Après plusieurs couvertures de festivals en France, My Rock Revolution poursuit son ouverture sur la scène européenne avec l’Arrasate Blues Festival. Organisé au cœur du Pays basque espagnol, l’événement développe une identité singulière, fondée sur la proximité entre artistes, habitants et commerces locaux. Durant quatre jours, Laurent Robert a parcouru les différentes scènes installées dans Arrasate/Mondragón, à la rencontre de la scène blues espagnole et de plusieurs artistes internationaux.

Arrasate Blues, un festival dans la ville
L’Arrasate Blues Festival, organisé à Arrasate/Mondragón, au cœur du Pays basque espagnol, est un festival relativement jeune, mais il s’est déjà forgé une identité très forte et surtout différente de nombreux festivals de blues européens. Le festival est né en 2019 avec une idée simple mais ambitieuse : créer un événement de blues qui ne soit pas uniquement une succession de concerts, mais une véritable fête populaire investissant toute la ville avec différentes scènes. Les organisateurs parlent de « Blues KM 0 », un concept qui revient chaque année.
Cette philosophie repose sur plusieurs principes : faire vivre les rues plutôt que un seul site sur une grande scène; privilégier la proximité entre les artistes et le public, travailler avec les commerces, bars, restaurants et associations locales, mettre en valeur les musiciens basques tout en invitant des artistes internationaux. C’est à ce titre que j’ai contacté Jon Apraiz, le « mentor » du festival, afin de venir faire des photos en 2024. Et depuis je ne cesse d’être estomaqué par la richesse de la scène blues espagnole. J’y ai découvert de superbes artistes (Amann & The Wayward Sons, Arnau & The Honkytonk Losers, Ibai Garcia, Zerendepya, Cherry Boppers, Tofol Martinez, pour ne citer qu’eux…) et j’ai eu l’occasion de voir également des artistes rares en France (Ina Forsman, Lost Acapulco, Sugaray Rayford). C’est donc avec grand plaisir que je reprends mes quartiers au « Mondragon Hôtel » pour la troisième année consécutive, et que j’ai hâte de découvrir à nouveau les artistes locaux, ainsi que de voir Big Daddy Wilson sur scène.
Première soirée : AC The Band
Trois heures après mon arrivée, première soirée avec un unique concert, et le hasard fait bien les choses, cela se passe sur la Jokin Zaitegi Plaza à moins de 100m de mon hôtel. AC The Band est né au début de l’année 2021 grâce à Asier Crespo, dont les initiales donnent le nom du groupe. Il s’agit au départ de son projet personnel après la fin de son précédent groupe, Daddy’s Funclub. Pour moi c’est une totale découverte, mais c’est un des groupes montant de la scène blues régionale.
Son répertoire, incluant uniquement des compositions originales (Quoi que, il m’a semblé entendre une reprise de « Personal Jesus » de Depeche Mode…) et se balade dans divers styles allant du pur blues au rock avec une petite sauce country americana et tirant même parfois sur le funk. Plusieurs singles sont sortis en 2025 et 2026 ce qui pourrait augurer d’un prochain album.
Ils avaient en Guest Dave o’Connor, un chanteur guitariste Canadien d’origine Irlandaise et vivant maintenant dans les Iles Canaries. Si on avait voulu l’inventer on n’y aurait pas pensé. Avec une voix très marquée par des influences britanniques, il a souvent collaboré avec Asier Crespo. AC the band, Une très belle découverte (Déjà !).
Deuxième journée : quatre scènes à parcourir
Jonás Molina & The Swing Explosion
Deuxième journée et 4 concerts au programme. On commence avec Jonás Molina & The Swing Explosion. Jonás Molina est un guitariste et chanteur madrilène passionné de blues électrique vintage depuis son plus jeune âge. C’est une des figures montantes de la scène blues espagnole. Avec son « Swing Explosion », il revisite le blues électrique des années 50, le jump blues et le swing dans un répertoire aussi élégant qu’énergique. Son dernier album, le 3eme, « Pool & Darts » est sorti en 2025. Et il confirme son attachement aux sonorités vintage et à un blues authentique. Un super moment mais beaucoup trop court pour ma part…
FEMMM
Car malheureusement pas le temps de rester jusqu’au bout car sur la Euskal Herria Plaza, une autre scène est montée et je vais découvrir un groupe vocal originaire de Donostia-San Sebastián. Comme quoi le festival est vraiment éclectique. FEMMM est un quatuor féminin qui fait de la voix son unique instrument. Entre jazz vocal, musiques du monde et créations contemporaines, Danae Anae B., Nahia Valle, Maider Bilbao et Alazne Aizpuru tissent un univers sonore riche où harmonies, percussions vocales et improvisation se mêlent avec une grande finesse. Leur concert offre un voyage musical original, porté uniquement par la puissance et la créativité de quatre voix. Le quatuor, formé en 2024, est enrichi sur scène par un groupe composé d’une basse, une batterie et un piano. Envoutant !! Pas le temps de se poser qu’il faut partir sur une autre scène, cette fois ci sur Otalora Lizentziaduna… Oui, on marche beaucoup durant ces 4 jours.
Red House Revival
Figure historique du blues espagnol, Fransisco Simón, fondateur de « Red House », groupe de référence fondé il y a plus de vingt ans, continue l’histoire avec son « Red House Revival ». Fransisco tourne régulièrement en Europe avec le Blues Brothers Band (excusez du peu) et il est déjà venu l’année dernière jouer dans le festival en accompagnant Sugaray Rayford. Le quatuor a livré un concert généreux où blues, soul, rhythm & blues, jazz et funk se sont entremêlés. Alternant compositions originales et clins d’œil aux grands classiques, Red House Revival a séduit le public massé devant la scène, et qui ne s’est pas fait prier pour danser. La finesse des interventions de Francisco Simón à la guitare solo et la voix chaleureuse de Luis Regidor ont fait mouche. Une prestation à la fois élégante et énergique comme on aime ! Ici, Fransisco c’est le boss !
JAC Electric
Petite pause et petite douche pour se remettre de ses émotions et direction le concert de JAC Electric dans la Calle Ferrerias, au cour de la vieille ville. Originaire du Pays basque, mais côté Français. Le trio insuffle un vent de modernité au blues, tout en restant dans le classicisme qui sied bien à cette musique (Ah lala les rythmes ternaires…) Emmené par le guitariste et chanteur JAC, accompagné de Louise Tossut à la basse depuis presque un an et d’Iban Larreboure à la batterie, le groupe mêle blues, rock et plus largement pop dans un style résolument actuel. Avec son 1er album « NOW », composé de sept titres originaux et de trois reprises revisitées, JAC Electric affirme une identité forte, portée par des textes engagés et une énergie scénique qui a fait vibrer le public d’Arrasate.
Troisième journée : du blues à la soul
Blue Hat!
Troisième jour et première découverte avec Blue Hat ! 13h, 35 degrés sur la Plaza Portaloia. Bonheur. Mais le groupe est à l’ombre. Heureusement pour eux. Par contre le public évite les zones de soleil et se cantonne à celles qui ont de l’ombre…. Un peu loin de la scène. Dommage pour l’ambiance. Originaire d’Irún, il s’agit d’une formation récente (2024) qui revisite les racines du blues avec une approche résolument contemporaine. Nourri de soul, de funk, de rock et d’un solide sens du groove, le groupe laisse une large place à l’improvisation et à l’énergie du live. Avec la sortie de son premier EP, « Take Me To The Movies », Blue Hat ! affirme son identité et s’impose comme l’une des formations prometteuses de la scène blues basque. Il faut dire que ses membres, Antonio Asensio (Guitare voix) en tête, ont déjà un lourd bagage musical et ont longuement arpenté les scènes et les festivals de la péninsule ibérique.
Crazy Jumpers
Après midi libre, retour des concerts à 19h, avec Crazy Jumpers, toujours sur Portaloia. À l’ombre cette fois ci. Le public d’Arrasate a replongé dans l’âge d’or de la musique américaine. Emmenée par la charismatique chanteuse Lore, et portée par des musiciens issus de formations reconnues de la scène rockabilly et rythm & blues, la formation revisite les grands classiques des années 40 et 50 avec une énergie communicative. Entre jump blues, swing, rock’n’roll et rockabilly, le groupe propose un concert festif où l’envie de danser s’impose naturellement. Le public ne s’y trompe pas et transforme la place en dancing géant.
Gonzalo Portugal
Direction Herriko Plaza, en face de l’hôtel de ville, centre névralgique de la vieille ville. Pour le gros morceau de du festival, et le concert tête la d’affiche, Big Daddy Wilson. Mais la soirée commence par une grosse dose de guitare. Originaire de Bilbao, Gonzalo Portugal s’impose aujourd’hui comme l’un des guitaristes les plus talentueux de la scène blues espagnole. Après avoir dirigé pendant seize ans le groupe « Last Fair Deal » et collaboré avec plusieurs formations majeures du blues ibérique, il poursuit une carrière solo remarquée avec les albums On My Way (2022) et Release (2025). Entre blues, rock et une touche d’americana, son jeu allie puissance, finesse et sens du groove, offrant un concert intense, parsemé de longs solos de guitare. J’ai adoré !
Big Daddy Wilson
Tête d’affiche donc. Né à Edenton, en Caroline du Nord, Big Daddy Wilson est l’une des grandes voix du blues contemporain. Installé en Allemagne depuis de nombreuses années, il mêle avec une remarquable sensibilité blues, soul, gospel, qu’il a longtemps chanté enfant, et rhythm & blues. Après des albums salués par la critique comme Hard Time Blues (2021) et Smiling All Day Long (2025), il poursuit une carrière internationale qui l’a conduit sur les plus grandes scènes européennes. À Arrasate, sa voix profonde et chaleureuse a une nouvelle fois confirmé son statut, et c’est devant une foule compacte que l’américain termine son set. Quelle présence ! Quel charisme !
Dernière journée : piano, slide et groove
Slideboy Vegas
Quatrième et dernier jour. Tout commence en fin de matinée avec Slideboy Vegas, seul sur Herriko Plaza. Né à Bilbao, c’est un des spécialistes espagnols de la guitare slide. Guitariste, chanteur et harmoniciste, il rend hommage aux pionniers du Delta et du Chicago Blues à travers un jeu authentique mêlant fingerpicking, harmonica et percussions. Leader du groupe Reverend Wetfinger et auteur de l’album Classic & Lonesome (2021), il perpétue avec passion (et humour) l’esprit des grandes figures du blues traditionnel.
Paul San Martín et Lluís Coloma
Le dernier jour du festival s’est poursuivi juste devant mon hôtel, par un moment rare avec Paul San Martín, originaire de San Sebastian et grand spécialiste du boogie woogie, et Lluís Coloma, Barcelonais et reconnu comme étant l’un des plus grand pianiste blues du pays. Face à face derrière leurs pianos, les deux musiciens ont offert un véritable dialogue musical, alternant solos, échanges complices et passages à quatre mains sur la fin. Entre blues, boogie-woogie et improvisations, chacun a apporté sa personnalité tout en laissant une large place à l’écoute de l’autre. Un concert d’une grande générosité qui a séduit aussi bien les amateurs de piano que l’ensemble du public venu savourer ce moment en buvant un verre.
Angry Lovers
Pour clôturer cette édition 2026, le festival a fait le choix d’un groupe en pleine ascension : Angry Lovers, formation originaire de Bilbao. Mené par la chanteuse Mónica Durán, locale de l’étape car native d’Arrasate/ Mondragon. Le quintette propose un savoureux mélange de soul, funk, rhythm & blues, jazz et blues. Donc une musique très colorée. Dotée d’une voix puissante, chaleureuse et expressive, Mónica Durán a conquis le public tout au long d’un concert où le groove n’a jamais quitté la scène. Une conclusion festive et pleine d’énergie pour refermer quatre jours de blues, remplis de multiples découvertes.
Arrasate, une scène à découvrir
J’ai déjà hâte de revenir l’année prochaine tellement je me sens bien durant ces quatre jours. Chaque année je découvre de nouveaux artistes dont je n’aurais certainement jamais entendu parler si je n’étais pas venu dans le coin. Peu d’entre eux ont l’occasion de venir jouer dans notre sud-ouest, et c’est tellement dommage. Tout comme il est bien triste de voir que les groupes du quart sud-ouest français viennent peu vers le Pays Basque espagnol… Il faut monter un pont, creuser un tunnel, je ne sais pas. Il faut faire quelque chose ! À l’année prochaine Arrasate…









































































