projet écossais créé par James McBain, Hellripper évolue dans un black/speed metal nourri de heavy, de thrash et d’un solide esprit rock’n’roll. En 2026, le groupe défend Coronach, quatrième album d’une discographie qui puise de plus en plus dans l’histoire et le folklore des Highlands.
Sur la Dave Mustage, Hellripper ne tient pas en place. James McBain et ses musiciens multiplient les déplacements et jouent avec une énergie permanente, sans jamais perdre en précision. Les riffs filent à toute vitesse, la batterie pousse constamment le tempo et l’ensemble reste remarquablement en place malgré cette agitation.
Le public suit immédiatement et les cervicales sont rapidement mises à contribution. C’est rapide, nerveux, très carré et terriblement efficace, avec ce mélange de violence black/thrash et de spontanéité rock’n’roll qui donne au groupe une identité immédiatement reconnaissable.
Iotunn
16 h 35 – 17 h 20 | Massey Ferguscène | Thierry
Formation dano-féroïenne, Iotunn développe un metal progressif teinté de death mélodique, ample et atmosphérique. Après Kinship en 2024, le groupe a publié en 2026 Waves Over Copenhell, album live qui donne un bon aperçu de la dimension que prennent ses longues compositions sur scène.
Dès les premières minutes, l’atmosphère s’installe. Vêtu d’un long manteau clair et la tête en partie dissimulée sous sa capuche, Jón Aldará impose une présence singulière. Son chant constitue l’un des grands points forts de la prestation, capable de passer de lignes claires amples et expressives à des registres beaucoup plus puissants. Ses gestes lents et presque « cérémoniels » contrastent avec l’intensité développée par les musiciens autour de lui.
Les deux guitares occupent également une place majeure, avec des mélodies travaillées, des passages plus massifs et de belles envolées instrumentales. La batterie apporte beaucoup de relief à l’ensemble et les cinq musiciens donnent surtout l’impression de prendre un véritable plaisir à jouer ensemble. Les lumières, largement dominées par les bleus et les violets, renforcent encore cette atmosphère et offrent de belles images.
Le set ne compte que quatre compositions, mais leur durée permet à Iotunn de développer pleinement son univers : « Mistland », « Kinship Elegiac », « The Anguished Ethereal » et « The Tower of Cosmic Nihility ». Chaque morceau prend le temps d’installer ses différentes séquences et de faire évoluer progressivement l’intensité du concert.
Iotunn s’impose pour moi comme l’un des moments forts de cette deuxième journée.











IOTUNN – I FEEL THE NIGHT
Hrafngrímr
17 h 25 – 18 h 10 | Bruce Dickinscène | Clément
Changement complet de décor avec Hrafngrimr. Sous la tente, tambours, instruments traditionnels et imaginaire nordique remplacent momentanément les guitares saturées pour une proposition qui tranche franchement avec le début de journée. La formation développe un univers inspiré des cultures scandinaves et privilégie l’atmosphère, les percussions et la dimension rituelle de ses compositions. Devant un public venu assez nombreux (peut être parce qu’ils cherchaient aussi un petit peu d’ombre dans la fournaise), la formation française délivrera une belle prestation qui aura visée juste et trouvée un public nouveau.
Coroner
18 h 15 – 19 h 05 | Supositor Stage | Clément
En voilà un groupe dont le nom suffit à faire dresser l’oreille des amateurs de thrash. Les Suisses de Coroner n’ont jamais choisi la voie la plus simple, préférant injecter technicité et progressif dans un genre qui repose souvent sur l’agressivité. Plusieurs décennies après leurs débuts, leurs compositions conservent cette singularité et cette précision qui leur ont permis d’acquérir un véritable nom sur cette scène tantôt underground, tantôt mainstream. Pas besoin d’en faire des tonnes : ici, ce sont les instruments et la qualité d’écriture qui parlent. Une leçon de thrash donnée par quelques-uns de ses artisans les plus respectés.
Soen
20 h 05 – 20 h 55 | Massey Ferguscène | Thierry
Avec Reliance, sorti le 16 janvier 2026, Soen poursuit une évolution qui affine encore cet équilibre très particulier entre puissance, mélodie et émotion. Sur scène, cette maîtrise ne se traduit jamais par une démonstration froide. La communion qui s’installe avec le public est remarquable.
Soen sait faire monter la puissance avec des passages heavy particulièrement denses, puis laisser retomber la tension pour ouvrir des séquences plus calmes et mélodiques. C’est précisément dans ces contrastes que la musique du groupe prend toute sa dimension émotionnelle.
Au centre, Joel Ekelöf impressionne par la beauté et la maîtrise de sa voix. Puissante lorsqu’elle doit s’imposer au-dessus des guitares, elle peut aussi devenir beaucoup plus douce et fragile lorsque les compositions s’apaisent. Derrière lui, Martin Lopez est excellent. Son jeu de batterie, précis, complexe mais jamais démonstratif, apporte énormément de dynamique aux morceaux.
Les autres musiciens sont au même niveau. Lars Enok Åhlund enrichit les atmosphères aux claviers et à la guitare, Stefan Stenberg donne du poids à l’assise rythmique, tandis que Cody Lee Ford signe plusieurs très beaux solos, toujours mélodiques et parfaitement intégrés aux compositions.
Ce qui frappe surtout, c’est la capacité de Soen à faire cohabiter force et sensibilité. Les riffs lourds ne sont jamais là pour simplement durcir le propos, ils accentuent au contraire les respirations, les mélodies et cette forme de fragilité qui traverse la musique du groupe.
Et pour une fois dans ce festival où il faut sans cesse courir d’une scène à l’autre, je reste devant Soen du premier au dernier morceau. Pas question d’écourter le concert pour rejoindre un autre pit. Pendant cinquante minutes, le groupe réussit à créer cette parenthèse où l’on oublie presque la chaleur, la poussière et le rythme du festival.
À la fin du concert, le public prolonge encore le moment par de longs applaudissements, les mains levées, dans une véritable ovation. Une réaction qui résume assez bien la communion installée pendant tout le set.
Soen restera mon plus gros coup de cœur de ce Motocultor 2026 : une prestation d’une grande intensité portée par cinq musiciens au sommet de leur art.
SOEN – AXIS
Unleashed
20 h 05 – 20 h 55 | Supositor Stage | Clément
La Suède prend ensuite possession du Motocultor avec Unleashed. Quelle joie de pouvoir enfin voir la formation scandinave en live! Actif depuis le début des années 90, le groupe appartient à la première génération du death metal suédois et continue de défendre une formule immédiatement reconnaissable. Riffs massifs, morceaux directs et thématiques puisant largement dans l’histoire et la mythologie nordiques composent toujours l’essentiel de leur arsenal. Johnny Hedlund et ses acolytes n’ont plus grand-chose à démontrer et peuvent s’appuyer sur plus de trois décennies de répertoire. Du death metal old-school joué par ceux qui ont participé à en écrire l’histoire. L’un des concerts les plus mémorables de ma journée …
Emperor
22 h 05 – 23 h 05 | Supositor Stage | Clément
« Motocultor, are you ready to go back to the nightside? From Telemark, Norway, EMPEROR! », c’est sur cette introduction culte que se lance ma plus grande attente de cette édition, et sûrement LE concert du week-end. Figure fondamentale et l’un des plus grands noms du black metal norvégien, le groupe mené par Ihsahn possède une aura difficilement égalable. Derrière la violence symptomatique du metal noir se cache une musique complexe, monumentale, où les claviers et les arrangements donnent aux compositions cette dimension symphonique immédiatement reconnaissable. Un set absolument parfait qui nous aura fait remonter la quasi-totalité de la discographie, exécuté avec une précision chirurgicale, et qui aurait pu durer une heure de plus sans que l’on s’en aperçoive.
EMPEROR – I AM THE BLACK WIZARDS – BLOODSTOCK 2025
Darkened Nocturn Slaughtercult
00 h 15 – 01 h 15 | Supositor Stage | Clément
J’ai enfin eu la chance de voir DNS sur scène! Pour terminer notre parcours de cette deuxième journée, difficile d’imaginer beaucoup plus sombre que Darkened Nocturn Slaughtercult. La formation germano-polonaise défend depuis près de trente ans un black metal volontairement hostile, à moderniser sa formule. Mené par Onielar, le groupe cultive une esthétique radicale qui prend toute sa dimension lorsque la nuit s’installe sur le festival. Ici, pas de volonté de séduire, ou de basculer dans le mainstream : les riffs sont glaciaux, l’atmosphère malsaine et le chant doit encore hanter à ce jour les oreilles des profanes. Une prestation absolument splendide, et un choix de programmation génial, qui aura ravi les véritables fans de black.
Lorsque les derniers concerts s’achèvent, la poussière est toujours là et Kerampuilh porte les traces de quarante-huit heures sous la chaleur. Les kilomètres parcourus d’une scène à l’autre et les heures passées dans les pits commencent forcément à compter.
Une pause est donc la bienvenue, même si l’envie de retrouver le site dès le lendemain avec une nouvelle programmation reste forte. Le Motocultor n’en est qu’à mi-parcours : deux jours nous attendent encore.






















































































































