Nine Below Zero était programmé au festival Rock’N Bock à Maxéville, près de Nancy, pour une unique date en France et a répondu aux questions de Francis, alias DJ Meegoo, de l’équipe de Radio Graffiti, notre nouveau partenaire.
Diffusée sur 101.5 FM, Radio Graffiti revendique depuis plus de quarante ans l’esprit des radios libres. Média de proximité basé à Maxéville (54), elle donne notamment la parole aux artistes, aux associations et aux acteurs de la vie locale, avec une programmation réalisée par une équipe bénévole.

We Love France
RG : Nous venons d’écouter Sunny Boy Williamson avec ce morceau « Nine Below Zero » qui a donné son nom au groupe et je suis très fier d’accueillir Dennis et Mark autour de cette table, qui sont respectivement guitariste/chanteur et harmoniciste. Je sais qu’ils ont fait une longue route, ils sont venus en van. Êtes-vous venus directement depuis l’Angleterre ?
NBZ : Non, nous avons des amis en France à mi-chemin, mais nous sommes venus spécialement pour ce festival. Écouter ce morceau de Sunny est très émouvant pour nous, car il nous projette 50 ans en arrière, au moment où le groupe s’est créé.
RG : J’ai noté que ce n’est pas votre nom d’origine.
NBZ : Le premier nom du groupe était Stan Blues Band et c’était un hommage à un autre musicien.
RG : Avez-vous joué souvent en France ?
NBZ : On est venus jouer au Gibus et, au repas, on a eu un œuf sur une pizza et on s’est dit : « Voilà, on sait vivre dans ce pays ! » Le public français était très réceptif à notre musique, au rock, au blues, au rhythm’n’blues et il y avait une scène assez développée avec des groupes comme Little Bob Story, Jean-Jacques Milteau, Benoît Blues Band… Dans les années 40 et 50, les musiciens noirs qui ne pouvaient pas jouer aux États-Unis ont été accueillis dans les clubs de jazz à Paris.

RG : Ce n’est pas habituel qu’un groupe sorte un live comme premier album (en 1979).
NBZ : À l’époque, dans les groupes, c’était assez fréquent de sortir un live, de même que John Mayall ou les Yardbirds, souvent enregistrés dans la salle du Marquee.
RG : Quand j’étais plus jeune, j’avais un poster des Who au Marquee.
NBZ : Le Marquee est devenu un restaurant, hélas, mais à l’époque, c’était un vrai temple du blues et du rock ; il y avait un long couloir avec toutes les affiches des groupes qui y avaient joué et c’était incroyable !
RG : Êtes-vous plutôt un groupe de scène que de studio ?
NBZ : En fait, on n’a pas fait vraiment de tubes, sinon un morceau du troisième album qui était parti en single et qui s’appelle « 11+11 » ; notre réalité, c’était le live.
RG : Sur la pochette de cet album, vous aviez un look de mods, est-ce que vous faisiez partie de ce mouvement ?
NBZ : Non, on est plutôt un groupe de rhythm’n’blues, mais la photo a été faite par le célèbre photographe David Bayley. On allait chercher nos fringues aux Puces, et j’ai même porté le costume de mon père après son décès. Je voulais ressembler à Muddy Waters !
RG : Qu’avez-vous pensé de la déflagration punk en 1976-1977 ?
NBZ : On était musiciens de blues, alors au milieu du mouvement punk (« il faut de la crème dans le café 🙂 »), mais on a apprécié l’énergie immédiate et le fait que tout le monde pouvait prendre un instrument et se mettre à jouer. Nos goûts se portaient plus vers le prog et le blues et on a regardé ça de loin. Mark avait des goûts de hippie (rires).
Les relations entre musiciens
RG : Dans les Jam, Paul Weller avait une influence soul…
NBZ : Chez Dr Feelgood aussi, on a beaucoup tourné avec eux ; c’est moi qui leur ai présenté Mark.
RG : Vous avez aussi fait la première partie des Who et des Kinks ? Quelles étaient vos relations avec ces musiciens ? Amicales ou distantes ?
NBZ : Les relations étaient très bonnes, on a été bien acceptés par ces groupes. Il y avait des tensions entre Pete Towsend et Roger Daltrey et c’était parfois tendu en backstage. On a côtoyé d’autres musiciens comme Rod Stewart et Jeff Beck et il y avait de bonnes relations entre eux et nous.

RG : Mark, tu joues de l’harmonica et tu as joué avec Rory Gallagher et Oasis ? Tu as joué avec eux en studio ou sur scène ?
NBZ : (Mark) J’ai joué avec Oasis en studio et en live pendant 18 mois, mais les frères Gallagher ne se parlaient pas et même les musiciens qui faisaient les chœurs et les cuivres dans le groupe ne se connaissaient pas, ce n’est pas le meilleur exemple de cohésion qu’on puisse trouver.
RG : J’ai vu Rory Gallagher ici en concert à Nancy à la fin des années 70 et on était nombreux à aimer ce groupe.
NBZ : (Mark) J’ai joué 12 ans avec le Rory Gallagher Band et avec Rory, c’était tout le contraire, on était potes comme je le suis avec Dennis. Son départ a été une tragédie pour le monde de la musique.

RG : Et pour nous aussi. J’ai lu dans une interview que quand vous êtes en concert, sur le rider, vous demandez juste des serviettes et de l’eau. En avez-vous trouvé ici ?
NBZ : Oui ! En plus du couscous ! On est des gars simples et abordables.
Setlist ou impro ?
RG : À propos de la setlist de ce soir, quelquefois vous n’en avez pas ?
NBZ : Souvent, on n’a pas de setlist car on trouve que c’est trop rigide, on a tous les morceaux en tête, on a fait 23 albums, on regarde les gens dans le public et au feeling, on adapte le programme du concert en fonction de ce qu’on ressent et en général, on tombe juste.
RG : C’est compliqué pour les autres musiciens ?
NBZ : Non. Ils sont dans l’esprit du jazz, du blues, des jams. Il faut aussi prendre des risques, on ne veut pas servir le même menu tous les jours et ce qui est intéressant, c’est d’aller dans les limites et si on fait une fausse note, ce n’est pas grave. On sait s’adapter, on fonctionne très bien tous les deux et les autres musiciens suivent le tempo. Pour info, c’est mon fils qui est à la batterie.

Le Brexit et les projets à venir
RG : Avez-vous écrit une chanson sur le Brexit ? Et qu’en pensez-vous 10 ans après ?
NBZ : (Rires) Shit ! Oui, c’est la plus grosse connerie faite par l’Angleterre, mais c’est une tendance à la droitisation qu’on retrouve dans de nombreux pays. Le modèle américain nous télescope tous. Même de passer de Douvres à Calais, ça change complètement et on est super contents quand on arrive sur le territoire français car on sent des choses vraiment différentes.
RG : Alors vous prévoyez de vivre en France ?
NBZ : (Rires) Aujourd’hui, passer la frontière est un cauchemar, les leaders de l’époque ont fait n’importe quoi, il y a plein de choses qui ne vont pas.
RG : Où vivez-vous en Angleterre ?
NBZ : Londres.
RG : Quels groupes actuels écoutez-vous ?
NBZ : On ne va pas voir tellement de groupes car on trouve que chez les pop stars comme Katy Perry, il n’y a pas de chansons à textes, il n’y a pas de protest songs comme en écrivait Bob Dylan alors que le monde va de plus en plus mal.
RG : Comment voyez-vous les années à venir dans votre carrière ?
NBZ : Nous avons plein, plein de projets, nous avons énormément travaillé pendant la Covid et c’était frustrant, mais on a énormément de choses à faire. On joue également dans des sessions avec d’autres musiciens et on a des concerts programmés. On est toujours créatifs et très actifs.
RG : Je vous remercie pour ce temps passé à discuter ensemble, c’était un honneur pour nous. Merci beaucoup et on sera au premier rang tout à l’heure pour votre concert.

Un grand merci à l’équipe de Radio Graffiti et surtout à Mark et Dennis pour leur gentillesse et leur disponibilité.
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Nine Below Zero en vidéo
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