Motocultor Festival 2026 – Jour 1 à Carhaix

Public arrosé pendant la canicule au Motocultor Festival 2026 à Carhaix
🔥 Lecture rock’n’roll : 15 min chrono

Photo Bannière article : © Thierry Bouriat / My Rock Revolution

My Rock Revolution retrouve Carhaix pour le Motocultor Festival 2026. Sous près de 37 °C, Clément et Thierry s’apprêtent à attaquer un nouveau marathon de quatre jours et une programmation particulièrement dense.

Nous revoilà à Carhaix. Un an après notre précédente couverture du Motocultor, My Rock Revolution retrouve le site de Kerampuilh pour quatre jours de concerts, de photographies et de rencontres. Il y a les scènes que l’on reconnaît, les premiers repérages, les équipes du festival que l’on croise à nouveau et les retrouvailles avec les photographes des autres médias. Ces quelques minutes avant que les premiers groupes ne montent sur scène font aussi partie du Motocultor. Le festival commence à peine et son ambiance est déjà là.

Cette édition 2026 s’ouvre dans la continuité d’une année record. En 2025, le Motocultor avait enregistré 62 500 entrées, contre 54 000 en 2024, avec notamment 17 000 personnes le dimanche. Quelques semaines avant l’ouverture de cette nouvelle édition, Yann Le Baraillec indiquait que les préventes laissaient envisager une nouvelle progression d’environ 10 %.

Cette croissance ne signifie pourtant pas que le Motocultor cherche à changer d’échelle. L’objectif affiché est désormais de mieux exploiter le site de Carhaix, de stabiliser son organisation et, à terme, de parvenir à une fréquentation mieux répartie sur les quatre journées. Plusieurs aménagements ont ainsi évolué cette année afin d’améliorer les circulations et les conditions d’accueil. Nous aurons quatre jours pour les observer sur le terrain.

L’enjeu est aussi économique. Malgré les records de fréquentation, Yann Le Baraillec rappelle que l’augmentation des coûts, des cachets artistiques et des moyens consacrés à l’accueil du public rend l’équilibre du festival toujours fragile. Le Motocultor continue pourtant d’investir dans sa programmation, son organisation, la sécurité, le nettoyage et l’accueil des artistes. Une équation qui accompagnera nécessairement le bilan de cette édition.

Côté scènes, le Motocultor conserve ce qui constitue l’une de ses caractéristiques : une programmation largement ouverte, qui couvre de nombreux courants du metal et des esthétiques qui lui sont proches.

Les quatre jours réunissent cette année 110 groupes, avec Judas Priest pour la première fois en tête d’affiche, mais aussi Within Temptation, Primus, Godsmack, Emperor, Airbourne, Arch Enemy, Slaughter To Prevail ou encore Mass Hysteria. 

Thierry et Clément couvriront cette édition avec deux parcours qui se croiseront souvent sans être identiques. Nos sensibilités musicales différentes font partie de cette couverture : elles permettent de multiplier les concerts, les photographies et les points de vue. Nous raconterons ce que nous aurons vu et entendu sur les scènes, mais aussi ce que nous observerons dans les allées et dans le fonctionnement quotidien du festival.

Pour l’heure, pas question de tirer des conclusions. Ce jeudi 13 août, les portes sont ouvertes, les photographes retrouvent le chemin des pits et les premiers concerts lancent quatre journées particulièrement denses.

Godsmack, Primus, Death Angel, Bloodbath, Gaerea, Amenra ou Municipal Waste figurent notamment au programme de cette première journée qui commence sous une chaleur inhabituelle pour la Bretagne. La canicule qui touche une grande partie du pays n’épargne pas Carhaix : le thermomètre approche les 37 °C aux heures les plus chaudes. 

Une chaleur qui va peser sur tout le monde : le public, les photographes, mais aussi les groupes, contraints de gérer l’effort sur scène, et les équipes techniques, confrontées à des conditions moins favorables pour le matériel, des amplis aux systèmes informatiques.

Le Motocultor 2026 peut commencer. Nous sommes prêts.

Unearth

15 h 15 – 16 h 00 | Dave Mustage | Clément

Ouverture des hostilités avec Unearth ! Actifs depuis 1998, les Américains appartiennent à cette génération qui a largement participé à façonner le genre au début des années 2000, avec une formule où racines hardcore côtoient death mélodique. Riffs acérés, breaks massifs et mélodies de guitares constituent toujours l’ossature d’un son immédiatement reconnaissable. Loin des artifices et des croisements electro/djent/pop de la scène metalcore actuelle, Unearth délivre un set tout en puissance, se limitant à leurs premières compos, pour ravir les fans de la première heure venus braver la chaleur bretonne.

200 Stab Wounds

16 h 05 – 16 h 45 | Suppositor Stage | Thierry

Originaire de Cleveland, 200 Stab Wounds balance un death metal old school sans détour, construit sur des riffs agressifs, des passages massifs et des accélérations brutales. Le guitariste-chanteur Steve Buhl reste concentré sur l’exécution et intervient très peu entre les morceaux : ici, pas de longs discours, les titres s’enchaînent comme une véritable vague de violence.

À ses côtés, Raymond MacDonald et le bassiste Todd Thompson apportent beaucoup de mouvement, multipliant les headbangings. Ce dernier se remarque immédiatement avec ses cheveux verts et jaunes et sa basse assortie. Devant la scène, les premiers circle pits soulèvent déjà la poussière tandis que, sous une chaleur écrasante, la lance à incendie vient régulièrement rafraîchir les premiers rangs.

Ce n’est clairement pas mon registre de prédilection, mais il faut reconnaître une chose : ce death metal “bêbête et méchant”, volontairement primaire dans son approche, est terriblement efficace en live.

Brieg Guerveno

16 h 50 – 17 h 50 | Bruce Dickinscène | Clément

Changement complet d’atmosphère avec Brieg Guerveno. Chantant en breton, le musicien développe un univers plutôt sombre où le metal progressif rencontre des influences doom et une dimension beaucoup plus introspective. Les compositions prennent le temps d’installer leurs ambiances et jouent volontiers sur les contrastes. Choix de programmation assez particulier, mais quand on connaît le public du Motocultor et son attachement à la culture bretonne, on n’est pas étonné de voir le public venu en nombre sous la tente.

Wolfheart

16 h 50 – 17 h 50 | Dave Mustage | Thierry

Originaire de Finlande, Wolfheart développe un death metal mélodique puissant, marqué par des atmosphères nordiques et des compositions qui alternent passages massifs et mélodies plus aériennes. Sous le soleil écrasant de Carhaix, le contraste avec ce « winter metal » revendiqué par le groupe ne manque pas d’ironie.

Tuhttp://Wolfheartomas Saukkonen, au chant et à la guitare, reste assez ancré derrière son micro, tandis que le guitariste solo Vagelis Karzis occupe davantage l’espace et multiplie les poses. Derrière eux, la double grosse caisse renforce considérablement l’impact des passages les plus massifs. Même le ventilateur installé au pied du chanteur-guitariste rappelle les conditions éprouvantes dans lesquelles se déroule ce début de journée. Sur « Breakwater », le public ouvre un circle pit qui soulève une nouvelle fois la poussière devant la Dave Mustage.

Malgré la chaleur, Wolfheart déroule avec beaucoup d’efficacité une setlist de dix titres, de « Ancient Cold » à « The Hammer ». Le public répond présent et confirme que les Finlandais n’ont pas besoin du froid pour faire fonctionner leurs compositions.

Sanguisugabogg

17 h 55 – 18 h 45 | Suppositor Stage | Thierry + Clément

Originaire de l’Ohio, Sanguisugabogg poursuit l’offensive death metal avec une proposition particulièrement frontale. Devin Swank occupe largement l’avant-scène et impose une forte présence, portée par un chant guttural profond. Il harangue régulièrement la fosse et réclame circle pits, slams et mouvement, sans jamais laisser retomber la pression.

Les riffs massifs s’enchaînent sans temps mort et le public répond immédiatement. Sanguisugabogg déroule neuf morceaux, dont « Skin Cushion », « Felony Abuse of a Corpse », « Dragged by a Truck » et « Dead As Shit ». Les circle pits soulèvent de nouveaux nuages de poussière devant la Supositor Stage, tandis que quelques ballons gonflables apparaissent au-dessus des têtes.

Une prestation brutale, très directe, qui fonctionne exactement comme elle le doit auprès des amateurs du genre.

Kittie

18 h 50 – 19 h 50 | Dave Mustage | Thierry + Clément

Après plusieurs formations death metal, Kittie apporte une autre dynamique à la Dave Mustage. Les Canadiennes se font attendre une dizaine de minutes avant de lancer le set avec « Fire », titre particulièrement bien choisi sous la chaleur qui écrase toujours Carhaix.

Sur scène, le groupe est vivant et parfaitement en place. Morgan Lander, guitare et chant, alterne growls, screams et passages en voix claire avec beaucoup d’aisance, tandis que Tara McLeod apporte davantage de mouvement et multiplie les interventions à la guitare solo. Ivy Vujic assure une basse solide et très présente, tandis que Mercedes Lander, sœur de Morgan et autre membre historique du groupe, verrouille l’ensemble derrière les fûts.

Les morceaux s’enchaînent avec peu de temps morts et le public répond franchement, jusqu’à faire monter un nouveau nuage de poussière dans la fosse. C’est carré, énergique et terriblement efficace. Une prestation qui confirme que Kittie ne se contente pas de jouer sur la nostalgie de ses débuts.

Kittie - Do You Think I'm A Whore? XXV (Official Music Video)

KITTIE – DO YOU THINK I’M A WHORE? XXV

Bloodbath

19 h 50 – 20 h 50 | Suppositor Stage | Thierry

Originaire de Suède, Bloodbath revient à un death metal résolument old school, massif et sans artifice. La formation s’appuie sur une assise basse-batterie particulièrement solide, tandis que les guitares développent ce grain abrasif caractéristique du death suédois.

Dans cette chaleur toujours éprouvante, Nick Holmes adopte une présence très sobre, presque statique derrière son micro. Le contraste est net avec le bassiste et le guitariste, beaucoup plus mobiles et engagés physiquement dans le set. Cette économie de mouvement n’enlève rien à l’impact de la prestation : Bloodbath déroule ses morceaux avec précision et efficacité.

La setlist balaie largement la carrière du groupe, depuis l’EP Breeding Death jusqu’à Survival of the Sickest sorti en 2022.

13 titres issus de plusieurs périodes avec notamment « So You Die », « Outnumbering the Day »,
« Mock the Cross », « Let the Stillborn Come to Me » et « Eaten » pour conclure.

Nick Holmes retrouvera d’ailleurs le Motocultor dès le lendemain, cette fois avec Paradise Lost.

Godsmack

20 h 55 – 22 h 05 | Dave Mustage | Thierry + Clément

Plus de trente ans de carrière et un répertoire qui n’a plus vraiment besoin d’être présenté. À Carhaix, Godsmack s’impose rapidement sur la Dave Mustage avec un set solide, puissant et parfaitement rodé, porté par un Sully Erna toujours très présent et un public immédiatement réceptif. « Awake », « Voodoo », « Whatever » ou encore « I Stand Alone » rappellent le nombre de titres devenus incontournables dans la carrière du groupe américain.

Cette tournée 2026 marque également une nouvelle étape avec Sam Koltun à la guitare et Mike Mangini, ancien batteur de Dream Theater, derrière les fûts. Une formation renouvelée qui ne bouleverse pas l’identité de Godsmack : le groupe conserve cette efficacité directe et cette maîtrise des grandes scènes qui ont largement contribué à sa longévité.

Setlist de Godsmack au Motocultor Festival 2026
Godsmack Syracuse, New York, June 30, 2026

GODSMACK – SYRACUSE, NEW YORK – 30 JUIN 2026

Death Angel

22 h 10 – 23 h 10 | Suppositor Stage | Clément

Quelques notes devraient suffire à rappeler pourquoi Death Angel occupe toujours une place à part dans le thrash américain. Formé au début des années 80, le groupe possède désormais plus de quatre décennies d’histoire, mais continue de défendre une musique nerveuse et bien plus technique que ne le laisse parfois supposer l’étiquette thrash. Mark Osegueda reste évidemment l’une des pièces maîtresses de la formation, accompagné de Rob Cavestany et de ses riffs toujours aussi incisifs. Entre classiques et compositions plus récentes, le catalogue ne manque pas de matière pour secouer Carhaix. Avec un set absolument magistral, Death Angel m’a offert ma claque de la journée.

Amenra

22 h 10 – 23 h 10 | Massey Ferguscène | Thierry

Figure majeure de la scène post-metal et sludge metal, Amenra construit depuis longtemps sa musique autour de thèmes profondément introspectifs : la noirceur de l’existence, les blessures intérieures, la résilience ou encore la spiritualité. Une dimension que Colin H. Van Eeckhout évoque lui-même lorsqu’il parle de cette musique et qui prend ici toute sa mesure sur scène.

Amenra fait partie de ces groupes dont la musique prend une autre dimension sur scène. Le groupe belge installe une nouvelle fois une atmosphère sombre et oppressante : fumée, contre-jours, projections monochromes et longues plages où la tension semble progressivement envahir l’espace. Les guitares de Mathieu J. Vandekerckhove et Lennart Bossu construisent cette densité sonore en alternant motifs mélancoliques, saturation et déferlements beaucoup plus abrasifs.

Comme à son habitude, Colin H. Van Eeckhout débute le concert dos au public. Mais cette fois, il se retourne assez rapidement, dès « Razoreater », deuxième morceau du set. Lorsqu’il fait face à la foule, la prestation devient aussi physique que vocale : le corps se contracte, se penche, accompagne des cris qui semblent arrachés autant que chantés. Cette violence contraste avec les passages beaucoup plus fragiles et introspectifs, notamment sur « Plus près de toi ».

Le concert marque également un changement dans la physionomie du groupe avec l’arrivée à la basse d’Amy Tung Barrysmith. Amenra déroule huit titres et traverse une large partie de sa discographie, de « Am Kreuz » à « Salve Mater », avant de terminer sur « Diaken ».

Amenra n’est pourtant pas un groupe dont je suis particulièrement proche musicalement. C’est sans doute ce qui rend mon ressenti encore plus significatif : à chaque fois que je les vois sur scène, leur musique finit par dépasser la simple question de l’adhésion au style. Il y a dans leurs concerts quelque chose de profondément émotionnel, une succession de tension, de souffrance, de violence et d’apaisement qui transforme progressivement la prestation en expérience. Pour moi, le premier véritable coup de cœur de ce Motocultor 2026.

Un nouvel album d’Amenra devrait sortir courant 2027, sans date plus précise annoncée pour le moment.

Primus

23 h 15 – 00 h 25 | Dave Mustage | Thierry

Formation californienne à l’identité musicale immédiatement reconnaissable, Primus construit son univers autour d’un groove très particulier, souvent déstructuré en apparence mais d’une redoutable précision. Au centre, évidemment, Les Claypool et son jeu de basse spectaculaire, où le slap devient autant un élément rythmique qu’une véritable voix dans les compositions.

Mais la force du concert vient aussi de l’assise formée avec John Hoffman. Le nouveau batteur impressionne par un jeu à la fois technique, puissant et inventif qui donne au trio une base rythmique monstrueuse. À la guitare, Larry LaLonde cultive de son côté une forme de chaos contrôlé : riffs metal, détours blues, sonorités plus orientales, solos et expérimentations participent pleinement à cette identité sonore si particulière.

Le début du concert est en revanche compliqué pour les photographes, avec beaucoup de bleu, de fumée et peu de lumière frontale. Musicalement, le set démarre avec « Those Damned Blue-Collar Tweekers », suivi de « Here Come the Bastards » et « Groundhog’s Day ». « The Ol’ Grizz », récemment publié, trouve naturellement sa place parmi des titres plus anciens comme « Too Many Puppies », « Seas of Cheese », « Mr. Krinkle » ou « John the Fisherman ».

Le moment le plus singulier arrive avec la reprise de « Holy Diver » de Dio, interprétée avec Mark Osegueda de Death Angel au chant. Primus termine ensuite avec une séquence particulièrement solide : « Welcome to This World », « My Name Is Mud » et « Jerry Was a Race Car Driver ».

Primus peut déconcerter, mais lorsque le trio atteint ce niveau d’interaction, difficile de ne pas se laisser happer par son groove et sa maîtrise instrumentale.

Primus - The Ol’ Grizz (Official Video)

PRIMUS – THE OL’ GRIZZ

Setlist de Primus au Motocultor Festival 2026

Municipal Waste

00 h 30 – 01 h 30 | Suppositor Stage | Clément

Avec Municipal Waste, la subtilité est restée outre-atlantique : les Américains sont là pour faire du thrash, aller vite et foutre le bordel. Leur crossover puise autant dans le hardcore que dans les grandes heures du genre, avec des morceaux courts dont l’objectif semble rarement dépasser celui de déclencher un pit. Tony Foresta et sa bande cultivent depuis plus de vingt ans cette approche volontairement régressive et festive sans jamais se prendre trop au sérieux. Une prestation (comme toujours) dantesque pour clôturer cette première journée de festival.

Cette première journée aura surtout été éprouvante. Sous près de 37 °C, chacun a dû s’adapter : les groupes sur scène, les équipes techniques, les photographes dans les pits et bien sûr le public. Les points d’eau sont devenus des passages obligés, tandis que la poussière soulevée dans les allées et devant les scènes ajoutait encore à la difficulté. Malgré ces conditions, le Motocultor a trouvé son rythme et les concerts se sont enchaînés jusqu’au cœur de la nuit. Une première journée dense, physique, qui laisse déjà quelques images fortes… et rappelle qu’un festival se vit aussi avec son corps.