Watts à Bar 2026 : le live report

Watts à Bar 2026 – Festival rock, punk et metal au parc du château de Marbeaumont
🔥 Lecture rock’n’roll : 16 min chrono

Le Watts à Bar 2026 a célébré sa 15ᵉ édition les 28 et 29 août au parc du château de Marbeaumont. Pour cette première journée consacrée au rock, au punk et au metal, Les Sheriff, Charge 69, Têtes Raides, SUN, Silmarils et plusieurs autres formations se sont succédé sur les scènes du festival. Retour sur cette soirée avec Poulos accompagné des photographies de Marie d’Emm.

P’tite gueule bien connue (et sans doute un peu cassée) du paysage local, cela fait environ 15 ans que je traîne mes pompes, ma bière dans toutes les salles, les cafés-concerts et les festivals de la région. Mais aujourd’hui, grande révolution : je passe de l’autre côté du miroir avec mon tout premier live report. L’objectif ? Tenter de poser des mots sur cette passion débordante, de partager mon ressenti live et surtout, de ne pas trop déparer à côté des superbes clichés de l’excellente Marie d’Emm, qui m’a gentiment invité à tenter l’aventure.

Et pour ce baptême du feu journalistique, le terrain de jeu était tout trouvé : le Festival Watts à Bar, orchestré par l’association BeReal, qui soufflait ses 15 bougies. Fidèle à son ADN, le festival continue de faire résonner les styles qui le font vibrer : une première journée sous le signe du rock, du punk et du metal, suivie d’une seconde journée portée par les sonorités reggae, dub et trance. Au total, plus de 25 artistes et projets se succèdent sur trois scènes pendant deux jours intenses. Mais bon, soyons honnêtes, pour ceux qui me connaissent un peu, c’est bien évidemment la partie punk rock qui me fait hocher la tronche et taper d’la patte !

Arrivée sur le site avec Marie et Aurélie, mes deux consœurs de la soirée, pile pour l’ouverture des portes du festival au Parc du Château de Marbeaumont. Le temps de récupérer notre bracelet et de faire un rapide tour du propriétaire, l’évidence me rattrape : impossible de bien démarrer les hostilités sans passer par la buvette et choper une petite IPA bien fraîche de chez La Mandale. D’ailleurs, la brasserie a même sorti une bière blonde spéciale en 75 cl, vendue exclusivement pour cette 15ᵉ édition.

Le temps de descendre les premières gorgées, les habitudes reprennent vite le dessus : on croise déjà quelques têtes bien connues, des copains ou connaissances de concert… L’ambiance est posée, le décor est parfait avec, en toile de fond, le majestueux Château de Marbeaumont. On prend rapidement nos repères entre les différents espaces du site : la Main Stage, la Little Stage et le Dub Corner. Malgré un soleil encore bien présent, le ciel se fait menaçant, mais aucune accalmie n’est prévue en soirée. Parfait ! Il est grand temps d’aller voir ce que ça donne devant les scènes.

TriaD : l’envolée prog en préambule

Pour chauffer la Little Stage de ce vendredi, c’est TriaD qui s’est chargé d’ouvrir le bal. Formation en trio, le groupe balance un rock progressif instrumental aussi technique que captivant. Pas besoin de chant quand trois musiciens parviennent à meubler l’espace avec des structures aussi complexes ! Au programme : des reprises de standards de Joe Satriani ou Jeff Beck, des morceaux jazz revisités à la sauce prog, sans oublier quelques-unes de leurs propres compositions.

Pendant que le public s’engouffre dans le parc et remplit le site au fur et à mesure, le trio offre une excellente mise en bouche pour dérouiller nos oreilles en douceur et prendre nos marques, avant la montée en puissance punk qui nous attend !

Les Sheriff : la machine à tubes montpelliéraine à plein régime

Juste le temps de se retourner, de se reprendre une bière et retour sur la Main Stage !

« Bonsoir tout le monde… on est les Sheriff… et on vient de Montpellier… » Des milliers de fois que cette intro a été prononcée sur toutes les scènes de France et de Navarre ! Mon petit cœur de punk rocker éternel adolescent, comme tout le public présent, en frissonne toujours. L’effet reste le même : une décharge instantanée, ce partage juste du rock ‘n’ roll qui te veut du bien.

Malgré leurs 40 ans de carrière, ils envoient encore sévère les « papys », et leur punk rock français old school ravit tout le monde. Simple, efficace, toujours plaisant, et perso je ne m’en lasserai jamais, je suis un fanatique (comme le dit leur refrain haha) ! Le public, entièrement acquis à leur cause, connaît par cœur les classiques du combo et accompagne chaque refrain d’Olivier Tena, le chanteur. Ce dernier, yeux grands ouverts tel un possédé, se démène sur scène et nous régale entre les titres avec son accent chantant du Sud. Putaing que ça fait mal !

Ce répertoire nerveux et varié confirme leur statut de Ramones français : un voyage à travers les époques, entre extraits du solide dernier album studio et titres d’avant la séparation avec des hymnes emblématiques.

Dans la fosse, portée par la bonne humeur et le déferlement de décibels, c’est vraiment bon enfant : tout le monde se salue, ça pogote gentiment entre plus jeunes et plus anciens. On admirera la présence de Pierre alias Brocolis et sa peluche identifiable (festivalier incontournable venu de Reims), toujours aussi foufou l’énergumène, entre petits slams et gonflage de ballons/capotes.

Pour les plus curieux et nostalgiques, voici la feuille de route exacte déroulée par le groupe ce soir-là (Ouais le gars a pris quelques notes)

Pour le meilleur et pour le pire

Petite pause vers le Dub Corner histoire d’y jeter une oreille tout de même, je reste avant tout super curieux. L’ambiance y est radicalement différente, blindée de basses tellement lourdes et envoûtantes qu’elles te reconfigurent le rythme cardiaque. Seul problème : je n’avais pas pris mon sarouel ni mes bolas… Pas très envie de me faire refouler par la douane du dub, donc retour express sur le site principal ! J’en profite pour saluer et tailler le bout de gras avec quelques têtes connues croisées à la sortie du concert. Le genre de moment suspendu, bière à la main, qui fait toujours un bien fou !

Charge 69 : la déferlante street-punk

Mais pas le temps de s’attarder trop longtemps : du côté de la Little Stage, ce sont les piliers de Charge 69 qui prennent le relais. Eux aussi ne sont plus de la première jeunesse. Fondé en 1993 à Metz par Caps (ancien bassiste de PKRK), le groupe a traversé les décennies. Il reste l’un des acteurs majeurs de la scène punk française : lutte et passion au service d’un punk rock sans concession.

Jouer presque à domicile pour les régionaux de l’étape, c’est la garantie d’une efficacité brute. Dès les premières notes, le combo dégaine son street-punk affûté avec ses hymnes incontournables. Les classiques comme Patchwork, Punk Attitude ou encore l’intransigeant Vos lois ne sont pas nos règles font mouche immédiatement. Sur scène comme dans le public, l’énergie est pure, la fureur est joyeuse, et voir cette hargne intacte après toutes ces années fait un bien fou.

Que le Rock Libre continue de vivre…

L’estomac commence à crier famine. Direction les stands pour une pause bouffe bien méritée. Quelques minutes d’attente vers un food truck pour récupérer un sandwich à la raclette, alors que Les Têtes Raides entament les premières notes de leur set au loin. Mon précieux entre les mains, je me dirige vers le bar du backstage pour déguster ça tranquillement sur une table. Par hasard, j’y retrouve Marie qui terminait elle aussi de manger. L’occasion idéale pour recharger les batteries au calme, débriefer le début de soirée et profiter du concert qui résonne au loin !

Les Têtes Raides : résistance poétique et chaleur humaine

On retourne dans le grand bain juste à temps pour choper la fin du set des Têtes Raides. Arrivé sur la droite de la scène, le constat est sans appel : énormément de monde est venu pour eux. C’est porté par un public hyper familial où toutes les générations se croisent, le sourire aux lèvres.

Sur scène, Christian Olivier et sa bande distillent leur chanson punk poétique avec une intensité folle. Le moment fort reste toujours, pour moi, l’interprétation de L’Identité, ce morceau militant co-écrit avec Noir Désir contre l’exclusion, le rejet des sans-papiers et la fermeture des frontières.

Que Paris est beau quand chantent les oiseaux / Que Paris est laid quand il se croit français ! 

Toujours plus essentiel et émouvant pour moi de voir ce refrain scandé en notre époque troublée.

Et puis il y a ce décor si particulier, cette ambiance unique et l’incontournable rituel autour de morceaux cultes. Sur Ginette, le concert se transforme en un rituel hypnotique et incandescent : une ampoule nue oscillant dans le noir et une valse frénétique à l’accordéon. Cette ambiance de guinguette, à la fois magique et intimiste, plonge le public dans une transe envoûtante.

Assister à un live des Têtes Raides, c’est recevoir une décharge d’humanité. On en ressort le cœur réchauffé, les oreilles pleines de cuivres et l’esprit nourri de révolte joyeuse. Un spectacle total, d’une générosité folle, qui rappelle que la musique est avant tout un espace de partage et de résistance poétique.

SUN : Brutal Pop et princesse du fracas

SUN a ensuite pris le contre-pied total de la soirée. Quel plaisir de la revoir dans un autre cadre, un an après ma découverte lors de l’Xtrem Fest en août 2025 ! L’artiste franco-allemande, qui a ouvert pour Shaka Ponk au Zénith de Paris et foulé la Mainstage du Hellfest, possède un bagage très solide. Un peu plus d’un an après la sortie de son premier album Krystal Metal, elle brise les codes avec sa Brutal Pop détonante. Elle gravit les échelons à une vitesse folle, dépassant largement le statut de simple curiosité pour s’imposer comme une évidence dans le paysage musical actuel.

Karoline Rose (dite SUN) débarque sur scène armée de sa guitare, chaussée de bottes blanches, drapée dans sa robe rose bouffante avec un voile de mariée assorti et des lunettes de soleil en forme de cœur géant sur le nez. Elle brise la glace instantanément dès les premiers morceaux. Sa crinière blonde danse au gré d’un ventilateur placé sous son micro, affichant une vraie allure de princesse rock. SUN surgit comme une tempête en robe de bal, mêlant l’élégance à la rage, la grâce à la distorsion. Entre une pop onirique et une violence vocale héritée du metal le plus guttural, là où d’autres mélangent, SUN fusionne : dans ses morceaux, la douceur et la rage cohabitent puis se nourrissent pour exploser ensemble.

Devant la scène, une communauté de fans soudée et totalement conquise brandit des pancartes artisanales. Ces messages dépassent la simple dédicace à l’artiste : ils font écho aux thèmes de libération, de résilience et de sororité chers à Karoline Rose, notamment portés par des titres coup de poing comme I Killed My Man.

Karoline n’est pas seule pour déclencher la foudre et prend le temps de présenter ses musiciens qui apportent tout leur physique à la prestation : au fond se tient Boris Le Gal, batteur déchaîné d’abord caché sous sa capuche, ancien membre de feu Betraying the Martyrs (un groupe qui avait déjà un lien avec les princesses et La Reine des Neiges), véritable machine de frappe qui martèle les fûts pour faire décoller les rythmiques. À la basse, Bassem Ajaltouni n’a de cesse de bouger sur scène, de monter sur les plateformes et de motiver les spectateurs, balançant une ligne lourde et incisive qui verrouille l’ensemble.

Le moment fort du set reste leur reprise complètement déjantée de Survivor des Destiny’s Child, réinventée façon rouleau compresseur métal. Le public, encore bien éveillé malgré l’heure tardive, prend une claque monumentale et répond présent.

Sur scène, Karoline fait preuve d’une aisance folle : ses bascules entre growl et chant clair sont parfaitement maîtrisées, alternant la féerie d’une voix cristalline et la puissance de screams ravageurs. Entre deux déferlantes sonores, elle nous lance d’ailleurs dans un grand sourire : « Je ne m’imaginais pas un jour vous crier dessus et gagner ma vie en robe de princesse ! », sans oublier de remercier chaleureusement toutes les personnes ayant contribué à ce concert.

C’est important, essentiel même, de soutenir la nouveauté ! Surtout quand elle affiche une telle qualité. Une vraie pépite acidulée qui m’a définitivement conquis.

I KILLED MY MAN - SUN

Silmarils : Le retour des pionniers du rock fusion français

Pour être honnête, Silmarils est un groupe dont j’avais assez peu de connaissances en débarquant devant la scène. Et pourtant, après vingt ans d’absence, la sortie de leur album Apocalypto a signé le grand retour du groupe, couronné de retours élogieux et d’une présence confirmée sur l’affiche des plus grands festivals de l’été.

Dès les premiers morceaux, on ressent tout de suite la bonne vibe. Une rencontre explosive où se croisent le groove lourd de Led Zeppelin, la hargne de Rage Against The Machine et le flow hip-hop façon Beastie Boys, le tout balancé en français dans le texte, sans filtre, sincère et avec une énergie intacte.

Le chanteur David Salsedo débarque en mode pur esprit 90’s, arborant un débardeur de basketteur floqué « 91 Silmarils », faisant référence à leur département d’origine, l’Essonne, et posant d’emblée le décor. L’énergie est brute, le son est lourd et le phrasé claque avec une précision chirurgicale. Même sans être un fana de leur discographie, difficile de passer à côté de l’inévitable Va y avoir du sport et de Cours vite, scandé à l’unisson : « Quand le calme devient une faiblesse, cours vite ! ». Deux hymnes repris en chœur par une foule encore bien présente.

Le groupe déploie une énergie intacte sur scène. Impossible de rester de marbre face à une prestation sans temps mort, solide et généreuse. Plus qu’un retour, un redémarrage en règle. Et une promesse : celle que l’histoire continue. Il va, sans aucun doute, y avoir du sport… même si, perso, je préfère rester tranquille.

Rotofil Khonäar : Le bordel punk DIY sous amphétamines

Aux alentours de minuit, de retour sur la Little Stage, j’attendais avec impatience de découvrir ce groupe dont je n’avais entendu que de bons échos. Sur terre, il y a les bons et les mauvais connards : les Rotofil Khonäar, eux, sont dans une classe à part. Avant même que la première note ne résonne, installé au premier rang à la barrière, un coup d’œil à la scénographie de ce duo d’hyperactifs toulousains suffit pour s’attendre à un truc très punk et artisanal. En guise de pied de micro, une débroussailleuse suspendue fièrement, un ventilateur qui tourne à plein régime et une batterie complètement trafiquée où s’encastrent des casseroles. Le ton est donné, c’est du bricolage pur jus, de la récup’ barrée et assumée.

Puis les deux zigotos débarquent. On se retrouve propulsé dans une hybridation sonore croisant jungle, drum and bass, punk et métal. Porté par une basse sous amphétamines et un rythme déchaîné, le groupe balance une purée sonique sans aucune limite, j’adore. C’est du lourd, c’est rapide, c’est complètement décalé.

C’est un véritable esprit punk et ouvert qui règne tout au long du set avec un public curieux et réceptif. Vraiment une belle image de la scène underground, rassemblant les concerts punk, les squats et le monde de la teuf. Le duo n’hésite pas à rappeler au micro que leur merch, très beau et DIY d’ailleurs, les aide directement à payer l’essence pour continuer la route. Un argument imparable pour moi qui aime toujours autant supporter cette scène alternative : j’ai craqué dès la fin de leur set pour repartir avec leur CD et deux affiches.

Bref, des bons connards comme je les aime, ils te foutent un bordel réjouissant et sans étiquettes.
« Explorer la musique vivante en y insufflant l’esprit de la teuf » : contrat plus que rempli !

Jetez-vous dans la danse et le punk rock cuivraille d’Outrage

Pour clore cette première soirée sur la Main Stage, le programme avait été légèrement remanié. On avait appris dans la semaine le forfait de 8.6 Crew. J’aurais adoré les revoir, mais l’annonce de leur remplacement par Outrage m’a plutôt bien consolé ! Pour le coup, j’étais déjà initié et je connaissais la plupart de leurs morceaux, possédant leur discographie depuis plusieurs années. C’est un groupe que j’avais déjà découvert au festival Rock en Fer à Crusnes en 2024. J’ai même partagé un barbecue avec eux avant leur concert chez l’ami Rem’s du haut (qui lui-même me les a fait découvrir). Leur intégration dans le catalogue Rage Tour depuis 2021, ne faisait que confirmer leur solide réputation sur la scène alternative.

Le ska-punk survit, il revit même, et ce groupe en est la preuve vivante ! Formé par une bande de potes de collège en 1996, le combo manceau défend les couleurs d’un genre explosif et festif avec une passion intacte. Pour moi, ils sont les petits frères et les dignes héritiers de La Ruda, dont on retrouve clairement l’influence dans la dynamique des cuivres et la hargne des riffs. Un timing d’autant plus parfait qu’ils fêtent la sortie de leur tout premier album live ce 17 septembre !

Dans le public, la mayonnaise prend instantanément : c’est cuivré, c’est rapide, et ça balance une énergie communicative qui réveille les corps fatigués de cette fin de nuit. Des missiles comme Pavillon Noir, Carnage en stéréo, Allergique à l’effort ou Hystérie générale suffisent à faire décoller les quelques indécis et ceux qui avaient encore un peu d’énergie à revendre.


L’heure commençait à être très tardive et nous avions encore de la route pour rentrer chez nous. Nous sommes donc partis sur la fin du concert, éreintés, fatigués mais heureux, la poche à bonheur remplie de bons souvenirs live. Sur le trajet du retour, l’ambiance dans la voiture était à la fois paisible et encore portée par l’adrénaline de la soirée. Avec Marie et Aurélie qui m’accompagnaient, on a refait les concerts et débriefé la soirée au fil des kilomètres… pendant que j’ai un peu piqué du nez, je l’avoue !

Bref, le final parfait pour sceller la première journée de cette 15ᵉ édition du Watts à Bar. Une expérience de chroniqueur tout-terrain au service du rock ‘n’ roll que je retenterai volontiers !